Extension Factory Builder
21/01/2013 à 12:17
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Damien et Élyse Tokoudagba dans le mausolée créé pour leur père, Cyprien. Damien et Élyse Tokoudagba dans le mausolée créé pour leur père, Cyprien. © Nicolas Michel

À Abomey, un fils et une fille de Cyprien Tokoudagba continuent l'oeuvre de l'artiste... et perpétuent la riche tradition béninoise.

À l'entrée de sa dernière demeure, il y a deux caryatides à tête de lion et deux créatures aux formes généreuses et au postérieur dénudé... À l'intérieur, il y a la terre rouge d'Abomey, comme fraîchement retournée, sous laquelle son corps repose. Depuis le 5 mai 2012, le peintre et sculpteur béninois Cyprien Tokoudagba n'est plus. Enfin, du moins sous sa forme corporelle. Parce qu'à sa manière, dans le quartier de Gbécon Hounli où il habitait, et jusqu'aux temples occidentaux de l'art contemporain où ses oeuvres sont présentées*, il continue d'arpenter le monde.

À l'occasion de l'inauguration d'une exposition hommage au musée d'Art contemporain d'Abomey (Maca), en novembre, le plasticien Dominique Zinkpè déclarait ainsi : « Nous pensons qu'il a rendu pérenne sa création à travers sa famille. » Il y avait à ses côtés Madeleine, la veuve de l'artiste, mais aussi Élyse, l'une de ses filles. Damien, son fils, arriverait un peu plus tard, à moto... Damien et Élyse : ce sont eux, surtout, qui ont conçu le mausolée où leur père est enterré, couvrant les murs de sculptures en ciment représentant les symboles colorés des rois d'Abomey et des dieux vaudous. Ce sont eux, aussi, qui assurent la relève. Damien a 32 ans aujourd'hui. « Nous sommes quatorze enfants, chacun a son travail et nous ne sommes pas tous dans le domaine artistique, confie-t-il. Je suis le deuxième et, depuis mon enfance, j'apprends avec mon père. Je fais les bas-reliefs, la peinture, les dessins, les tableaux. »

Un héritage bien acquis, mais au prix d'un vrai labeur quotidien : « C'était quelqu'un de rigoureux : quand tu entendais sa moto arriver, il fallait rentrer très vite à la maison. Il pouvait être très violent verbalement, crier très fort, mais après, nous allions boire et manger ensemble. » À Damien comme à Élyse, l'homme qui fut longtemps chargé de la rénovation des bas-reliefs aux palais royaux d'Abomey aurait dit : « Je vois ta main, je sens que tu peux avancer. Autant que tu restes avec moi et tu bénéficieras, toi aussi, des retombées financières qui en découlent. » Lesquelles ne sont pas négligeables, puisque, outre les travaux de commande auxquels répond la famille Tokoudagba afin de réaliser bas-reliefs, décorations ou sculptures, une oeuvre du père se négocie aujourd'hui autour de 600 000 F CFA (environ 900 euros, contre 400 000 F CFA avant sa mort) auprès de sa veuve. Pour l'artiste Ives Apollinaire Pédê, « Cyprien Tokoudagba leur a montré la voie mais il les a aussi poussés à chercher leur propre inspiration ». Juste retour des choses, Dominique Zinkpè, qui ne cache pas son admiration pour le père, a exposé le fils dans le lieu de création Unik, qu'il vient d'ouvrir à Abomey...

Le royaume de Dahomey s'est toujours appuyé sur les arts pour faire valoir sa culture.

Ives Apollinaire Pédê, Artiste

Bien entendu, les critiques chagrins pourraient souligner que le talent n'est pas héréditaire. Mais en terre vaudoue, il s'agit avant tout de perpétuer la tradition. « Il est indispensable qu'un, deux ou trois enfants perpétuent le culte, ses traditions, ses chants, ses danses, ses peintures, poursuit Pédê. Le royaume du Dahomey s'est appuyé sur les arts pour faire valoir sa culture. Ainsi, une oeuvre de Tokoudagba explique toujours une histoire de sa civilisation. » Comme son père, Damien est un initié de la divinité Nensuwxé, mais il tient à préciser que ce n'était « pas obligatoire pour reprendre le travail ». Élyse, elle, a 39 ans. Modeleuse et peintre, elle a « trois chaises et quatre enfants ». Concernant les trois toujours en vie, elle déclare : « Je souhaiterais qu'ils poursuivent l'oeuvre entamée, mais je ne peux pas les forcer. » Qui sait ? peut-être un jour mettront-ils eux aussi, comme le dit leur grand-mère à propos de leur grand-père, « du sel dans le sang des Blancs ». 

* Exposition hommage autour de l'oeuvre de Cyprien Tokoudagba en partenariat avec la Fondation Zinsou, du 12 janvier au 5 mai au Musée africain de Lyon.

________

Par Nicolas Michel, envoyé spécial à Abomey

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Bénin

Carte interactive : voyagez en Afrique sans visa !

Carte interactive : voyagez en Afrique sans visa !

En vertu d'accords bilatéraux ou dans le cadre d'organisations sous-régionales, plusieurs pays africains ont supprimé l'obligation de visa d'entrée sur leurs territoires. Grâce à une carte [...]

Christian Djohossou alias "Le R" : informatique et liberté (de rapper)

D'origine béninoise, ce jeune rappeur installé au Canada reste à l'écoute des rythmes de l'Afrique et de la rumeur de ses guerres.[...]

Orange - DGSE : Africains, téléphonez, la France vous espionne !

Grâce à un "implant espion", la France est soupçonnée d’avoir mis en place depuis 2009 une vaste opération de piratage informatique notamment en Côte d'Ivoire et en[...]

Retombées radioactives sans retombées médiatiques

Le vent des années 60 a transporté un nuage radioactif, après un essai nucléaire français en Algérie. Mais qui sème le vent ne récolte pas toujours la tempête.[...]

Nucléaire : révélations sur les retombées radioactives de la bombe A française en Afrique

Des documents récemment déclassifiés par le ministère français de la Défense apportent un éclairage nouveau sur l'étendue des retombées radioactives des essais[...]

Vidéos : Cotonou, Le Cap, Antananarivo, Sfax... l'Afrique est "Happy"!

Les bonnes vibrations du tube de Pharell Williams, "Happy", se répandent tout autour de la planète. De Tunis au Cap en passant par Cotonou et Antananarivo, les internautes se mettent en scène en[...]

Bénin - Affaire Talon : les couteaux sont tirés

Le Bénin s'apprête à s'adresser directement à la ministre française de la Justice, Christiane Taubira, pour obtenir un procès de Patrice Talon pour tentative d'empoisonnement de Boni[...]

Bénin : les béni-oui-oui de Boni Yayi

Lui-même pasteur d'une Église de Cotonou, le chef de l'État béninois, Boni Yayi, s'est entouré de ministres qui partagent ses convictions religieuses.[...]

Bénin : entre Boni Yayi et ses opposants, le dialogue est rompu

Fini le temps où le Bénin passait pour une démocratie exemplaire en Afrique francophone. Entre le chef de l'État, Boni Yayi, et ses opposants, le dialogue semble désormais impossible.[...]

Lomé en baisse, Marrakech en hausse : le classement 2014 des villes africaines les plus "likées" sur Facebook

Avec de plus en plus d'utilisateurs, Facebook est devenu un précieux outil pour les professionnels du tourisme. Mais qui s'en sort le mieux sur le continent ? Comme pour 2013, Jeune Afrique a fait le classement des 67[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers