L'avocate camerounaise Alice Nkom a obtenu, le 7 janvier, l'acquittement de deux travestis. Une première au Cameroun. Portrait d'une combattante acharnée pour les droits des homosexuels.
Elle « regrette un peu » de pavoiser, mais dit ne pas pouvoir s'en empêcher. En collaboration avec la Suisse Saskia Ditisheim, du barreau de Genève, et son compatriote Michel Togué, Alice Nkom, 68 ans, a remporté le 7 janvier une victoire éclatante contre l'homophobie au Cameroun : l'acquittement en appel de Franky et Jonas, deux travestis condamnés en première instance à cinq ans de prison, dans un pays qui passe pour l'un des plus répressifs du continent sur cette question. Du baume au coeur pour la première Camerounaise avocate - elle a prêté serment en 1969 -, et un pied de nez à ceux qui ont applaudi la confirmation en appel, le 17 décembre 2012, de la condamnation à trois ans de prison d'un autre de « [ses] enfants », Roger Mbédé.
"Africaine d'exception 2012"
Sacrée « Africaine d'exception 2012 » par le magazine américain The New Yorker, Alice Nkom s'est lancée dans la bataille il y a dix ans. Son engagement remonte à sa rencontre avec un couple gay, à qui elle recommande d'abord - « lâchement », dit-elle - de « se montrer prudent », avant de se raviser et de prendre fait et cause pour les homosexuels. Dès lors, elle arbore une double casquette d'avocate et d'activiste, créant une association pour la défense de leurs droits, l'Adefho.
Mère de deux enfants (son fils est pilote à Camair-Co, sa fille a épousé l'un des fils de feu le général ivoirien Robert Gueï) et huit fois grand-mère, Alice Nkom sait que son combat met les siens en danger, mais jure avoir leur bénédiction. Pas question de reculer, en dépit des menaces de mort dont elle fait l'objet et de l'indifférence des autorités, qui n'ont même pas ouvert d'enquête après le dépôt de sa plainte il y a trois mois. Elle puise le courage de continuer « dans la force de [ses] convictions » et dans le soutien de la communauté internationale. Présente sur d'autres fronts (droits des femmes, corruption, sida...), l'avocate dit ne pas connaître la peur. Certes, aucune ambassade occidentale ne lui refuserait un visa. Mais, se jugeant « plus utile au Cameroun », elle ne partira pas. Du moins tant qu'elle n'aura pas obtenu la dépénalisation de l'homosexualité.

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