Extension Factory Builder
02/01/2013 à 17:06
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Un drône américain. Un drône américain. © AFP

Édito de Gideon Rachman, journaliste au Financial Times.

Qu'est-ce qui est pire ? Maintenir quelqu'un en détention pendant plusieurs années en attendant d'être en mesure d'établir la preuve qu'il est un terroriste ? Ou bien tuer quelqu'un dont vous ne connaissez même pas le nom, parce que son comportement suggère qu'il pourrait être un terroriste ? La première stratégie se traduit par l'incarcération sans jugement de suspects sur la base de Guantánamo. C'est le symbole de l'ère Bush, et elle suscite une condamnation unanime. La seconde aboutit à des frappes de drones contre des terroristes présumés. C'est devenu la marque de fabrique de l'administration Obama, et personne ne s'en soucie vraiment. Tout se passe comme si on pardonnait à Barack Obama l'extrême brutalité de sa politique antiterroriste pour la simple raison qu'il jouit d'une image positive. N'a-t-il pas obtenu le prix Nobel de la paix ? Cette complaisance est peut-être en train de prendre fin.

Le développement de ce programme secret finit par provoquer, à juste titre, interrogations et critiques. Ancien ambassadeur de Bush auprès de l'Otan, Kurt Volker posait récemment de bonnes questions dans le Washington Post : « Quelle nation voulons-nous être ? Un pays tenant à jour en permanence une liste de gens à abattre ? Un pays qui, dans des centres d'opérations high-tech, forme des techniciens à tuer des êtres humains à l'autre bout de la planète parce qu'une agence de renseignements a décrété qu'ils étaient des terroristes ? » Tout cela reflète le malaise moral ressenti par beaucoup face à cette guerre qui ressemble un peu trop à un jeu vidéo. Certes, tuer quelqu'un à l'aide d'un drone peut paraître exagérément facile, presque tentant, mais la dénonciation du caractère irréel et abstrait de la méthode n'est pas très convaincante. Après tout, la plupart des pays seraient ravis de disposer d'un tel moyen de réduire les pertes dans les rangs de leurs forces armées. Et puis, il est tout à fait possible de faire des victimes civiles et de perpétrer des massacres de masse par des moyens plus conventionnels !

Guerre et assassinat

Non, l'objection la plus sérieuse qu'on puisse faire à l'usage des drones, c'est qu'il estompe la frontière entre guerre et assassinat. Un homme soupçonné de préparer un attentat terroriste sur le sol américain peut être arrêté et traduit devant un tribunal. Mais s'il se trouve dans les zones tribales du Pakistan, on peut estimer qu'il n'existe pas d'autre moyen de le neutraliser que de le réduire en miettes. La majorité des frappes a lieu dans des théâtres d'opérations comme l'Afghanistan ou l'Irak. Mais la CIA a également mis en place un important programme secret d'attaques de drone au Pakistan, au Yémen ou en Somalie. Certaines frappes visent des terroristes reconnus, comme Anwar al-Awlaki, un islamiste radical disposant d'un passeport américain abattu au Yémen. D'autres prennent pour cible des inconnus dont le comportement est apparu suspect - on parle alors d'« attaques signatures ». Les Américains soutiennent que ces dernières sont en réalité ciblées avec précision, et qu'elles ne font qu'un nombre limité de victimes civiles. Mais, à en croire une étude universitaire récente, entre 474 et 881 civils, parmi lesquels 200 enfants, ont été tués par des drones au Pakistan.

L'administration Obama justifie ces frappes par les nécessités de la « guerre contre le terrorisme », mais c'est jouer sur les mots. Car, que l'on sache, les États-Unis ne sont pas en guerre contre le Pakistan ! D'ailleurs, le programme de frappes est secret. Il est conduit par une agence de renseignements, non par l'armée régulière. La base légale de ces attaques est encore plus ténue quand celles-ci ont lieu dans des pays comme la Somalie, à des milliers de kilomètres des champs de bataille afghans.

De nombreux pays - de la Turquie à la Chine, en passant par la Russie - affirment leur intention de se lancer à leur tour dans une guerre contre le terrorisme. Que se passera-t-il s'ils décident de suivre l'exemple américain et d'éliminer leurs ennemis à l'étranger à l'aide de drones ? Après tout, le coût financier de tels programmes n'est pas démesuré... Et la technologie requise pas si difficile à maîtriser... 

___

Gideon Rachman, Financial Times et Jeune Afrique

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

États-Unis : un rapport accuse la police de Ferguson de discrimination contre les Noirs

États-Unis : un rapport accuse la police de Ferguson de discrimination contre les Noirs

La police de Ferguson, dans l’État du Missouri aux États-Unis, est accusée d’avoir violé systématiquement les droits des Noirs, selon le rapport de l’enquête du dé[...]

Ensaf Haidar : "Raif Badawi risque désormais la peine de mort pour apostasie"

Selon son épouse, Ensaf Haidar, le blogueur saoudien Raif Badawi, déjà condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison, risque désormais la peine de mort pour apostasie. Celle-ci[...]

Série TV : l'empire des sons de Lee Daniels

Fox TV a créé la surprise, début 2015, en lançant une série qui nous plonge dans l'intimité d'une famille africaine-américaine à la tête d'une grosse maison de[...]

Italie : au moins dix migrants tués dans le naufrage de leur embarcation

Le naufrage d'un bateau transportant des migrants a fait au moins dix morts mardi au large de la Sicile. Quelque 121 personnes ont pu être sauvées par les secouristes.[...]

Angleterre : Drogba fils dans la gueule du loup

S’il devenait footballeur professionnel, le fils de Didier Drogba, Isaac, voudrait représenter l’Angleterre, berceau du foot et… des supporters racistes.[...]

Le sans-abri noir tué par la police de Los Angeles était français

Selon le "Los Angeles Times", le sans-abri abattu dimanche par des policiers à Los Angeles lors d'une altercation était un citoyen français déjà condamné pour braquage aux[...]

Hommage : Éric Rouleau, témoin engagé

Décédé le 25 février, Éric Rouleau, journaliste spécialiste du Proche-Orient, collabora au "Monde" et à "Jeune Afrique". Il fut aussi ambassadeur de[...]

Emmanuel Macron, le coup droit de Hollande

Il est jeune, brillant et séducteur. Jusqu'ici, tout lui réussissait. L'incapacité du ministre de l'Économie à amadouer les "frondeurs" socialistes et à faire[...]

Livres : voyage au bout du Venezuela avec Miguel Bonnefoy

Le vénézuélien Miguel Bonnefoy publie un premier roman réjouissant, "Le Voyage d'Octavio". Chronique.[...]

États-Unis : un homme noir sans-abri, surnommé "Africa", abattu par la police de Los Angeles

Une vidéo montrant un groupe de policiers abattre un sans-abri noir dans un quartier défavorisé de Los Angeles, en Californie, a été publiée lundi sur les réseaux sociaux. Une[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2711p088.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2711p088.xml0 from 172.16.0.100