Extension Factory Builder
13/12/2012 à 19:20
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les funérailles de l'opposant de Kaddafi, le 3 décembre, à Benghazi. Les funérailles de l'opposant de Kaddafi, le 3 décembre, à Benghazi. © AFP

La dépouille de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Mansour Kikhia, disparu en 1993 a été retrouvée. Mais le mystère de son enlèvement et de son assassinat reste entier.

Après dix-neuf ans d'attente, l'enlèvement de Mansour Kikhia, opposant notoire de Kadhafi, est en passe de trouver son épilogue. La dépouille de l'ancien ministre libyen des Affaires étrangères a été enterrée à Benghazi, sa ville natale, le 3 décembre. La veille, une cérémonie officielle, en présence de nombre de ses camarades de l'opposition en exil, a été organisée par le ministère des Affaires étrangères à Tripoli. Étaient également présents le président du Congrès général national (CGN, Parlement), Mohamed el-Megaryef, et d'autres membres du gouvernement ou du Conseil national de transition (CNT), aujourd'hui dissous. Chacun a eu un mot à la mémoire du plus célèbre des opposants de Kadhafi.

Kikhia avait disparu dans la soirée du 10 décembre 1993 après avoir quitté l'hôtel Safir, au Caire. Certains de ses camarades se sont souvenus de la rencontre d'Alger, réunissant l'opposition libyenne à l'initiative de Kikhia, en octobre 1993, moins de deux mois avant son enlèvement. Le mystère de son kidnapping et de l'assassinat reste entier. Son épouse, Baha Kikhia, qui s'est battue sans relâche pour que toute la lumière soit faite, a confié à J.A. que son mari avait été contacté, avec insistance, par des proches de Kadhafi pour une rencontre avec ce dernier. Elle a aussi établi qu'un émissaire libyen, un dénommé Nejm, avait rencontré Kikhia le 10 décembre et que quatre berlines diplomatiques avaient traversé la frontière à l'ouest d'Alexandrie au lendemain de sa disparition. Hosni Moubarak n'a jamais vraiment enquêté sur cette « non-affaire », ce qui a permis à Kadhafi de constamment se défausser sur ses voisins. Pourtant, des dignitaires libyens étaient fort nombreux autour du Sheraton, au même moment. Parmi eux, Brahim Bechari, l'ambassadeur au Caire, mais surtout le sinistre Abdallah Senoussi, qui peut seul reconstituer le puzzle.

Gangstérisme d'État

Impliquant aussi le voisin égyptien, l'enlèvement de Mansour Kikhia est emblématique de la répression Kadhafiste. Comme l'affaire Ben Barka au Maroc, il incarnait aux yeux des opposants l'archétype du gangstérisme d'État. C'est le transfert en Libye, le 5 septembre, du chef des services de renseignements Abdallah Senoussi qui a tout débloqué. Ce n'est pas pour rien que l'homme est surnommé « la boîte noire ». Les secrets les mieux gardés de la longue nuit Kadhafiste, c'est lui. Devant les enquêteurs libyens, il n'a apparemment pas tardé à parler. Sur ses indications, trois corps ont été retrouvés enterrés dans le jardin d'une villa à Tripoli. Au départ, on a pensé à Moussa Sadr, l'imam chiite enlevé en 1978 et devenu l'objet d'une adoration mystique au Liban. Les autorités de Beyrouth insistaient depuis des mois auprès du CNT pour élucider cet autre mystère. Mais les analyses ADN ont été catégoriques. On a alors contacteé le frère de Mansour, Rachid Kikhia, pour aider à l'identifier. Ce qui a été fait mi-novembre grâce à de nouvelles analyses ADN à Sarajevo.

Pendant dix-neuf ans, la famille Kikhia a frappé à toutes les portes, enquêtant, interpellant le colonel Kadhafi, plaidant la cause du disparu auprès des dirigeants étrangers, dont le président Bill Clinton - Baha, l'épouse de Kikhia, a la nationalité américaine -, mais sans résultat probant. Depuis longtemps, face aux rumeurs contradictoires, ses proches avaient fini par ne plus accorder de crédit aux « révélations » qu'on leur vendait comme on jette une dose de drogue à un toxicomane. Puis le soulèvement de 2011 et la guerre contre Kadhafi ont ouvert l'odieuse boîte à secrets du régime. Maintenant que le sort de Mansour Kikhia est connu, le combat pour juger les coupables ne fait que commencer

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Libye

Égypte : quand Sissi tacle la France au sujet du dossier libyen

Égypte : quand Sissi tacle la France au sujet du dossier libyen

Lors d'une rencontre au Caire avec une délégation française, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi n'a pas manqué de faire savoir ce qu'il pensait de la gestion par la France du doss[...]

Libye : violents combats entre milices rivales à Benghazi et à Tripoli

À Benghazi et à Tripoli, autour de l'aéroport, les combats se poursuivaient mercredi, alors que l'entrée en fonction du nouveau Parlement (à Benghazi) a été fixée au 4[...]

Libye : les islamistes minoritaires au Parlement

Les résultats définitifs des législatives libyennes ont été publiés lundi. Si les islamistes semblent minoritaires au sein du futur Parlement, ils pourraient toutefois se renforcer[...]

Libye : 47 morts en une semaine de combats à l'aéroport de Tripoli

En une semaine, plus de 47 personnes ont été tuées dans les affrontements entre milices rivales autour de l'aéroport de Tripoli, la capitale libyenne. Le pays se retrouve au bord d'une nouvelle guerre[...]

Libye : violents combats entre milices rivales autour de l'aéroport de Tripoli

De violents combats faisaient rage dimanche autour de l'aéroport de Tripoli, dont des milices rivales se disputent le contrôle depuis une semaine, sur fond de lutte d'influence qui risque de plonger la Libye dans[...]

Libye : violents combats à l'aéroport de Tripoli

De violents combats aux armes lourdes opposaient dimanche des milices rivales qui s'affrontent depuis une semaine pour le contrôle de l'aéroport de Tripoli, a indiqué à l'AFP un responsable de la[...]

Libye : reprise des combats à l'aéroport de Tripoli malgré l'annonce d'un cessez-le-feu

Des combats entre milices ont repris vendredi autour du site stratégique de l'aéroport de Tripoli, seulement quelques heures après l'annonce d'un cessez-le-feu.[...]

Libye : les milices signent un accord de cessez-le-feu à l'aéroport de Tripoli

Un accord de cessez-le-feu a été signé dans la nuit de jeudi à vendredi entre les milices qui s'affrontent depuis dimanche pour le contrôle de l'aéroport international de Tripoli, a[...]

Libye : cinq jours d'affrontement à Tripoli, l'aéroport endommagé

L'aéroport international de Tripoli est depuis dimanche le théatre d'affrontements entre groupes armés. Jeudi, le terminal a été très endommagé par des roquettes.[...]

Libye : Béchir Saleh, sponsor des islamistes ?

Des enquêteurs privés ont remis un rapport aux autorités libyennes selon lequel l'ancien directeur de cabinet de Moummar Kadhafi, Béchir Saleh, mènerait des opérations de[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers