Extension Factory Builder
30/11/2012 à 16:02
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Lélé Matelo et Tadi Tuene lors des répétitions. Lélé Matelo et Tadi Tuene lors des répétitions. © Vincent Fournier pour J.A.

Le Camerounais Marcel Zang évoque les sentiments ambivalents que des immigrés peuvent ressentir envers la France.

Marcel Zang est soulagé. Sa pièce Mon général va être « enfin » jouée. Il l'a écrite il y a pourtant à peine un an mais, explique-t-il impatient, « un texte dramatique qui n'est pas mis en scène est comme un archet sans violon. Terriblement frustrant ». Du 22 novembre au 21 décembre, l'Iranien Kazem Shahryari comblera le dramaturge camerounais en présentant cette tragicomédie. Dans une écriture incisive, Marcel Zang retrace le destin douloureux de travailleurs immigrés en France pris entre leur interprétation de l'Histoire, leurs conditions de vie et leurs sentiments ambivalents pour leur terre d'accueil.

L'action se situe en 1970, à la mort du général de Gaulle. Augustin, le personnage principal, voue un culte indéfectible à ce dernier. Une admiration excessive qu'il a héritée de son père, un ancien caporal camerounais ayant combattu au sein de l'armée française pendant les deux guerres mondiales. Mais, prévient Saïd, « de Gaulle c'est comme les femmes blanches, tout craché pareil. Tout ce qu'il veut c'est ton corps et rien donner ». L'Algérien est venu quant à lui trouver un meilleur salaire afin de subvenir aux besoins de sa famille : « Je ne suis pas en France, je suis chez mon patron ; c'est lui qui me paie, ce n'est pas de Gaulle », déclare-t-il.

Écorché vif

Tous deux doivent faire face à une nation à la fois accueillante et inhospitalière. Et tandis que Saïd applaudit la déroute de la France en Algérie, Augustin chavire d'émotions à l'écoute du discours du général de Gaulle et de La Marseillaise dans sa chambre de bonne. Rien ne viendra détourner le Camerounais de cet amour, pas même ce que lui raconte son compatriote Menguelé, médaillé de guerre rentré au pays, qui se défoule à coups de pied et d'insultes sur son chien, baptisé De Gaulle. Le lauréat 2005 et 2010 du prestigieux prix français de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) évoque ici avec force et drôlerie (l'humour n'est jamais loin) les affres du déracinement et de l'exil.

Une situation que le dramaturge a connue en partie. Né en 1954 au Cameroun, il débarque un soir d'automne à l'aéroport du Bourget, à l'âge 9 ans, accompagné de ses parents. Il neige, il fait froid et il est simplement vêtu d'un short et d'une chemisette kaki. Le jeune Marcel découvre aussi la France de ses lectures, celle du Grand Meaulnes d'Alain-Fournier et celle des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas. Marcel est confié à des amis de ses parents installés en région parisienne avant que ces derniers ne rejoignent leur pays. Puis viendront les années d'internat en Normandie, à Rouen, où il apprendra le suicide de son père l'année de son bac. « La bulle avait éclaté. Je me suis alors retrouvé face au vide, face à l'inconnu. Une situation idéale pour l'écriture et le jeu », dit-il.

La quarantaine approchant, Marcel Zang décide enfin de renouer avec ses racines et se rend au Cameroun pour la première fois depuis son enfance. « Cet éloignement a fini par me rendre extrêmement sensible aux sujets liés à l'Afrique et à la problématique de l'identité », confie l'écrivain, son éternel chapeau noir vissé sur la tête et une mitaine à la main gauche. Une source d'inspiration pour cet écorché vif qui aborde cette question dans une pièce antérieure, L'Exilé. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Cameroun

Cameroun - Me Bertrand : 'On nous cache quelque chose sur la mort d'Albert Ebossé' en Algérie

Cameroun - Me Bertrand : "On nous cache quelque chose sur la mort d'Albert Ebossé" en Algérie

Le 23 août dernier, quelques minutes après la rencontre entre la JS Kabylie et l’USM Alger (1-2), l’attaquant camerounais de la JSK Albert Ebossé (24 ans) trouvait la mort à la sortie du te[...]

Cameroun : Martin Chungong, l'apôtre des Parlements du monde

Ce Camerounais est le premier Africain à diriger, à Genève, l'Union interparlementaire, vénérable institution créée en 1889.[...]

Investissements : le Cameroun lance un plan d'urgence avec l'appui du secteur bancaire

 Deutsch Bank, BGFI, Ecobank, Banque Atlantique et Standard Chartered Bank vont contribuer à hauteur de plus de 630 milliards F CFA au plan d'urgence triennal de 925 milliards de F CFA validé le 09[...]

CAN 2015 : les dix buteurs africains qui affolent les compteurs

Des valeurs sûres, des révélations et des come-back inespérés… Alors que la fin de l’année approche, certains joueurs africains squattent le haut du classement des buteurs des[...]

CAN 2015 : calendrier des matchs, groupes et résultats

La Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2015 débute le 17 janvier. Consultez le calendrier complet et les résultats des matchs de la compétition qui s'achèvera le 8 février en Guinée[...]

Préparation à la CAN 2015 : Ghana, Mali, Côte d'Ivoire... tous à Abou Dhabi !

Alors que le tirage au sort de la phase finale de la CAN 2015 (17 janvier-8 février) a eu lieu le 3 décembre au soir à Malabo (Guinée Équatoriale), les seize qualifiés ont pour la[...]

Otages : les dessous d'une libération... et d'un coup de pub de la présidence camerounaise

La libération du prêtre polonais Mateusz Dziedzic et d'une trentaine d'autres otages centrafricains et camerounais fin novembre a fait couler beaucoup d'encre. La présidence y est elle aussi allé[...]

Le Camerounais Alain Nkontchou rejoint le conseil d'administration d'Ecobank

 Le conseil d'administration d'Ecobank a annoncé la nomination de quatre nouveaux administrateurs non-exécutifs à son conseil d’administration, parmi lesquels le financier camerounais Alain[...]

Cameroun : Amadou Ali - Cavaye Yéguié Djibril, l'autre guerre du Nord

Tous deux originaires du nord du Cameroun, le président de l'Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, et vice-Premier ministre Amadou Ali se livrent une âpre bataille pour la succession[...]

La drôle de guerre du Cameroun contre Boko Haram

C'est un conflit bâtard, contre un ennemi qui se joue des frontières et qui a fait de l'Extrême-Nord sa base arrière. Personne ne sait même quand il a commencé. L'État[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers