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20/12/2012 à 08h:30
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Amadou Haya Sanogo, le 12 avril 2012, à Bamako. Amadou Haya Sanogo, le 12 avril 2012, à Bamako. © Reuters/Stringers

Il lui avait suffi d'une pichenette pour faire tomber le Premier ministre malien, Cheick Modibo Diarra, et se replacer au centre du vrai pouvoir. Avant l'intervention française, le capitaine putschiste Amadou Haya Sanogo ne cachait pas ses ambitions.

Article publié le 20/12/2012.

Peu importe s'il fait plus penser à Dadis Camara qu'à Charles de Gaulle ou au commandant Massoud - personnages auxquels il ne lui déplaît pas de se comparer - et s'il lui faut pour l'instant se contenter d'être le « président du comité militaire de suivi des réformes » d'une armée malienne en capilotade : le capitaine putschiste Amadou Haya Sanogo, 40 ans, a une fois de plus réussi son coup.

Au cas où certains, et notamment la communauté internationale, l'auraient oublié, l'ancien petit prof d'anglais en béret vert vient de démontrer qu'il n'était pas seulement le roi de Kati, mais aussi le maître du jeu à Bamako. Il lui a suffi de quelques minutes dans la nuit du 10 au 11 décembre pour convaincre le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, convoqué manu militari dans son bureau, de remettre sa démission. Avec quels arguments ? « Il n'y a eu ni pression ni violence, soutient le capitaine. On ne l'a pas contraint, on lui a juste facilité la tâche. » À l'écouter commenter son dernier fait d'armes à la télévision, le lendemain soir, il est permis d'en douter tant la liste des reproches égrenés par Sanogo à l'intention de Diarra ressemble aux attendus d'un jugement en cour martiale.

Ce Premier ministre que « nous avons désigné », explique-t-il, ne montrait « aucun égard pour le peuple » et ne « rendait de comptes à personne », surtout pas au chef de l'État, Dioncounda Traoré, dont « il ne reconnaissait pas l'autorité ». Comment continuer de faire confiance à un homme « en train d'étrangler le pays par des ambitions personnelles démesurées », s'exclame Sanogo, qui fustige au passage le comportement de « voyageur permanent » et le goût pour « les hôtels de luxe » à l'étranger, véritables « insultes pour le peuple malien », de l'ancien ingénieur de la Nasa. Pis encore aux yeux de celui qui se veut l'âme de la future reconquête du Nord, Diarra n'aurait en huit mois d'exercice du pouvoir « jamais donné un seul équipement aux forces armées » tout en s'employant à « payer des officiers » pour se constituer une garde prétorienne.

Chute prévisible

La charge, on le voit, est violente, et l'on comprend mieux la mine visiblement effrayée de l'ex-Premier ministre lorsqu'il est apparu sur les écrans le 11 décembre vers 4 heures du matin pour annoncer la fin de sa mission, un pistolet invisible braqué sur sa tempe. En réalité, le capitaine Sanogo n'a pris aucun risque tant la chute de celui que Jeune Afrique qualifiait en juillet dernier de « grand bluff » et d'« erreur de casting » était prévisible. En atterrissant à la primature, Cheick Modibo Diarra s'était visiblement trompé de planète, multipliant les bourdes, donnant chaque jour des gages d'incompétence et creusant avec application son déficit de fiabilité. Au point que ses sponsors initiaux - Blaise Compaoré, mais aussi Paris et Washington - avaient fini par ne plus supporter ce professeur Nimbus sans ancrage populaire.

Diarra s'est accroché jusqu'au bout à son poste, allant jusqu'à caresser des rêves d'homme providentiel.

Le problème, bien sûr, est que l'intéressé, qui n'a pas de sa personne une petite opinion, aura été le dernier à s'en rendre compte. Lâché par tous y compris par Sanogo lui-même, avec qui il entretenait pourtant au début d'excellentes relations, en froid glacial avec le président Traoré, Diarra s'est accroché jusqu'au bout à son poste, allant jusqu'à caresser des rêves d'homme providentiel et à ébaucher dans ce but un réseau de militaires anti-Sanogo acquis à sa cause. C'est manifestement parce qu'il a senti venir le danger d'être marginalisé que le capitaine s'est décidé à accrocher à son tableau de chasse la tête du « Martien » Diarra, à côté de celle d'Amadou Toumani Touré. Ce faisant, il jouait sur du velours. Personne n'est descendu dans les rues de Bamako pour réclamer le retour du sortant, et la communauté internationale, passé le rappel des grands principes, n'a pas versé une seule larme, fût-elle de crocodile, sur le sort qui est désormais le sien : celui de résident surveillé.

Élections générales

Amadou Sanogo, qui a au minimum donné son aval (s'il ne l'a pas choisi lui-même) au successeur de Diarra, Diango Cissoko, s'est replacé au centre du vrai pouvoir, quitte à décrédibiliser encore un peu plus les institutions de la transition et la pâle figure d'un président qu'il n'a d'ailleurs pas pris la peine d'informer à l'avance de son miniputsch d'opérette. Du coup, l'hypothèse de l'organisation d'élections générales destinées à installer à Bamako un exécutif enfin incontestable et respecté est relancée.

Une telle consultation interviendrait avant le déclenchement d'une opération militaire étrangère, vis-à-vis de laquelle le capitaine et ses hommes se sont toujours montrés réticents, car elle leur ferait perdre la main sur le processus de libération du Nord. Il n'est un secret pour personne en effet que l'enfant de Ségou, qui n'a été chef de l'État que pendant vingt jours, aimerait rempiler. Bardé de ses fétiches de chasseur dozo et de son inébranlable confiance en lui-même, il a tenu à le rappeler à ses compatriotes, le 11 décembre au soir à la télévision : « Si le peuple malien décide que je joue un autre rôle [que celui de président du comité militaire de suivi des réformes, NDLR], je suis prêt à l'assurer [sic]. »

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