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16/01/2013 à 08:03
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La blogueuse Olfa Riahi, 29 ans. La blogueuse Olfa Riahi, 29 ans. © Fethi Belaid/AFP

Cette intrépide blogueuse tunisienne accuse le chef de la diplomatie Rafik Abdessalem d'avoir pris ses aises dans un hôtel de luxe aux frais de son ministère. Il fait désormais l'objet d'une enquête judiciaire et a été entendue, mardi 15 janvier, en qualité de témoins, par un juge d'instruction du tribunal de Tunis. Portrait.

Pas de chance pour Rafik Abdessalem, chef controversé de la diplomatie tunisienne et célèbre pour ses maladresses. La carrière de celui qui soutenait avec arrogance, il y a quelques mois, que la Tunisie avait 500 km de côtes (1 298 en réalité...) semble compromise. Il se retrouve au coeur du Sheraton Gate, un scandale révélé par Olfa Riahi. Le 26 décembre dernier, cette ancienne diplômée de l'Institut des hautes études commerciales de Carthage (HEC) convertie au journalisme dévoile sur son blog, documents à l'appui, que le gendre de Rached Ghannouchi, président du parti Ennahdha (au pouvoir), a fait payer à son ministère six nuitées et des frais de blanchisserie personnels facturés par l'hôtel Sheraton de Tunis. Il aurait en revanche réglé sur ses propres deniers la chambre occupée par une femme, qui serait une cousine.

Abdessalem, qui avait joué les modestes en juillet 2012, lors du 9e congrès d'En­nahdha, en dormant à même le sol, dispose pourtant d'un logement de fonction au ministère - situé de surcroît juste en face de l'hôtel de luxe. Pour des médias à l'affût d'informations croustillantes et une opinion conservatrice et très regardante en matière de bonne gouvernance, ces révélations ont eu l'effet d'une bombe et ont projeté Olfa Riahi sous les feux de l'actualité.

Une vraie touche-à-tout

Pourtant, rien ne la prédestinait à une telle exposition médiatique. Jusqu'en décembre 2010, elle s'était surtout distinguée par son goût pour la fête et ses amitiés dans les milieux branchés tunisois, allant jusqu'à déclarer que Ben Ali était « génial ».

Sur son blog, elle proteste aujourd'hui de sa bonne foi et raconte sa prise de conscience après l'immolation de Mohamed Bouazizi, qui fut à l'origine du soulèvement contre le raïs. À 29 ans, l'inconnue d'hier devient un personnage public. Touche-à-tout, elle se définit comme « un grand voyageur qui ne descend d'un train que pour en prendre un autre et ne reste jamais en attente sur un quai ». Elle s'essaie à la radio sur Express FM, se répand sur les réseaux sociaux tout en gérant un centre de services multi­lingues, dont elle est cofondatrice, et la Tunis Miami Art Connection, spécialisée dans les relations publiques avec les États-Unis.

Betty Boop

Olfa cultive aussi une allure décalée. Cheveux courts, toute en courbes voluptueuses, la Betty Boop version bobo de la Toile tunisienne joue les candides en politique. Il n'empêche : première à dévoiler l'affaire des blogueurs de Mahdia jugés pour athéisme, elle s'est découvert une passion pour l'investigation. Mais dans une période aussi trouble, on se fait vite une réputation sulfureuse. Ainsi, dans l'affaire du Sheraton, certains assurent qu'elle a été instrumentalisée par le Congrès pour la République (CPR), parti de la troïka gouvernementale qui avait attiré de nombreux jeunes sensibles aux élans révolutionnaires et qui, à la veille d'un remaniement ministériel majeur, souhaite récupérer un ministère régalien.

Le deuxième coup porté par Olfa Riahi à Rafik Abdessalem semble étayer cette thèse. La blogueuse révèle qu'un don de 1 million de dollars fait par la Chine n'aurait pas été reversé par le ministère des Affaires étrangères dans les caisses de l'État. Celle qui a pourtant formulé ses accusations au conditionnel se trouve aujourd'hui interdite de quitter le territoire et soumise à une enquête pour « diffamation, intention de nuire à autrui et diffusion de fausses informations de nature à troubler l'ordre public ». Sûre de son fait, Olfa Riahi affirme avoir atteint son objectif : l'ouverture d'une enquête judiciaire contre le ministre. 

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