Extension Factory Builder
26/12/2012 à 10:44
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le président rwandais lors d'un meeting dans la province de l'Est, le 20 avril. Le président rwandais lors d'un meeting dans la province de l'Est, le 20 avril. © Vincent Fournier/J.A.

Le Front patriotique rwandais (FPR) a fêté ses 25 ans le 20 décembre. Au pouvoir depuis 1994, c'est un parti dont on connaît peu les rouages, mais qui est toujours redoutablement efficace.

Un parfum de mystère flotte encore sur le Front patriotique rwandais (FPR). Au pouvoir à Kigali depuis juillet 1994, le parti célèbre en grande pompe, ce 20 décembre, son vingt-cinquième anniversaire. Mais les cérémonies ont peu de chance de lever le voile sur tous ses rouages. On cherche en vain, sur son site internet officiel, la trace d'un organigramme. Les « experts » étrangers du Rwanda avouent leur ignorance sur son fonctionnement. Quant à ses responsables, ils préfèrent décliner les interviews.

Cette extrême discrétion n'est pas nouvelle. L'Armée patriotique rwandaise (APR), branche militaire de ce mouvement créé en 1987 en Ouganda par des exilés rwandais (des Tutsis qui avaient fui les pogroms de 1959-1961 et 1973 pour la plupart), était clandestine dès son origine. Fred Rwigema, son premier chef, et son bras droit, Paul Kagamé, l'actuel président rwandais, étaient alors des personnalités éminentes du régime du président ougandais Yoweri Museveni.

Les bons comptes font les bons amis

Bras financier du Front patriotique rwandais (FPR, au pouvoir), le fonds d'investissement Crystal Ventures Ltd est devenu, au fil des années, un acteur majeur de l'économie rwandaise. Ses participations, dans des secteurs aussi diversifiés que les télécommunications (MTN), l'immobilier (Real Contractor), le BTP (NPD Cotraco) et l'agroalimentaire (Inyange Industries), valent près de 380 millions d'euros, selon le Financial Times. Ces entreprises, conçues pour lancer de nouvelles filières économiques (comme le café avec la chaîne de restauration Bourbon Coffee), sont devenues une réserve dans laquelle le parti peut puiser. La moitié des fonds de la campagne électorale de 2010 (soit 900 000 euros) en provenait, d'après Nshuti Manasseh, le président de Crystal Ventures Ltd. P.B.

Le déclenchement de leur première offensive vers le Rwanda, le 1er octobre 1990, n'a pas eu le résultat escompté. Rwigema a été tué dès le lendemain, et Kagamé, en formation aux États-Unis, est revenu en catastrophe pour prendre la tête de la rébellion. Mais cette attaque a suscité un immense espoir chez les Tutsis exilés en RD Congo et au Burundi notamment, qui pouvaient désormais rêver à un retour dans ce pays idéalisé. « Il y avait un enthousiasme incroyable, se souvient le comédien Diogène Ntarindwa, à l'époque collégien à Bujumbura. On se perfectionnait en kinyarwanda [la langue nationale, NDLR], on apprenait les danses traditionnelles et on faisait du sport autant que l'on pouvait pour être prêts. » Le financement de la guerre reposait alors sur la générosité des plus riches et les efforts de tous.

Défections

Pour ne pas démoraliser les troupes, on en parlait peu, mais le mouvement a alors subi de lourdes pertes face à une armée rwandaise soutenue par la France et le Zaïre. « Tous mes camarades de collège aptes se sont engagés », explique Ntarindwa, lui-même intégré à l'APR en 1994, à l'âge de 17 ans. « Les trois quarts ne sont jamais revenus. » Surtout, nombreux sont les combattants qui ont perdu, pendant le génocide, les membres de leur famille restés au pays.

Véritable socle du nouvel État rwandais (« moteur du Rwanda », selon l'un de ses slogans), le FPR continue de jouer un rôle clé dans la vie du pays. Le parti, dont le secrétaire général est aujourd'hui François Ngarambe, ancien exilé du Burundi, quadrille le pays jusqu'au plus petit niveau. Les défections de plusieurs cadres dirigeants, comme celle de Faustin Kayumba Nyamwasa, ancien chef d'état-major de l'APR, en 2010, prouvent que les désaccords au sommet sont parfois irréductibles. « Certains sont partis, mais d'autres nous rejoignent, a réagi le commissaire chargé de l'information, Tito Rutaremara, à la mi-septembre. Si nous parvenons à mobiliser la jeunesse, le FPR ne fera que se renforcer et restera en place pour plus d'un siècle. »

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
France - Algérie : les excités

Article pr�c�dent :
Bahreïn : printemps pourri

Réagir à cet article

Rwanda

Classement 2014 : Algérie, Tunisie et Sénégal au sommet des sélections africaines de foot

Classement 2014 : Algérie, Tunisie et Sénégal au sommet des sélections africaines de foot

Après l’Égypte (2010), la Côte d’Ivoire (2011), la Zambie (2012) et le Nigeria (2013), l’Algérie, huitième de finaliste de la Coupe du monde et facilement qualifiée pour[...]

Rwanda : fermeture différée pour le TPIR ?

Basé à Arusha, en Tanzanie, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ne devrait pas fermer ses portes avant août 2015.[...]

Génocide au Rwanda : quel bilan pour le TPIR, vingt ans après sa création ?

Après 20 ans de travail et 61 condamnations, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) s'apprête à fermer ses portes. Avec un bilan en demi-teinte.[...]

Attentat du 6 avril 1994 au Rwanda : les révélations contradictoires d'Émile Gafirita

Le témoignage de dernière minute que le Rwandais Émile Gafirita – porté disparu depuis le 13 novembre – entendait apporter aux juges français chargés de l'instruction sur[...]

Affaire Gafirita - J. Busingye : "Le gouvernement rwandais fait confiance aux magistrats français"

Kigali nie être impliqué dans l'enlèvement d'Émile Gafirita, témoin de la dernière heure dans l'attentat contre l'avion de l'ancien président rwandais Juvénal Habyarimana,[...]

Rwanda : l'étrange affaire Gafirita

C'est l'histoire d'un ancien sergent qui disait détenir des informations compromettantes pour Kagamé et qui a disparu, le 13 novembre. Enquête sur un dossier plein de contradictions.[...]

Rwanda : des membres des FDLR condamnés à de la prison ferme en Allemagne

Trois Allemands d'origine rwandaise ont été condamnés vendredi à des peines de 4 à 2 ans de prison ferme pour appartenance ou soutien aux rebelles hutu rwandais des FDLR (Forces[...]

Rwanda - Me Cantier : "J'ignore qui a enlevé Émile Gafirita"

Me François Cantier, avocat du Rwandais Émile Gafirita, répond aux questions de "Jeune Afrique" au sujet de l'enlèvement de son client, au Kenya, mi-novembre. L'ancien sous-officier devait[...]

RDC : les premiers combattants FDLR désarmés sont arrivés à Kisangani

Après plusieurs mois de tergiversations, les premiers combattants FDLR ayant déposé les armes sont arrivés jeudi à Kisangani. Au total,  217 personnes, ex-combattants, leurs femmes et[...]

France - Rwanda : Sonia Rolland, Miss et ambassadrice

Dans un documentaire diffusé sur France Ô le 26 novembre, la comédienne franco-rwandaise évoque avec une tendresse teintée d'admiration la résurrection de son pays natal, vingt ans[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers