Extension Factory Builder
22/01/2013 à 12:57
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Sénégal : l'étau se resserre autour d'Abdoulaye Wade Sénégal : l'étau se resserre autour d'Abdoulaye Wade

Un homme de confiance de l'ancien président a été inculpé de détournement de deniers publics, le 7 janvier. Règlement de compte politique ou nouvelle pièce à verser au dossier des "biens mal acquis" ?

Au Sénégal, pas une semaine ne passe sans que la saga judiciaire de la traque aux « biens mal acquis » ne connaisse un nouvel épisode. Après la séquence Karim Wade, durant laquelle l'ancien ministre a été auditionné à plusieurs reprises par les enquêteurs et s'est vu refuser le droit de quitter le territoire, c'est désormais son père, l'ancien président Abdoulaye Wade, qui fait l'objet de toutes les attentions.

Dans la nuit du 31 décembre 2012 au 1er janvier 2013, un de ses hommes de confiance, l'ancien député Alioune Aïdara Sylla, a été intercepté à l'aéroport de Dakar en possession de chèques dont les montants totaliseraient 4,5 millions d'euros. En sa possession également : un mandat de l'ex-chef d'État lui donnant le pouvoir d'utiliser ces chèques, soit pour rembourser des dettes, soit pour finir les travaux de sa maison familiale située à Dakar et la construction d'une autre de ses maisons à Touba, soit pour acheter du matériel à Dubaï. À l'issue de son audition par un juge d'instruction le 7 janvier, l'homme d'affaires a été inculpé de blanchiment d'argent et de détournement de deniers publics. Il a été placé sous mandat de dépôt.

"Persécution"

Pour le Parti démocratique sénégalais (PDS), dont Sylla est membre du comité directeur, il s'agit d'une nouvelle preuve de la « persécution » dont ses cadres se disent victimes. « Le pouvoir veut tuer notre parti, dénonce un ancien ministre. Mais dans cette histoire, il n'y a rien ! C'est beaucoup de bruit pour rien. »

Selon l'entourage de Wade, cet argent proviendrait d'un don fait par un émir du Golfe, « proche d'un roi », il y a quelques mois. Promis en mai 2012 lors de la dernière visite de l'ex-chef d'État en Arabie saoudite, à l'occasion du petit pèlerinage, l'argent aurait été versé en septembre sur le compte d'une banque de Dubaï, en dirhams. Sylla, qui y possède une entreprise, aurait été chargé de le récupérer et de le distribuer. Lors de son passage à Dakar, il devait notamment rembourser les dettes que Wade a contractées auprès de deux de ses amis et anciens ministres afin de payer les salaires des membres de son cabinet (23 personnes) et de couvrir certaines dépenses datant de la dernière campagne électorale : Samuel Sarr (à hauteur de 1,37 million d'euros) et Madické Niang (à hauteur de 600 000 euros).

Cette version des faits est pour l'heure invérifiable. « L'argent peut tout aussi bien être planqué sur un compte depuis des années », persifle un député de la majorité. Pour l'entourage de Wade, elle est « la preuve qu'il n'est pas aussi riche qu'on le dit ». Les mêmes sources affirment qu'une attestation de la banque dans laquelle auraient été versés les fonds de l'émir prouvant la régularité de l'opération a été transmise aux enquêteurs.

Enquête préliminaire

L'ancien président peut-il être inquiété ? Non, rétorque-t-on au ministère de la Justice, pas plus dans cette affaire que dans celles qui concernent son fils et ses anciens ministres [L’Assemblée nationale a notamment levé, le 10 janvier, l’immunité des députés et anciens ministres d'Abdoulaye Wade, Oumar Sarr, Ousmane Ngom du PDS et Abdoulaye Baldé de l'Union centriste du Sénégal, NDLR]. L'article 101 de la Constitution est d'ailleurs très clair : « Le président de la République n'est responsable des actes accomplis dans l'exercice de ses fonctions qu'en cas de haute trahison. » En d'autres termes : il jouit d'une immunité presque totale.

Mais Wade, qui vit à Versailles, en France, depuis six mois, n'est pas à l'abri partout. Ainsi, la plainte déposée dans ce pays fin novembre par l'État du Sénégal pour recel de détournement de fonds publics, recel d'abus de biens sociaux et recel de corruption le vise explicitement (ainsi que son fils, Karim). Dans cette demande d'information judiciaire, il est soupçonné de posséder, outre la maison de sa belle-famille à Versailles, plusieurs biens immobiliers à Paris (dans les 14e, 16e, 17e et 20e arrondissements). Charge a été donnée aux limiers de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière de le vérifier dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte en décembre.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

AUTRES

Armée tunisienne : la grande désillusion

Armée tunisienne : la grande désillusion

Incapable de venir à bout des maquis jihadistes, minée par des querelles au sommet, gangrenée par la politique, la grande muette a beaucoup perdu de sa superbe. Enquête exclusive sur une[...]

Terrorisme : le sommet contre Boko Haram se tiendra à Malabo le 8 avril

Près d’un mois et demi après avoir été évoqué une première fois, le sommet extraordinaire sur la stratégie de lutte contre Boko Haram réunissant les chefs d&r[...]

Littérature : "Un racisme en Noir(e) et Blanc(he)"

Beaucoup d'ouvrages évoquant la question du racisme entre le Noir et le Blanc butent souvent sur le principal écueil lié à cette question : une perception manichéenne qui "noircit&[...]

"The Daily Show" : l'humoriste sud-africain Trevor Noah succèdera à Jon Stewart

La chaîne câblée américaine Comedy Central a dévoilé le nom de celui qui succédera à Jon Stewart à la tête du "Daily Show" : il s'agit de l'humoriste sud[...]

Le Brésil, une démocratie malade

Ce sont les évêques brésiliens qui ont le mieux pris la mesure du péril qui menace leur pays. Dans un communiqué du 10 mars, cinq jours avant les manifestations géantes contre [...]

Oncle Jacques (Foccart) et Tonton Lee (Kuan Yew)

Beaucoup d'encre, de temps de parole, de grésillements d'antenne et un colloque de deux jours pour assez peu de chose finalement que cette très médiatique publication de l'inventaire du fonds Foccart p[...]

États-Unis : un étudiant inculpé pour avoir attaché une corde au cou de la statue d'un Noir

Un étudiant de l'université du Mississippi a été inculpé, vendredi, pour avoir  passé une corde au cou d’une statue érigée sur le campus de l’universit&eac[...]

Tunisie : que sait-on de Lokmane Abou Sakhr, le cerveau de l'attentat du Bardo ?

Accusé d’avoir dirigé les attentats du Bardo à Tunis, le jihadiste algérien Lokmane Abou Sakhr, a été abattu samedi 29 mars par l’armée tunisienne. Le terroriste é[...]

Nigeria : vote jugé "démocratique" par l'UA, mais le dépouillement reste sujet à caution

Les premières tendances de l'élection présidentielle au Nigeria sont attendues dans la journée. Un scrutin d'ores et déjà jugé démocratique par l'Union africaine et plusieu[...]

États-Unis : Barack Obama se rendra au Kenya en juillet

Le président américain, Barack Obama, effectuera en juillet sa première visite officielle au Kenya à l'occasion de la 6e édition du sommet global de l'entrepreneuriat organisé à Nai[...]

Karim Bitar : "Au Yémen, un nouvel épisode de la confrontation irano-saoudienne"

Spécialiste du Moyen-Orient à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), Karim Bitar analyse le conflit au Yémen et l'intervention directe de l'armée saoudienne contre[...]

La Côte d'Ivoire veut sa part du marché du chocolat

Si l'exportation de fèves de cacao a rapporté plus de 2 milliards d'euros aux producteurs ivoiriens l'an dernier, ces profits pèsent peu par rapport aux revenus de la fabrication de chocolat, un marché [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2714p016.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2714p016.xml0 from 172.16.0.100