Officiellement, Paris ne veut pas intervenir dans les affaires centrafricaines. Concrètement, les 580 soldats français compliquent la tâche des rebelles.
« Près de un militaire par Français, c'est une protection exceptionnelle ! » fait remarquer un diplomate en poste à Bangui. De fait, 580 soldats français veillent actuellement sur les quelque 800 expatriés encore présents dans la capitale centrafricaine. D'où l'inévitable question : à quoi joue l'armée française ? « Si nous sommes présents, ce n'est pas pour protéger un régime, c'est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts, et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d'un pays. Ce temps-là est terminé », a lancé François Hollande le 27 décembre.
Il reste que ce dispositif complique sérieusement la tâche des rebelles. 1 - La présence française à l'aéroport de Bangui M'Poko rassure les pays voisins (Cameroun, Congo-Brazzaville, Gabon), qui, du coup, envoient chacun une compagnie en Centrafrique pour « s'interposer ». 2 - En cas d'offensive rebelle sur Bangui, ces soldats français ne resteront pas qu'à l'aéroport. Ils tiendront les principaux axes de la capitale pour sécuriser l'évacuation des étrangers. Déjà en 1996, lors d'une mutinerie anti-Patassé, le chef des mutins, le capitaine Solé, avait lancé aux Français : « Laissez-nous un couloir pour aller jusqu'à la présidence. » Sans succès.
Le sort des opposants
En février 2008, la décision de Nicolas Sarkozy de tenir le périmètre de l'aéroport de N'Djamena avait bien aidé Idriss Déby Itno face à ses rebelles. Le scénario va-t-il se répéter à Bangui ? En fait, la différence de Hollande se situe sur le terrain politique. Le lendemain de la bataille de N'Djamena, Sarkozy s'était totalement désintéressé du sort des trois opposants - dont Ibni Oumar Mahamat Saleh - arrêtés par le pouvoir tchadien. Aujourd'hui, Hollande fait savoir au régime centrafricain qu'il est très préoccupé par la sécurité de l'opposition civile à Bangui. Sans doute l'a-t-il dit très directement à François Bozizé le 31 décembre. Lors de cet entretien téléphonique d'une vingtaine de minutes, le président centrafricain a répété qu'il ne serait pas candidat en 2016. C'est précisément ce que voulait entendre Hollande...

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