À 67 ans, ce magnat de l'industrie de la boisson gazeuse est l'homme le plus riche de Chine. Portrait d'un Picsou ascète.
Magnat des boissons gazeuses et des jus de fruits, Zong Qinghou, 67 ans, est à la tête d'une fortune estimée à 20 milliards de dollars. Mais l'homme le plus riche de Chine jure ne pas dépenser pour lui-même plus de 20 dollars par jour. Il se lève à 7 heures, se couche à 23 heures, ne boit que de l'eau et mange à la cantine de son entreprise. C'est l'anti-bling-bling absolu. Son seul luxe : le lit qu'il a fait installer dans son bureau.
Cette frugalité, Zong l'applique jusque dans son QG de Hangzhou. C'est ici, dans cette ville symbole du miracle chinois située tout près de Shanghai, qu'il a patiemment construit son entreprise. Wahaha, qui signifie « enfant content » en mandarin, est né il y a vingt ans dans un immeuble gris de six étages, le long de la voie ferrée. Les plus anciens de ses employés gardent de lui le souvenir d'un homme pour qui, depuis toujours, chaque dollar compte. « L'une des clés de son succès, c'est son habileté à maintenir des coûts bas, à s'assurer que chaque dollar dépensé en rapportera davantage », explique Shaun Rein, un analyste qui suit le groupe depuis ses débuts.
Pas le temps
Autre raison de ce succès : Zong est parvenu à tirer le meilleur des deux mondes, à opérer la synthèse du capitalisme et du communisme. « Il n'affiche pas son argent et suit scrupuleusement la ligne du Parti », ajoute Shaun Rein. C'est ainsi : l'homme le plus riche de Chine est un communiste convaincu, délégué à l'Assemblée populaire nationale. Il n'a pas son pareil pour manoeuvrer parmi les dinosaures du PCC.
Sa stratégie paraît tout droit sortie du Petit Livre rouge de Mao Zedong : « Encercler les villes, en contrôlant les campagnes. » Pékin, Shanghai ou Canton étant déjà la cible des géants de la grande distribution, il préfère s'attaquer en priorité aux villes moyennes. Mais Zong Qinghou n'a pas pour autant la folie des grandeurs et ne perd pas de vue ce qui a fait le succès de son entreprise. « Je dépense moins que la plupart de mes employés, tout simplement parce que je n'ai pas le temps », s'amuse-t-il.
Il y a quelques mois, il a balayé d'un revers de main les appels à la philanthropie lancés par Bill Gates et Warren Buffett. « Quand on donne de l'argent aux bonnes oeuvres, on ne sait pas où il atterrit, s'est-il justifié. Si nous distribuons cet argent, si on l'éparpille, c'est du gâchis, on ne peut plus l'investir et le faire prospérer. Ce que l'on devrait faire, c'est aider les pauvres à devenir riches. Leur apprendre à pêcher plutôt que leur donner du poisson. »

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