Appelant aux pires exactions pendant le génocide, la radio des Mille Collines a fasciné les Rwandais, hutus comme tutsis.
Elle hypnotisait les tueurs et terrorisait les rescapés. Même les rebelles tutsis du Front patriotique rwandais (FPR), venus combattre ses initiateurs, n'en perdaient pas une miette. Tous ceux qui ont entendu la Radio Télévision libre des Mille Collines (RTLM) au Rwanda en 1994 sont d'accord sur un point : cette station privée était fascinante.
En dépit des appels au meurtre, diffusés à longueur de journée sur les ondes, la RTLM n'était pas aussi sinistre qu'on pourrait l'imaginer : on y proposait la meilleure musique zaïroise de l'époque, on y parlait un langage gouailleur inédit dans les médias rwandais, on y faisait des blagues « qui faisaient rire même ceux qui étaient traqués », comme l'explique très justement l'introduction de Hate Radio, la pièce du Suisse Milo Rau qui lui est consacrée.
Haine
Cette oeuvre est une plongée dans la mécanique perverse de ce média de la haine, qui n'aurait jamais été aussi efficace s'il n'avait pas été aussi attrayant. Plus de dix-huit ans après et en dépit de la mise en scène, qui reproduit le studio de la radio, il est parfois difficile de saisir toute la dimension novatrice de la RTLM à l'époque. Car ce qui fascinait tant les Rwandais c'était aussi le décalage entre cette antenne et les radios rwandaises préexistantes, sorte de voix de l'autorité au langage très corseté.
Pour reconstituer une heure de programme à partir de séquences réelles, dans leurs langues originales (le français et le kinyarwanda, surtitré), Milo Rau a fait appel à des acteurs rwandais ou d'origine rwandaise. L'un d'eux, Diogène Ntarindwa, dit Atome, qui interprète l'animateur Kantano Habimana, a été lui-même un soldat du FPR pendant le génocide. À l'époque, il avait longuement écouté la voix de son personnage.

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