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14/01/2013 à 09:10
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'Accepter d'être mortel, c'est pouvoir se dire que chaque petite chose est importante.' "Accepter d'être mortel, c'est pouvoir se dire que chaque petite chose est importante." © Vincent Fournier/J.A.

Réalisateur remarqué avec "L'Afrance" et "Andalucia", le Franco-Sénégalais Alain Gomis revient avec "Aujourd'hui", un film qui célèbre la vie.

Belle stature, impressionnante coiffure rasta, air nonchalant et attitude sereine malgré une forte consommation de cigarettes qui l'oblige à se tenir au plus près de la fenêtre, Alain Gomis n'a guère besoin de parler pour imposer sa présence. Calme et passionné, à l'image de son cinéma, il a une personnalité double. Guère étonnant pour un réalisateur qui se veut résolument franco-sénégalais...

Aujourd'hui
, son troisième long-métrage après L'Afrance (2001) et Andalucia (2007), fort remarqués à leur sortie, arrive en ce début d'année dans les salles après une belle carrière dans les festivals où il a été sélectionné. Bien accueilli à la Berlinale en février 2012, il a accumulé les distinctions : meilleur film à Milan et Cordoue, meilleur acteur à Khouribga et même prix du public à La Roche-sur-Yon. Pourtant, le moins que l'on puisse dire est que ce long-métrage n'est guère « grand public ». Presque sans dialogues, semblant largement improvisé avec ses scènes très indépendantes les unes des autres, il raconte la journée d'un émigré sénégalais qui vient de rentrer chez ses parents à Dakar. Une journée bien particulière puisqu'il apprend à son réveil qu'il a été « choisi » pour mourir la nuit d'après. Sans qu'il sache pourquoi, mais inéluctablement...

Ainsi accompagne-t-on pendant ses dernières heures Satché revisitant sa vie en accéléré, au gré de rencontres et d'événements souvent surprenants. Le premier, dès le matin, n'est pas le moins insolite puisqu'il s'agit d'une réunion familiale... pour célébrer sa mort imminente. Il se retrouvera ensuite dans les rues où il a passé son enfance, participera à une réunion animée entre amis d'autrefois, recréera des rapports intimes avec la mère de ses enfants, rejoindra une grande manifestation autour du slogan Y'en a marre. Entre-temps, il aura passé un long moment, tendu mais cocasse, avec celle qui fut son premier amour et reste peut-être la femme de sa vie. Dans le rôle de cette dernière, la superbe Aïssa Maïga, qui se prête à une sorte de ballet d'adieu avec notre « héros ». Satché aura aussi, scène incroyable, rendu visite à l'homme chargé de « laver » son corps avant son inhumation, ce qui lui permettra de vivre par anticipation cette cérémonie post mortem...

Malgré un tel scénario, Aujourd'hui n'est pas un film fantastique et encore moins un drame. C'est plutôt, selon l'expression du réalisateur, un intense « voyage dans le présent ». « La mort n'est pas seulement ce qui, auréolé de mystère, suscite la peur, explique-t-il. Car si l'on doit mourir très bientôt et que, même sans savoir pourquoi, on doit s'y résigner, il n'y a plus que le présent qui compte. Accepter d'être mortel, c'est pouvoir se dire que chaque petite chose est importante. » Voilà pourquoi ce film qui en fin de compte célèbre la vie est plutôt joyeux, comme le souhaitait le réalisateur.

Si la tragédie n'est pas loin, on ressent à Dakar une légèreté, une note d'humour permanente.

Alain Gomis, Réalisateur

Douceur

Dakar, la ville préférée d'Alain Gomis après avoir parcouru la planète, était le lieu idéal pour raconter cette « vie en un jour ». « Quartier après quartier, on y découvre des univers très différents. Partout, on a l'impression, toujours, qu'il va se passer quelque chose. Il y règne un étrange mélange de gravité et de douceur. Et si la tragédie n'est jamais loin, on y ressent une certaine légèreté, une note d'humour permanente », affirme-t-il. Il est en tout cas certain que la capitale du Sénégal, dont les rues comme les habitants sont filmés avec amour, est un per

sonnage à part entière de Aujourd'hui. Peut-être même le principal, avec Satché.

« Aujourd'hui », d'Alain Gomis (sortie à Paris le 9 janvier

L'affiche du film "Aujourd'hui", d'Alain Gomis (sortie à Paris le 9 janvier)

Le choix de l'acteur qui incarne celui-ci est paradoxal. Gomis, qui dit y avoir pensé en entamant l'écriture du scénario, a en effet choisi de confier ce rôle quasi muet à un Américain qui s'est fait connaître par son maniement virtuose du verbe : le slameur, poète et chanteur Saul Williams. « Dès que je l'ai vu sur l'écran, dans le fameux film Slam, j'ai été frappé par l'espèce d'aura qu'il dégage, la force de sa vie intérieure, sa capacité à établir immédiatement une relation de familiarité avec n'importe qui », déclare Gomis. Ce qui fait en grande partie la force des films du Franco-Sénégalais, c'est en effet l'attention qu'il porte au ressenti et à ce que l'on peut partager au-delà ou en deçà des différences sociales ou linguistiques.

Admirateur de Djibril Diop Mambety et de Mahamat-Saleh Haroun comme de Jean Vigo, Michelangelo Antonioni ou Andreï Tarkovski, Alain Gomis aime arpenter ce qu'il appelle des « territoires incertains » et des « univers flottants ». Il le démontrera certainement de nouveau dans ses prochains films, si les deux projets qu'il prépare se concrétisent. C'est en effet soit aux États-Unis - s'il obtient les autorisations nécessaires pour réaliser un film sur la vie d'un grand pianiste de jazz à la personnalité des plus atypiques -, soit en RD Congo qu'il se rendra avec sa caméra. Pour le plus grand bien du cinéma africain, dont il se réclame et dont l'avenir, malgré ce que prédisent les Cassandre, lui paraît aujourd'hui mieux assuré que jamais. Grâce notamment à la technologie numérique et à une relève qui - il en est certain - s'annonce brillante.


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