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03/01/2013 à 19:35
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La rédaction du quotidien, à Buenos Aires. La rédaction du quotidien, à Buenos Aires. © SIPA

Le plus grand groupe de presse du pays refusant de se mettre en conformité avec la nouvelle loi sur les médias, le gouvernement a entrepris de le démanteler. Depuis, la bataille judiciaire fait rage.

Sa popularité est en chute libre (34 %, contre 60 % l'année dernière) et les manifestations contre la politique de son gouvernement se multiplient. C'est pourtant le moment choisi par la présidente Cristina Kirchner pour déclarer la guerre à Clarín, le plus gros groupe de presse du pays, qui refuse de se mettre en conformité avec la loi sur les médias adoptée en 2009, à une large majorité, par le Congrès. Le nouveau texte limite en effet le nombre de stations de radio, de chaînes de télévision et d'abonnés au câble que peut détenir un même groupe. À lui seul, le géant Clarín contrôle 70 % du marché des médias argentins et possède quelque 500 sociétés : le quotidien du même nom, bien sûr, mais aussi 10 stations de radio, 4 chaînes de télévision, 240 canaux de télévision par câble et de multiples fournisseurs d'accès à internet. Son chiffre d'affaires a culminé en 2011 à 1,6 milliard d'euros. Soit une progression de 27,8 % par rapport à l'année précédente.

Le démantèlement partiel du groupe, de plus en plus critique au fil des années à l'égard de la politique du gouvernement, devait intervenir le 7 décembre, date butoir pour l'application de la loi. L'exécutif envisageait d'ailleurs de lancer à cette occasion plusieurs appels d'offres en vue de la reprise d'une partie des actifs du groupe. Mais la veille, un juge a suspendu l'application de l'article qui oblige l'entreprise à céder la plupart de ses moyens de communication. Il souhaitait s'assurer au préalable de la constitutionnalité dudit article. La réaction des autorités a été d'une extrême violence, le chef de cabinet de la présidence allant jusqu'à dénoncer un « tribunal de merde ».

"Qué te pasa ?"

En abrogeant la loi de radiodiffusion de 1980, héritage de la dictature militaire, Kirchner et ses amis souhaitent officiellement accroître la diversité des médias, ce qui se conçoit parfaitement. Mais l'opposition les accuse de chercher du même coup à neutraliser Clarín, leur principal ennemi. Les relations entre les deux parties n'ont pourtant pas toujours été aussi tumultueuses... Au temps de l'ancien président Néstor Kirchner (2003-2007), elles étaient même idylliques. Le défunt mari de Cristina avait en effet autorisé la fusion des deux plus grandes compagnies de télévision par câble, dont Clarín, à l'époque l'un de ses principaux soutiens, était devenu propriétaire. Tout a commencé à se gâter en 2008, un an après l'élection de Cristina, quand le groupe a pris la défense des agriculteurs qui protestaient contre la hausse des taxes à l'exportation. « Qué te pasa Clarín ? » (Que t'arrive-t-il Clarín ?) s'était interrogé Néstor.

Depuis, les tensions n'ont jamais cessé. Elles se sont même accrues au mois de novembre dernier, après que les filiales du groupe eurent largement contribué au succès des manifestations contre la politique économique du gouvernement. « Cristina Kirchner a le chic pour provoquer des situations conflictuelles qui tournent souvent en sa défaveur en raison des erreurs qu'elle commet », explique l'analyste politique Julián Hermida. Mais cette fois, la partie semble bien engagée pour elle.

Le 14 décembre, à la surprise générale, le juge constitutionnel a déclaré la loi sur les médias conforme à la Carta Magna (la « Grande Charte »), autrement dit à la Constitution. Trois jours plus tard, Martín Sabbatella, le responsable de l'Autorité fédérale des services de communication audiovisuelle (Afsca), a annoncé face à des dizaines de caméras rassemblées devant le siège du groupe la mise en vente de licences de radio-télévision appartenant à Clarín. Fou de rage, celui-ci dénonce l'illégalité du processus et compte bien faire appel de la décision. À suivre.

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