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Simone Gbagbo à Abidjan, le 27 mars 2011. Simone Gbagbo à Abidjan, le 27 mars 2011. © Jean-Philippe Ksiazek/AFP

En résidence surveillée à Odienné, dans le nord du pays, et sous le coup d'un mandat d'arrêt de la CPI, Simone Gbagbo prie, lit la Bible, et fustige "une justice impérialiste".

Pour Simone Gbagbo, l'heure des comptes est arrivée. Près de vingt mois après son arrestation et son transfert à Odienné, dans le Nord, l'ex-première dame est confrontée à la justice de son pays. Une justice qui s'est déplacée jusqu'à son lieu de détention, les 13 et 14 novembre, pour l'entendre sur sa responsabilité dans les événements postélectoraux. C'est le juge d'instruction auprès du tribunal de première instance d'Abidjan, Mamadou Koné, qui l'a interrogée en présence de son avocat principal, Me Ange Rodrigue Dadjé. L'ouverture de son procès doit survenir d'ici à la fin de l'année. Inculpée le 18 août 2011 pour « crimes économiques, crimes de sang et atteinte à la sûreté de l'État », elle a vu, en février 2012, les charges retenues contre elle s'étendre à des « faits de génocide ». « Ils n'ont pas le début d'une preuve », estime l'une de ses proches, qui affirme que son amie « attend l'audience très sereinement ».

À Odienné, dans la résidence du général Issouf Koné, qui fut grand chancelier sous le régime déchu, Simone Gbagbo se montre combative. Elle voit régulièrement sa soeur Claudine, qui parcourt les 800 km depuis Abidjan, mais ne reçoit plus la visite de son autre soeur, Victoire, en exil au Ghana après l'arrestation de son mari. Retranchée de longues heures dans la lecture de la Bible et la prière, elle regarde toutefois les émissions de divertissement, s'entretient avec des notables locaux et téléphone à ses compagnons d'infortune du Front populaire ivoirien (FPI), non pas pour parler politique - les pro-Gbagbo se savent sur écoute - mais pour se réconforter. Elle a demandé à être transférée à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca) pour se rapprocher de sa famille, mais jusqu'à présent les autorités n'ont pas accédé à sa requête.

Alter ego

En fait, elle pourrait prendre la direction des Pays-Bas pour y rejoindre son époux à la prison de Scheveningen. Les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont levé, le 22 novembre, les scellés sur le mandat d'arrêt lancé contre elle. « Simone Gbagbo était idéologiquement et professionnellement très proche de son mari, Laurent Gbagbo. Elle a participé à toutes les réunions tenues durant la période considérée. Bien que n'étant pas élue, elle se comportait en alter ego de son mari, en exerçant le pouvoir de prendre des décisions d'État », indique le mandat de la CPI. Dans un communiqué au ton sec, le bureau de la procureure, Fatou Bensouda, a exhorté les dirigeants ivoiriens à tenir leurs promesses et prévenu que d'autres requêtes suivraient dans les prochains mois. « Alassane Ouattara nous a demandé d'enquêter sur les crimes postélectoraux, explique-t-on à La Haye. Ce n'est pas une justice à la carte dans laquelle on pioche ce qui nous arrange. On a demandé l'exécution du mandat d'arrêt et nous sommes toujours sans réponse. »

Le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), dont les scellés ont été levés le 22 novembre.

Quand ce mandat a été reçu par Abidjan en février dernier, les avocats de Simone ont été convoqués à Odienné avant que le parquet d'Abidjan ne les rappelle pour annuler la procédure. Que s'est-il passé ? Le ministre de la justice de l'époque, Jeannot Ahoussou-Kouadio, est intervenu pour geler l'exécution du mandat. En fait, le président Alassane Ouattara ne souhaite plus envoyer qui que ce soit à La Haye. Il l'a fait savoir lors de sa visite en France en janvier et l'a réaffirmé dans une interview à la télévision nationale, le 30 mars. Enlisement du dossier Gbagbo, peur d'être le premier chef d'État à envoyer une femme devant la CPI, hostilité de ses pairs africains à l'égard de la justice internationale... Les raisons sont multiples. Il souhaite surtout juger les pro-Gbagbo en Côte d'Ivoire pour être maître d'un agenda qui doit lier justice et réconciliation. Pour lui, l'appareil judiciaire ivoirien est suffisamment rénové pour accomplir ses missions. D'où l'embarras des autorités depuis cette levée des scellés.

Deux poids, deux mesures

« Le gouvernement prend acte de la décision de la CPI et se prononcera sur la question au moment opportun », a répondu le nouveau garde des Sceaux, Gnénéma Mamadou Coulibaly. « Des pressions sont exercées pour que Simone Gbagbo soit transférée à La Haye. Ce n'est pas la position des autorités ivoiriennes, qui sont en train de mettre les bouchées doubles pour un procès en Côte d'Ivoire », a commenté le quotidien pro-Ouattara Le Patriote. De son côté, le journal Nord-Sud, proche de Guillaume Soro, président de l'Assemblée nationale, croit savoir que le pouvoir va opposer une fin de non-recevoir. Pour les partisans de l'ex-chef de la rébellion, la demande de la CPI est un piège. Si Abidjan l'exécute, il sera alors difficile de retoquer les éventuels mandats visant d'ex-rebelles.

La position du pouvoir à Abidjan est difficile à tenir.

En confiant les clés de la Justice à Gnénéma Coulibaly, un ancien des Forces nouvelles (FN), Alassane Ouattara a visiblement voulu rassurer Soro. Reste que la position du pouvoir à Abidjan est difficile à tenir. S'il n'exécute pas le mandat, il devra contester sa recevabilité. L'avocat principal de Laurent Gbagbo, le Français Emmanuel Altit, n'attend que cela pour invoquer l'irrecevabilité du mandat contre son client et dénoncer le « deux poids, deux mesures ». Pour sortir de ce casse-tête, les avocats de l'État ivoirien, Mes Jean Paul-Benoit et Jean-Pierre Mignard, sont sollicités. Ils ont tenu une réunion à Paris le 26 novembre, multiplié les contacts et rédigé des notes destinées au président Ouattara et à son ministre de la Justice.

Dans un premier temps, les autorités ivoiriennes pourraient chercher à gagner du temps. La CPI s'y attend et a prévu d'envoyer à Abidjan Amady Ba, le responsable de la coopération internationale au bureau du procureur, pour rappeler au nouveau gouvernement ses obligations. De leur côté, les avocats de l'ex-Première dame (Ciré Cledor Ly, Ange Rodrigue Dadjé, Toussaint Dako Zahui, Hervé Gouaméné et Jean Serge Gbougnon) attendent la décision d'Abidjan pour finaliser leur stratégie. Simone Gbagbo préférerait être jugée dans son pays. Pour elle, « la CPI est une justice impérialiste ».

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