Extension Factory Builder
26/11/2012 à 15:23
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Cérémonie organisée en l'honneur de Aïssatou Boiro, le 13 novembre. Cérémonie organisée en l'honneur de Aïssatou Boiro, le 13 novembre. © DR

L'incorruptible directrice nationale du Trésor public, Aïssatou Boiro, a été assassinée le 9 novembre. Choqué, Alpha Condé a annoncé que les responsables seraient traduits en justice. S'ils sont retrouvés.

Le tueur ne lui a laissé aucune chance... Il est 21 heures, ce 9 novembre, dans le quartier chic de Kipé, dans le nord de Conakry. Il fait nuit. Aïssatou Boiro, 58 ans, rentre du travail à bord de son véhicule administratif - un 4x4 facile à identifier, avec une plaque de couleur verte. Assise sur le siège avant droit, elle bavarde au téléphone. Embouteillage. Elle dit à son chauffeur : « Sors-nous de là. » Ce seront ses derniers mots. À cet instant, un homme en uniforme de l'armée guinéenne descend d'une voiture toute proche et tire deux fois à travers la portière avant droite. Elle est tuée sur le coup, d'une balle en plein coeur. Le tueur remonte dans son véhicule, où l'attend un complice qui redémarre aussitôt. Pas de braquage, pas de vol... Tout laisse à penser qu'il s'agit d'un attentat contre la directrice nationale du Trésor public.

Ma femme m'a dit qu'elle était menacée ces derniers temps. Elle avait envie de tout abandonner.

Ibrahima Boiro, époux de la défunte

En Guinée, l'émotion est immense. Le 11 novembre, de retour de voyage, le président Alpha Condé se rend directement au domicile de la victime pour présenter ses condoléances à son mari, Ibrahima Boiro, professeur de biologie et directeur du Centre d'étude et de recherche en environnement de l'université de Conakry, et à leurs quatre enfants. « Choqué », il annonce que « les responsables de cet acte lâche et odieux seront traduits en justice ». Le ministre des Finances, Kerfalla Yansané, ajoute : « Elle est morte parce qu'elle refusait tout compromis entre l'intérêt public et les intérêts sordides des groupes mafieux. » À l'arrivée d'un proche, le mari d'Aïssatou s'effondre en larmes et lui confie : « Ma femme m'a dit qu'elle était menacée ces derniers temps. Elle avait envie de tout abandonner. »

Bandits en col blanc

Ce n'est pas par hasard que cette haute fonctionnaire avait été nommée au Trésor en février dernier. « Chez nous, c'était une personne rare, lâche un magistrat guinéen. Dans une fonction publique gangrenée par la corruption et l'impunité, elle était l'une des rares personnes qui bloquaient les bandits en col blanc. » Son nom avait été soufflé par les bailleurs de fonds. Et son ministre de tutelle, le professeur Kerfalla Yansané, lui-même fort respecté dans les capitales occidentales, lui avait demandé de mettre en place un système méticuleux de contrôle des dépenses publiques. En clair, elle ne décaissait pas de l'argent facilement. Et en mai dernier, elle avait joué un rôle décisif dans le démantèlement d'un réseau qui avait tenté de détourner 13 milliards de francs guinéens (près de 1,5 million d'euros). Plusieurs cadres du ministère des Finances, du Trésor public et de la Banque centrale avaient alors été interpellés.

En Guinée, la dernière réforme de l'armée conduit-elle d'anciens militaires à se faire braqueurs ou tueurs à gages ?

Aujourd'hui, Alpha Condé ne veut pas que ce crime reste impuni. Pour ses investigations, Sir Aboubacar Sylla, le procureur de Dixinn, une commune voisine de Conakry, peut mobiliser les meilleurs enquêteurs de la gendarmerie et de la police guinéennes. Les douilles des deux balles du tueur ont été retrouvées et devaient partir pour expertise à Abidjan ou Paris. Le 13, une battue a été organisée dans la forêt toute proche de Kakimbo, un site protégé qui sert de repaire et de cache d'armes aux bandits de tout poil. Vingt-neuf personnes ont été interpellées et trois fusils-mitrailleurs de type Uzi récupérés. La dernière réforme de l'armée conduit-elle d'anciens militaires à se faire braqueurs ou tueurs à gages ? Dans un communiqué de novembre, l'ambassade de France à Conakry constate « une augmentation du nombre d'attaques à main armée dans la capitale et sa banlieue ». L'Organisation guinéenne de défense des droits de l'homme (OGDH) du vénérable Thierno Maadjou Sow demande à l'État de « sécuriser les citoyens qui, dans leur grande majorité, ont perdu le sommeil ».

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Guinée

Le favipiravir ou Avigan, une vraie piste thérapeutique contre le virus Ebola ?

Le favipiravir ou Avigan, une vraie piste thérapeutique contre le virus Ebola ?

Pour la première fois testé sur l'Homme, un antiviral aux résultats mitigés pourrait, somme toute, être une piste thérapeutique contre le virus Ebola.[...]

Ebola : à Bruxelles, les pays touchés demandent un "plan Marshall" pour se relever

Alors que l'épidémie d'Ebola s'éternise en Afrique de l'Ouest, une conférence des acteurs de la lutte contre le virus s'est tenu ce mardi à Bruxelles. Les trois pays les plus touchés[...]

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Afrique francophone : chef de l'opposition, un statut à double tranchant

Plusieurs pays d'Afrique francophone ont adopté un statut officiel de "chef de file de l'opposition". D'autres ont voté des textes mais attendent toujours la désignation de leur opposant en chef.[...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

Guinée : un imam jugé pour violences sur un agent de la lutte contre Ebola

Les soignants d'Ebola sont de plus en plus victimes d’actes de violences commis par les populations en Guinée. Le procès d’un imam inculpé pour coups et blessures sur un agent s’ouvre ce[...]

Lettre ouverte à tous les Guinéens

Béa Diallo est élu au Parlement belge et échevin d'Ixelles. Oui, Depuis plusieurs années déjà, notre pays est confronté à un défi immense : il doit atteindre de[...]

Moi, Aïssatou, Guinéenne régularisée au Maroc, mais toujours en sursis

Aïssatou Barry est une migrante guinéenne qui a survécu à l'enfer du tristement célèbre camp de Gourougou, dans le nord du Maroc, qui abrite les migrants clandestins voulant rallier [...]

Sondage : votez pour le meilleur joueur de la CAN 2015 !

La CAN 2015 s'est achevée dimanche avec la victoire in extremis de la Côte d'Ivoire en finale face au Ghana (9-8 au t.a.b.). Quel joueur vous a le plus marqué depuis le début de la compétition, le[...]

Cellou Dalein Diallo : "L'opposition guinéenne n'a plus que la rue comme recours"

À l’approche de la présidentielle guinéenne – qui devrait se dérouler avant la fin de l’année – l’opposition durcit le ton et réclame plus de dialogue avec[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2706p041.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2706p041.xml0 from 172.16.0.100