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Seul le Camerounais, Roger Kemadjou, a été condamnée par contumace, le 28 septembre. Seul le Camerounais, Roger Kemadjou, a été condamnée par contumace, le 28 septembre. © Damien Glez

Trois ans après la révélation des détournements à la Banque des États de l'Afrique centrale, une seule personne a été condamnée. Pas un franc n'a été remboursé. Le préjudice s'élevait tout de même à 30 millions d'euros.

Malabo, le 23 novembre dernier. Ce jour-là, on célèbre les 40 ans de la Banque des États de l'Afrique centrale (Beac). Autour de deux chefs d'État (l'Équato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema et le Gabonais Ali Bongo Ondimba), plusieurs Premiers ministres, des financiers, des économistes... Tous sont visiblement ravis de déambuler sur le front de mer du quartier de Sipopo, sorti de terre en 2011. Tous, surtout, paraissent soucieux de tourner la page du retentissant scandale qui a éclaboussé la Beac en 2009.

Même le Gabonais Philibert Andzembé, gouverneur de la banque à partir de juillet 2007 et démis de ses fonctions en janvier 2010 pour « faute de gestion », a fait le déplacement. Sans doute l'a-t-il regretté, tant son nom paraît avoir été délibérément effacé des discours officiels. Selon des indiscrétions, les organisateurs avaient d'abord envisagé de ne pas le convier à Malabo avant de lui adresser un carton d'invitation, en priant pour qu'il se fasse discret... Ce fut peine perdue. « Nous lui avons conseillé de ne pas faire de vagues, de se faire oublier, car le dossier est sensible. Hélas, il n'écoute personne », a regretté un de ses anciens collaborateurs.

En le congédiant, les chefs d'État de la sous-région avaient bien précisé qu'il ne pourrait « prétendre à aucune indemnité et [restait] passible de poursuites judiciaires » pour les faits qui lui sont reprochés. Andzembé, lui, s'obstine à qualifier son licenciement d'abusif - il l'a dit en mai dernier dans une lettre adressée au président gabonais, qu'il accuse de bloquer le paiement de ses indemnités.

Détournement

On ne l'y reprendra plus

Au siège de la Banque des États de l'Afrique centrale (Beac), on a été échaudé par les pertes colossales engendrées par des placements hasardeux et les détournements révélés en 2009. En interne, les procédures de contrôle ont donc été renforcées. « L'incendie a été éteint, nous sommes en train de nous redresser pour nous conformer aux standards internationaux », a déclaré le nouveau gouverneur de la banque, Lucas Abaga Nchama, en avril dernier. Désormais, les pouvoirs du gouverneur sont plus encadrés. S'il reste le patron, il n'agit plus tout seul, dans le secret de son bureau situé au 14e étage du siège de la Beac. La nouvelle procédure l'oblige à soumettre ses décisions à un comité d'audit indépendant. Pour éviter les dérapages, deux nouveaux départements chargés du contrôle ont été créés. Plusieurs auditeurs, issus notamment du Fonds monétaire international (FMI), sont venus en renfort des équipes Beac. Un tel scandale, promet-on, plus jamais ! G.D.

Le 4 juillet, c'est sur Twitter qu'il a annoncé avoir engagé le Français William Bourdon (par ailleurs président fondateur de l'association Sherpa, à l'origine de la plainte déposée dans l'affaire des « biens mal acquis ») comme avocat. Celui-ci a ensuite adressé une « mise en demeure » à la Beac. Après son limogeage, Andzembé avait déjà voulu intenter une action en justice, mais il ne pouvait pas payer les honoraires exigés par les avocats. Très endetté, il avait même envisagé de vendre sa maison de Libreville, avant que Bourdon ne décide de le défendre.

La première « faute » d'Andzembé remonte à fin 2008, en pleine crise financière mondiale. Sur les conseils de l'un de ses directeurs centraux, il a autorisé un placement auprès de la Société générale qui se révélera hasardeux. La Beac a alors enregistré une perte sèche de 16,4 milliards de F CFA (25 millions d'euros). Quelques mois plus tard, en septembre 2009, Jeune Afrique a révélé un scandale bien plus gros encore : près de 30 millions d'euros détournés entre 2004 et 2008 au bureau extérieur de Paris (BEP). Tenu pour responsable, Andzembé a été remercié alors que son mandat devait s'achever en 2014.

Trois ans plus tard, parmi les personnes mises en cause, seul le Camerounais Roger Kemadjou a été jugé dans son pays (qui accueille le siège de la Beac). Ancien délégué du gouverneur au BEP de 1998 à 2008, il a été condamné par contumace le 28 septembre dernier à une peine d'emprisonnement à perpétuité, à la confiscation de ses biens et au paiement de 26,4 milliards de F CFA à la Beac, qui s'était constituée partie civile. Kemadjou, qui vit à Paris, a fait opposition au jugement, mais refuse de se présenter devant un tribunal de Yaoundé. « S'il y va, il sera à coup sûr emprisonné. Il est malade, il n'y survivra pas », affirme son épouse, Danièle, jointe par Jeune Afrique. Elle vit désormais à Paris et travaille dur comme auxiliaire de vie pour faire vivre les siens. La retraite de son mari a été saisie, et elle en veut beaucoup à ceux « qui ont détruit sa famille ».

Tous les responsables présumés des détournements, sauf un, coulent désormais des jours tranquilles.

Lampiste, Roger Kemadjou ? Il est vrai que les autres responsables présumés des détournements coulent désormais des jours tranquilles. C'est le cas du Gabonais Maurice Moutsinga, ancien chef de la comptabilité et du contrôle budgétaire de la Beac. Accusé dans un rapport d'audit interne d'avoir couvert les malversations du BEP et d'avoir encaissé des chèques frauduleux, il a été arrêté à Libreville le 13 juillet 2009 puis incarcéré au Gabon avant d'être libéré pour raisons de santé. Parfois, on aperçoit Moutsinga faisant ses courses à Libreville ou à Mouila (Ngounié), où il possède une maison.

Son neveu, Armand Brice Ndzamba, était lui le comptable du BEP de février 1994 à début 2009. Incarcéré en même temps que Moutsinga à la prison centrale de Libreville, il a lui aussi été remis en liberté provisoire pour des raisons de santé (des complications liées à son diabète). Néanmoins, « le procès est toujours en cours », précise un avocat proche du dossier, même si aucune des personnes interrogées ne parvient à expliquer la lenteur de la justice gabonaise.

Oyiba, victime de Ndzamba ?

Accusé dans le même rapport d'audit d'avoir encaissé des chèques frauduleux, Jean-Pierre Oyiba, alors directeur de cabinet d'Ali Bongo Ondimba, a été contraint de démissionner. Entendu comme témoin par le procureur de Paris, il s'est dit victime de Ndzamba, qu'il a menacé alors d'une plainte pour escroquerie - plainte qui n'a jamais été déposée. Depuis, Oyiba a rebondi à l'Assemblée nationale depuis qu'il a été élu député de Franceville le 17 décembre 2011. Mathias Dzon, lui, a échoué aux législatives organisées au Congo-Brazzaville en août dernier. Cet ancien directeur national de la Beac, lui aussi épinglé, est connu pour être un opposant virulent au régime de Denis Sassou Nguesso, dont il pourfend notamment l'absence de bonne gouvernance.

À l'époque interrogé par les enquêteurs chargés de l'affaire, Jean-Félix Mamalepot (Gabonais lui aussi) est décédé mercredi 12 décembre à Libreville après avoir été longtemps soigné à l'hôpital Cochin, à Paris. En sa qualité de gouverneur de la banque de 1990 à 2007, sa responsabilité est directement engagée. Ainsi, de 2004 à juillet 2008, 2 400 chèques frauduleux ou suspects ont été émis sur les comptes du BEP, 38 virements suspects ont été repérés et 1 298 retraits en liquide non reversés et non enregistrés dans le livre de caisse ont été signalés... « Le gouverneur ne pouvait pas ne pas savoir », affirme un connaisseur du dossier. Aucune action en justice n'a pourtant été engagée contre lui.

Quant au Tchadien Gata Ngoulou, secrétaire général de la Beac entre 1998 et 2008, il est toujours ministre chargé des Infrastructures à N'Djamena. Trois ans plus tard, une seule personne a été condamnée. Pas un franc n'a été remboursé. Pour 30 millions d'euros d'argent public partis en fumée, c'est maigre. 

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Georges Dougueli, envoyé spécial à Malabo

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