Extension Factory Builder
22/01/2013 à 16:00
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Walid BelHaj Amor est ingénieur, spécialiste de l'économie de développement.

Le 14 janvier au soir, lorsqu'un avion survola le domicile familial situé dans le prolongement des pistes de l'aéroport de Tunis-Carthage supposé être fermé, nous avons tout de suite compris qu'il s'agissait de l'avion qui emportait Ben Ali. L'émotion était à son comble. Comme beaucoup, nous espérions qu'on entrerait immédiatement dans la phase de reconstruction.

C'était compter sans la capacité de l'homme à détruire. Depuis, on n'a cessé d'accumuler les erreurs, qu'elles soient stratégiques, de jugement ou de casting. De nombreux néophytes en politique se sont cru un destin national, et on a vu naître plus de partis qu'il n'y avait de leaders. Certains n'avaient pas d'audience au-delà de leur quartier, mais ils pensaient s'adresser à la nation. Beaucoup n'ont pas tardé à manquer d'intelligence, de discernement et d'humilité. Chacun y allait de son parti, son mouvement, son association, on allait voir ce qu'on allait voir. On n'a finalement pas vu grand-chose, mais alors quelle cacophonie !

Ennahdha, elle, s'est organisée très vite, a mis la main sur les instances régionales pour les élections et a mené son oeuvre de déconstruction du modèle tunisien. Les mosquées, associations, écoles coraniques, tout a été mobilisé au service d'un slogan unique : « hors de la religion, point de salut ». Le dimanche 23 octobre 2011, je suis allé faire le tour de bureaux de vote dans les quartiers populaires de Tunis. La vision, à Ettadhamen, d'hommes et de femmes en files séparées entourées des brigades d'Ennahdha ne laissait aucun doute sur l'issue du scrutin, ni sur le projet de ce parti. La Tunisie a choisi de faire confiance à un parti islamiste victimisé par Ben Ali, qui, en voulant le combattre seul, sans l'appui des démocrates, l'a finalement légitimé.

Entre démocratie et théocratie

Les partis démocratiques ont pris un gros coup derrière la tête. Comme après un deuil, ils sont passés par différentes phases : le choc, le déni, la colère et l'abattement. La société civile, elle, est sortie renforcée de cette expérience, et la résistance s'est mise très tôt en place. La manifestation organisée le 28 janvier 2012, à l'appel des partis démocratiques, pour une fois unis, a marqué le réveil des consciences.

Avec Ennahdha au pouvoir, le dialogue a cédé la place à la violence pour imposer à la Tunisie un modèle importé d'Arabie saoudite. Ceux qui reprochaient à Bourguiba d'avoir tenté de dissoudre l'islam dans la dictature essaient aujourd'hui de dissoudre la démocratie dans l'islam et la Tunisie dans le wahhabisme. L'Histoire parfois bégaie, mais on n'en retient pas toujours les leçons.

Désormais, les enjeux sont clairs : la Tunisie balance entre démocratie et théocratie. Et chaque camp agit comme s'il pouvait abattre définitivement l'autre, alors qu'il n'y a pas d'autre issue que celle du vivre-ensemble. Le chemin sera long et difficile, mais là est le prix de la liberté.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Maghreb : sur les routes du jihad pour la Syrie ou l'Irak

Maghreb : sur les routes du jihad pour la Syrie ou l'Irak

Ils sont des milliers à partir depuis Rabat, Tunis, Alger ou Tripoli pour rejoindre la Syrie ou l'Irak. Qui sont-ils ? Pourquoi partent-ils ? Quelles routes empruntent-ils ? Jeune Afrique a enquêté.[...]

Tunisie : Ali Laarayedh... consensuel, vraiment ?

Son passage au gouvernement n'a pas laissé que des bons souvenirs aux Tunisiens, entre échec économique et complaisance envers les salafistes. Pourtant, Ennahdha a fait d'Ali Laarayedh son[...]

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Un peu partout dans le monde, les musulmans ont commencé à fêter l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du mois sacré de ramadan. Si certains ont débuté les festivités[...]

Mohamed Talbi : "L'islam est né laïc"

L'auteur tunisien de "Ma religion c'est la liberté" n'en démord pas : le Coran est porteur de modernité et de rationalité, mais son message a été altéré par[...]

Tunisie : deux soldats tués dans un échange de tirs avec des "terroristes"

Deux soldats tunisiens ont été tués samedi dans un échange de tirs avec des "terroristes" près de la frontière algérienne, a annoncé le ministère de la[...]

Alstom accusé de corruption au Royaume-Uni

La filiale britannique d'Alstom a été inculpée de trois délits de corruption et de trois délits de complicité de corruption. Les accusations concernent de grands projets de transport[...]

Élections en Tunisie : la mobilisation des électeurs est-elle dans l'impasse ?

À trois mois des élections législatives et présidentielle tunisiennes, le pays peine à convaincre ses électeurs de s'inscrire sur les listes électorales. Retour sur les causes -[...]

Adel Fekih : "En Tunisie, il faut dépasser les polémiques"

"Affaire du salon d'honneur", allégeance à Ettakatol... Vivement critiqué malgré un bilan plus que satisfaisant, le diplomate Adel Fekih défend son action à la tête[...]

Tunisie : craintes de "benalisation" de l'État qui durcit la lutte contre le terrorisme

La sanglante attaque qui a tué 15 militaire tunisiens mi-juillet a poussé l'État à prendre des mesures fortes contre les appels au jihad, comme la fermeture de mosquées et de médias. Entre[...]

Défense : quelles capacités militaires pour la Tunisie en 2014 ?

Adoptées au dernier trimestre de l'année 2013, les premières mesures pour pallier les carences des armées de terre et de l'air ont été mises en oeuvre par le nouveau gouvernement tunisien[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers