Extension Factory Builder
20/01/2013 à 10:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le procureur général du Rwanda, Martin Ngoga. Le procureur général du Rwanda, Martin Ngoga. © AFP/ KENNEDY NDAHIRO

Selon le procureur général de la République du Rwanda, Martin Ngoga, Kigali n'exclut pas d'engager des poursuites contre la France, qui continuerait de protéger les génocidaires.

La traque des génocidaires, c'est un peu lui qui l'incarne à Kigali. Martin Ngoga, l'intransigeant procureur général du Rwanda, en veut beaucoup à la France. En cause, deux décisions de justice prises en décembre 2012. Le 6, elle a ordonné la régularisation d'Agathe Habyarimana, la veuve de l'ancien président Juvénal Habyarimana considérée par le Rwanda comme l'un des cerveaux du génocide de 1994. Le 19, elle a annoncé qu'elle rejetait la demande d'extradition de Hyacinthe Nsengiyumva et de Vénuste Nyanbayire, deux anciens officiels du régime Habyarimana.

Jeune Afrique : Comment réagissez-vous aux dernières décisions de la justice française ?

Martin Ngoga : La cour a insinué que nos inculpations étaient politiques. Nous avons trouvé cette remarque insultante et ridicule. Les juges français doivent savoir que leur pays est le seul à n'avoir ouvert aucun procès. Il y a eu des inculpations dans beaucoup d'autres pays d'Europe, en Belgique, aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves, et cela s'est fait sur la base de nos accusations. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda nous a aussi donné raison [le TPIR a transféré des accusés de génocide au Rwanda pour qu'ils y soient jugés, NDLR]. Si nous ne savions pas comment nous y prendre, si nos motivations étaient politiques, nous n'aurions pas obtenu ces résultats. C'est la France qui prend des décisions politiques.

Mais Paris n'est pas le seul à ne pas coopérer pleinement avec vous...

Certains pays refusent d'appliquer des décisions de justice, mais des jugements objectifs ont été rendus. En France, quand il s'agit du Rwanda, politique et justice sont imbriquées au point de ne faire plus qu'un.

Vous ne croyez pas à l'indépendance de la justice française ?

C'est la seule explication logique. En dix-huit ans, la France n'a jamais rien fait concernant les suspects de génocide. Pourquoi ? Parce qu'elle protège encore les génocidaires.

Des procédures ont pourtant débuté, des instructions sont menées...

Mais pourquoi les dossiers n'ont-ils toujours pas abouti ? Le TPIR a confié à la France deux dossiers [ceux de Wenceslas Munyeshyaka et Laurent Bucyibaruta]. Elle les a acceptés en s'engageant à être diligente. Or cela traîne depuis plus de cinq ans. Je remarque que Laurent Bucyibaruta, l'ancien préfet de Gikongoro, était présent dans le périmètre contrôlé par l'armée française. J'en déduis que c'est une manière de le protéger. Nous n'avons pas toutes les preuves, mais nous savons lire entre les lignes.

Vous avez déclaré que vous envisagiez des poursuites contre la France. De quelle nature seraient-elles ?

Je ne peux pas être plus précis pour l'instant. Ce choix n'est pas encore fait, il appartient au gouvernement. Mais nous n'allons pas rester les bras croisés tant que ces gens, qui ont tué les nôtres, jouissent de l'impunité en France.

Plusieurs ex-détenus du TPIR, tels que Protais Zigiranyirazo, le frère d'Agathe Habyarimana, ont demandé un titre de séjour en France. Comment réagiriez-vous s'ils l'obtenaient ?

Cela ne surprendrait plus personne. La France en a donné a des gens qui n'ont jamais été jugés, pourquoi ne le ferait-elle pas avec des gens qui ont été acquittés - même si l'acquittement est très controversé ?

Que se passerait-il si Zigiranyirazo retournait au Rwanda ?

Nous ne reviendrions pas sur la procédure du TPIR. Nous savons respecter les jugements même lorsqu'ils ne nous plaisent pas.

Plusieurs Rwandais libérés par le TPIR sont bloqués à Arusha faute de passeport en règle. Comment expliquez-vous qu'ils refusent de venir les chercher à Kigali ?

Je n'en ai aucune idée. C'est à eux qu'il faut poser la question. S'ils ne veulent pas revenir, c'est leur choix. Mais ce n'est pas à nous de leur faire parvenir un passeport, sous prétexte qu'ils ne se sentent pas en sécurité. 

___

Propos recueillis par Pierre Boisselet

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Rwanda

La ministre rwandaise Louise Mushikiwabo en visite officielle en Israël

La ministre rwandaise Louise Mushikiwabo en visite officielle en Israël

Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, séjourne depuis dimanche à Tel-Aviv. Une visite officielle de deux jours en pleine crise israélo-palestinienne.[...]

RDC : le désarmement des FDLR expliqué à ceux qui ont raté le début

Les rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) ont commencé fin mai à se rendre. Une reddition jusqu'ici timide mais suffisante pour obtenir la suspension des[...]

Téléphonie : le Rwanda, le Kenya et l'Ouganda abolissent leurs frontières

 Dès septembre prochain, les coûts de communication entre le Rwanda, le Kenya et l’Ouganda se feront aux tarifs des communications locales, en vertu d'un accord signé entre les trois pays le 08[...]

Cyclisme africain : pas de Tour de France, mais un sacré braquet !

On espérait des Sud-Africains et des Érythréens sur les routes du Tour de France. Mais, cette année encore, la compétition est orpheline du continent. Pourtant, l'Afrique est loin d'être[...]

Le Rwanda ou les secrets d'un bon élève

Dévasté par un génocide il y a vingt ans, le pays pauvre et enclavé réalise un spectaculaire redressement économique. Jeune Afrique analyse les ingrédients de cette[...]

Réseaux sociaux : le classement des villes africaines les plus actives sur Twitter

"Jeune Afrique" a établi un classement d'où il ressort un grand retard dans l'utilisation de Twitter par les villes africaines. Si certaines municipalités se démarquent, la plupart[...]

France-Rwanda : les juges bouclent leur enquête sur l'attentat contre Habyarimana

Nathalie Poux et Marc Trévidic, les juges français en charge de l'enquête sur l'attaque du 6 avril 1994 contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, ont mis fin à leur[...]

RDC - Rwanda : que faire des ex-rebelles des FDLR ?

Ils sont à peine 200 à avoir déposé les armes, mais, en RDC, la question de l'avenir des rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) se pose déjà.[...]

Rwanda - Paul Kagamé : "Dire non, rendre coup pour coup... C'est retrouver notre dignité"

Le président rwandais, Paul Kagamé, s'est montré très combatif lors de son discours de la fête nationale, vendredi à Kigali, exhortant l'Afrique toute entière à changer[...]

Rwanda : le centre culturel franco-rwandais de Kigali démoli à la pelleteuse

Après des années de tractations infructueuses sur l'avenir du centre culturel franco-rwandais de Kigali, le Rwanda a mis en oeuvre une décision radicale : détruire l'ensemble des bâtiments[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers