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13/12/2012 à 09:39
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Arnaud Montebourg le 28 novembre 2012 à l'Asssemblée nationale française. Arnaud Montebourg le 28 novembre 2012 à l'Asssemblée nationale française. © AFP

Grand pourfendeur de patrons et chantre de la démondialisation, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, joue volontiers les Don Quichotte. Sa tentative avortée de nationaliser les hauts fourneaux de Florange est une nouvelle - et très amère - désillusion.

Désavoué le 30 novembre par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, qui a préféré trouver un accord avec ArcelorMittal plutôt que nationaliser les hauts fourneaux de Florange (Moselle) comme il le préconisait à cor et à cri, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, a failli démissionner du gouvernement, le 1er décembre. Un sérieux accroc à la crédibilité de ce pourfendeur de patrons et chantre de la « démondialisation ».

Car Montebourg ne laisse personne indifférent et brouille les cartes par ses prises de position à l'emporte-pièce qui séduisent jusqu'à une partie de la droite et exaspèrent certains de ses amis de gauche. Est-il « dangereux », comme le pense Alain Juppé (UMP), ou seulement « excessif », comme on le concède à l'Élysée ? Zigzague-t-il en tous sens comme « un canard sans tête », comme le dit, de manière imagée, Xavier Bertrand (UMP), ou agit-il « en faveur des entreprises de manière parfois énergique », comme l'en félicite Laurence Parisot, la patronne des patrons ? Faut-il, comme certains syndicats, crier « au fou » avec la CFE-CGC, ou s'ébaubir avec la CFDT : « Enfin un ministre qui a des couilles » ?

Son plaidoyer en faveur de la nationalisation provisoire des hauts fourneaux de Florange dans l'hypothèse où Mittal aurait refusé de vendre la totalité du site lui a valu un satisfecit de plusieurs ténors de l'opposition, comme François Bayrou, Jean-Louis Borloo et Henri Guaino, même si ces derniers ont aussi déploré certaines de ses déclarations au canon (« nous ne voulons plus de Mittal en France »).

Arabo-morvandiau

Ce drôle de ministre est né le 30 octobre 1962 à Clamecy (Nièvre). Il rappelle à qui veut l'entendre que son grand-père maternel, Khermiche Ould Cadi, était algérien d'Oran, et que, du côté de son père, on était charcutier de père en fils, à Autun. Il serait donc « arabo-morvandiau ». La vérité est que son père était fonctionnaire des impôts, et sa mère professeure d'espagnol. Cette filiation fait certes un peu moins « peuple » que la légende qu'il entretient complaisamment, mais elle a accéléré sa carrière, via Sciences-Po Paris puis le barreau, où il s'est débrouillé pour défendre des causes très médiatiques : de l'affaire du Carrefour du développement à l'affaire Villemin, en passant par l'appartement public parisien indûment occupé par Alain Juppé.

Cet ambitieux est socialiste de longue date, et son militantisme a payé. Député de Saône-et-Loire depuis 1997, président du conseil général depuis 2008, ministre du Redressement productif depuis cette année, il a su mener sa barque avec maestria. À ses débuts, il était proche de Laurent Fabius. En 2007, il était le porte-parole de Ségolène Royal, dont il estimait perfidement qu'elle n'avait qu'« un seul défaut : son compagnon » (autrement dit : François Hollande). En 2008, il entrait dans l'écurie de Martine Aubry, en 2011, il ralliait le camp de François Hollande...

Imprécation

Son fonds de commerce, c'est la dénonciation. Avocat devenu procureur à l'Assemblée nationale, il a d'abord pris pour cible les tribunaux de commerce, qui « s'enrichissent aux dépens des entreprises et de leurs salariés », puis les paradis fiscaux, puis l'ancien président Jacques Chirac, qu'il ambitionnait de faire traduire en Haute Cour. Raté.

Son style, c'est l'imprécation. Il a comparé Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine ; dénoncé « la tradition délinquante » de TF1 ; qualifié l'action d'Angela Merkel de « politique à la Bismarck », etc...

Ses attaques n'ont pas épargné ses camarades de parti. En 1999, il a réclamé la démission du Conseil constitutionnel de Roland Dumas, empêtré dans l'affaire Elf : « Partez, si vous êtes toujours socialiste ! » En 2011, il a lancé un brûlot contre Jean-Noël Guérini, le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, accusé de « dérives dans l'usage de l'argent public ». Encore raté.

Son style, c'est l'imprécation. Il a comparé Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine ; dénoncé « la tradition délinquante » de TF1, qui, à l'en croire, véhicule de façon éhontée les valeurs de l'argent, de la cupidité et de la violence ; qualifié l'action d'Angela Merkel de « politique à la Bismarck » ; et cloué au pilori son propre parti, composé « d'administrateurs de collectivités locales coupés de la société ». Ce Savonarole n'est jamais à court d'idées - de préférence bruyantes -, telles la fondation d'une VIe République ou la création de jurys citoyens. Il a même organisé dans sa circonscription un référendum sur le transit des poids lourds sur la nationale 73 !

Rendons-lui cette justice : il a aussi été, avec Olivier Ferrand, le patron aujourd'hui décédé du think-tank de gauche Terra Nova, le promoteur de la primaire socialiste, qui, en 2011, désigna le candidat à l'élection présidentielle. Gagné, cette fois ! D'ailleurs, il y a fait un tabac en s'adjugeant avec 17,2 % des suffrages la troisième place derrière François Hollande et Martine Aubry. Son positionnement cocardier, son livre prônant « la démondialisation » et ses moulinets verbaux ont séduit « les perdants de la mondialisation », comme l'analyse François Kalfon, secrétaire national du PS chargé des études d'opinion.

Made in France

Nommé au gouvernement comme caution de gauche, Montebourg s'y est déchaîné contre les patrons et a ferraillé sur tous les fronts. Il a accusé la famille Peugeot de dissimuler la situation de PSA, avant de devoir faire machine arrière : échec. Il a tenté d'interdire la fermeture de l'usine d'Aulnay-sous-Bois : échec. Il a entrepris de taxer les hotlines pour faire revenir des emplois en France, avant de soutenir qu'il ne l'avait jamais proposé : échec. Il a démarché la Libyan Investment Authority pour sauver la raffinerie normande de Petroplus et ses 470 emplois. Pour l'instant, échec.

Il a posé pour un magazine vêtu d'une marinière Armor-Lux de fabrication exclusivement française et exhibé un mixeur Moulinex qui ne l'est pas moins. Il a poussé à la création de rayons made in France dans les grandes surfaces... un peu comme les rayons halal ou cashers.

Reste que sa démarche est passéiste et défensive. Peut-être permettra-t-elle de sauver une poignée d'emplois, mais elle ne déclenchera pas les investissements sans lesquels il n'y aura ni créations d'entreprises, ni croissance des exportations, ni reprise du marché du travail. Sans-culotte et matamore, Montebourg risque même de les faire fuir, au moment où la France en a le plus urgent besoin pour améliorer sa compétitivité dégradée.

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