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25/12/2012 à 15:49
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Khaled Mechaal, chef en exil du Hamas, à Gaza, le 9 décembre 2012. Khaled Mechaal, chef en exil du Hamas, à Gaza, le 9 décembre 2012. © AFP/Mahmud Hams

Par quelques choix bien sentis, dont la volonté de se réconcilier avec les rivaux du Fatah, le chef du bureau politique du Hamas s'est auréolé d'une légitimité sur la scène internationale et locale.

Les 7 et 8 décembre, Khaled Mechaal a effectué un voyage historique à Gaza. Le leader du Hamas, qui avait dû quitter cette région à l'âge de 11 ans, lors de la guerre des Six-Jours, en 1967, y est revenu après un exil de quarante-cinq ans. L'homme était certes venu pour célébrer le 25e anniversaire de son organisation, mais il s'agissait surtout pour lui d'apparaître comme le dernier héraut de la Palestine. Auréolé de sa « victoire » face à l'État hébreu, en obtenant un cessez-le-feu après l'offensive israélienne du 14 au 21 novembre, Mechaal a su se rendre incontournable. Quelques choix bien sentis ont contribué à lui donner une légitimité sur la scène internationale et locale. Sa rupture avec le régime syrien de Bachar al-Assad en janvier 2012 et son installation au Qatar lui ont offert la possibilité de faire évoluer son discours et de gommer en partie son intransigeance passée, qui l'empêchait non seulement de devenir un interlocuteur au niveau international, mais d'imaginer un jour prendre la direction du mouvement palestinien réunifié.

« Nous sommes en train d'imposer une nouvelle réalité à l'occupation israélienne. Toutes les factions palestiniennes étaient représentées ici. Le drapeau du Hamas flottait à côté des bannières du Fatah et de la Palestine », a rappelé Salah Bardawil, porte-parole du Hamas, après le discours de Mechaal à Gaza, le 8 décembre, devant plusieurs dizaines de milliers de personnes. En choisissant de s'adresser aux Palestiniens à cette date au lieu du 14 décembre, date officielle de la création de son organisation, il voulait bien sûr rendre hommage à la première intifada déclenchée vingt-cinq ans plus tôt. Il savait aussi que son discours ne serait pas perçu uniquement comme une énième harangue anti-israélienne, mais qu'il permettrait de renforcer sa légitimité auprès de tous les Palestiniens. C'est ce que les Israéliens craignent le plus. « L'unité palestinienne serait perçue comme un coup de poignard en plein coeur par le gouvernement du Likoud, estime le journaliste Richard Silverstein. Tel-Aviv veut préserver le statu quo et profiter d'une Autorité palestinienne faible qui lui permet de négocier toujours à son avantage. Avec un Mechaal à sa tête, les négociations pourraient se compliquer pour Israël. »

Réticences

Reste que le chemin vers la réconciliation est semé d'embûches pour Mechaal. S'il a pris soin, au début de 2012, d'annoncer son intention de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête du Hamas et de trouver un accord pour constituer un gouvernement intérimaire d'unité nationale dirigé par Mahmoud Abbas, ces gestes n'ont pas encore réussi à convaincre tous les Palestiniens. Dans son propre camp, certains responsables ne le suivent pas. Ismaël Haniyeh, représentant du Hamas à Gaza, est moins favorable que lui à une réconciliation, tout comme Mahmoud Zahar, ex-ministre des Affaires étrangères, qui refuse de participer à des manifestations en compagnie du chef politique du Hamas. Pour les amadouer, Mechaal a, il est vrai, repris une partie de la rhétorique classique du Hamas, rappelant que « la Palestine, de la mer Méditerranée au fleuve Jourdain, du nord au sud, est notre terre et notre nation, dont on ne peut céder ni un pouce ni une partie ».

Derrière ce discours obligé et la présence de portraits du fondateur du Hamas, Cheikh Ahmed Yassine, assassiné par Tsahal en 2004, et du chef militaire du mouvement, Ahmad Jaabari, tué par les Israéliens en novembre, Mechaal s'est distingué par son désir de rassembler. « Nous sommes une seule Autorité et notre référence est l'OLP [Organisation de libération de la Palestine, NDLR], dont nous voulons l'unité », a-t-il lancé à la foule, peu habituée à entendre ce genre de paroles dans la bouche d'un dirigeant du Hamas, en particulier à Gaza, où les membres du Fatah sont persona non grata. Estimant que « la démarche d'Abbas à l'ONU est un petit pas mais un progrès », il s'est empressé d'ajouter qu'il fallait aussi « réviser une approche politique qu'Israël et la pusillanimité internationale ont fait échouer ».

Dès lors, le séjour de Mechaal mérite bel et bien l'épithète d'historique dans la mesure où il a montré qu'il avait mûri au point d'être désormais un élément crucial dans le règlement du conflit israélo-palestinien. Toutefois, le manque de clairvoyance des Israéliens et l'entêtement américain à le considérer comme un terroriste montrent que l'entrée de Mechaal dans les livres d'histoire n'est pas encore assurée. Son élection à la tête de l'Autorité palestinienne ou un geste de portée symbolique comme celui de Yasser Arafat, en mai 1989, qui avait déclaré « caduque » la charte de l'OLP selon laquelle « la lutte armée est la seule voie pour la libération de la Palestine », pourraient sans doute l'y aider. Mechaal a pour l'instant rappelé que « toutes les formes de lutte, politique, diplomatique, juridique et de mobilisation sont légitimes pour recouvrer ses droits mais aucune n'a de sens sans la résistance ». Une façon de souligner que la paix ne se fera pas sans que l'autre partie soit disposée à discuter. Or la décision israélienne de construire 3 000 unités de logement à Jérusalem-Est après l'accession de la Palestine, le 29 novembre, au statut d'État observateur de l'ONU montre que Tel-Aviv n'a pas saisi les enjeux du moment. 

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