À 76 ans, Silvio Berlusconi se lance une dernière fois à la conquête de la présidence du Conseil. Nullement assuré de l'emporter, il a réussi à provoquer la démission de Mario Monti.
Il vient d'annoncer son retour, et l'Europe entière est incrédule : « Oh non, pas lui ! » Depuis près de vingt ans, Silvio Berlusconi a contribué par ses frasques et sa gestion erratique à plonger l'Italie dans le chaos. Pourtant, le 8 décembre, au centre d'entraînement du Milan AC, son club de foot, il a bel et bien fait savoir qu'il serait candidat aux prochaines législatives. Et que, dans la foulée, il briguerait la présidence du Conseil, qu'il a déjà occupée à trois reprises : 1994-1995, 2001-2006 et 2008-2011.
La veille, Angelino Alfano, le secrétaire général du Peuple des libertés (PDL), la formation à sa dévotion, avait préparé le terrain en déclenchant au Parlement d'intenses tirs d'artillerie contre la politique de Mario Monti et du gouvernement d'experts mis en place il y a un an pour tenter d'épargner au pays, par des moyens il est vrai peu réjouissants, le sort de la Grèce, de l'Espagne ou du Portugal.
Un "clown"
Homme discret, économiste rigoureux et catholique pratiquant, Monti est l'antithèse du clinquant Cavaliere. Mortifié par les attaques dont il a fait l'objet, il a aussitôt annoncé sa décision « irrévocable » de démissionner de ses fonctions après le vote du budget (à la fin de l'année), et, du même coup, de provoquer des élections anticipées. En soi, ce n'est pas un drame : les législatives devaient avoir lieu en avril, elles se tiendront dans la seconde quinzaine de février. Mais le ton polémique, démagogique et populiste de la campagne berlusconienne qui s'annonce est la dernière chose dont l'Italie avait besoin.
Une vanité himalayesque. Et un mépris pour ses semblables qui ne l'est pas moins.
À quoi donc joue le Caïman, comme on le surnomme depuis la sortie du film éponyme de Nanni Moretti (2006) ? Ne pouvait-il, à 76 ans, se contenter de jouir de son immense fortune et des menus plaisirs y afférents ? La dimension psychologique du problème n'est pas à négliger. Depuis des années, notre confrère britannique The Economist voit en Berlusconi un « clown ». Clown, sans doute, mais doté d'une vanité himalayesque et d'un mépris pour ses semblables qui ne l'est pas moins. Les circonstances de son éviction en novembre 2011, sous la pression des marchés et avec le concours d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy, furent pour lui une terrible humiliation qu'il est assurément pressé de laver. Mais ce n'est pas tout.
Glaive
Car depuis son départ du pouvoir, son empire audiovisuel et financier vacille, tandis que les affaires judiciaires dans lesquelles il est impliqué se multiplient. Certes, il en a l'habitude. Depuis 1990, il a été confronté aux juges une bonne vingtaine de fois, souvent condamné en première instance à des peines de prison, et toujours blanchi en appel ou en cassation, parfois grâce à des lois votées tout exprès par sa majorité parlementaire. Au mois d'octobre, il a pris un an pour fraude fiscale - verdict que, naturellement, il conteste. Et il devra prochainement répondre des accusations d'incitation de mineures à la débauche et d'abus de pouvoir portées contre lui dans l'affaire du Rubygate.
Or il lui serait plus facile d'échapper encore une fois au glaive de la justice à l'abri des murs du palazzo Chigi ! « Ce sera un référendum entre Pier Luigi Bersani [le chef de file de la gauche] et moi », vagit le Caïman. Cela reste à démontrer. Selon un sondage de l'institut SWG, son parti ne recueille plus que 13,8 % des intentions de vote. L'Église, les milieux d'affaires et les centristes de Gianfranco Fini ne lui feront aucun cadeau. Quant aux extrémistes de la Ligue du Nord, ses derniers alliés, ils sont englués dans les scandales, et leur poids s'est amenuisé. Même au sein du PDL, des voix ne cachent pas la « consternation » que leur inspire le retour du vieux saurien.

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