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26/11/2012 à 11:11
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Un véhicule de l'armée malienne. Un véhicule de l'armée malienne. © AFP

Officiellement, tout le monde souhaitait une reconquête rapide du Nord. Mais certains experts, notamment américains, trouvaient les effectifs insuffisants. Et l'impréparation de l'armée malienne en effrayait plus d'un.

Article publié le 26/11/2012.

« La reconquête [du Nord-Mali] aura lieu très prochainement », affirme le Premier ministre malien. Cheick Modibo Diarra est optimiste. Le serait-il trop ? Plus les états-majors occidentaux se penchent sur l'armée malienne, plus ils découvrent l'ampleur de la tâche qui les attend pour la remettre sur pied. À Bamako et à Sévaré, une mission d'experts militaires européens vient d'achever en toute discrétion un audit de dix jours au sein des unités. « On se rend compte que les Maliens n'ont plus rien. Dans le Nord, ils se sont fait prendre les trois quarts de leur matériel », confie un conseiller français. Très vite, l'Union européenne va dépêcher entre 250 et 300 coopérants militaires pour préparer 5 000 soldats maliens au combat. Il y a du travail. « Si on peut faire monter les premières unités dans six mois, ce sera bien », lâche le conseiller.

Face aux quelque 3 000 à 4 000 hommes qui occupent le Nord du Mali, dont un noyau dur de 800 à 1 200 combattants islamistes - selon des sources américaines -, les experts militaires africains et européens prévoient d'engager une force de 8 300 hommes : 5 000 Maliens et 3 300 soldats de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Principaux pays contributeurs : le Burkina, le Ghana, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Togo. Mais, de bonne source, les Américains ne sont pas d'accord. Forts de leur expérience au Moyen-Orient, ils estiment que les effectifs prévus ne sont pas assez nombreux. « Leur opposition vient de haut et elle est ferme », confie un diplomate européen. Est-ce la Maison Blanche ? En coulisse, les discussions entre Américains et Français sont serrées.

Montage financier

Si des renforts sont nécessaires, beaucoup de regards se tourneront vers le Tchad, dont les troupes sont aguerries, notamment dans le désert. Mais le président Idriss Déby Itno hésite. Il souffle le chaud et le froid et fait savoir que ce ne sera pas cadeau. « Sans doute attend-il sa rencontre à Paris avec François Hollande, qui est annoncée pour le 5 décembre, estime un diplomate ouest-africain. Si la France le laisse tranquille sur les droits de l'homme et l'affaire Ibni [du nom de l'opposant tchadien enlevé et disparu depuis février 2008, NDLR], il sera plus coopératif. »

En attendant un arbitrage, la priorité est au montage financier. Le 6 novembre, à Bamako, les états-majors des quinze pays de la Cedeao ont établi un devis : 500 millions de dollars (392 millions d'euros) pour une opération de six mois. Stupeur dans les chancelleries occidentales. « Nos amis africains voient quatre fois trop grand, s'amuse le même diplomate européen. Si l'on se réfère au coût des opérations en RD Congo ou en Somalie, le devis ne dépasse pas 125 millions de dollars sur six mois. Mais comme nous aurons plusieurs mois de retard, mieux vaut prévoir 200 à 250 millions sur un an. » Principaux postes de dépense : la solde des 3 300 soldats de la Cedeao, leur transport et leur ravitaillement. L'envoyé spécial des Nations unies pour le Sahel, l'Italien Romano Prodi, veut organiser une grande conférence début décembre à Rome. Les donateurs s'y répartiront sans doute le fardeau financier.

Drones tueurs

Pour reprendre Gao et Tombouctou, trois forces doivent être prépositionnées. Une force conquérante : les colonnes de l'armée malienne. Une force d'appui : l'artillerie et l'aviation du Mali, de la Cedeao et, qui sait, du Tchad (25 avions et hélicoptères de combat) et de l'Afrique du Sud. Enfin, une force de soutien : les avions ravitailleurs européens, qui apporteront armes, munitions et carburant sur trois bases logistiques arrière, Bamako, Mopti-Sévaré et Niamey. « Les Européens ne participeront pas au combat, affirme le conseiller militaire français. On ne veut pas être pris la main dans le pot de confiture. » Des avions Breguet Atlantic français et des drones américains survoleront aussi le Nord-Mali pour renseigner les colonnes conquérantes sur les positions de l'ennemi.

Les Français engageront-ils au coup par coup les 80 soldats commandos de leurs forces spéciales qui circulent entre la Mauritanie, le Burkina et le Niger ? Les Américains utiliseront-ils leurs drones tueurs pour des assassinats ciblés ? « No comment », répondent Paris et Washington. Récemment, les services de renseignements occidentaux ont découvert que les islamistes du Nord-Mali avaient volé des engins de construction de la société française Satom pour creuser des routes et des tunnels dans un massif montagneux. Abris, caches d'armes et d'otages... Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) se prépare à un combat de guérilla, et les états-majors africains et occidentaux cherchent la parade.

Quels sont les délais ? « S'il n'y avait que les troupes de la Cedeao sur le terrain, il suffirait de un mois ou deux pour faire du refreshing, estime le conseiller militaire français. Le problème, c'est l'armée malienne. Vu son état, il faut compter six mois pour rassembler les hommes, les instruire, les entraîner et les envoyer au combat. Je doute qu'il se passe quelque chose avant juin ou juillet. » L'officier se demande même si l'opération ne risque pas d'être reportée à octobre 2013, après la saison des pluies... « Notre grande crainte, c'est aussi que des soldats ou des miliciens violent ou tuent des civils dans le Nord, en représailles au massacre de dizaines de militaires à Aguelhok, en janvier dernier. » Lors de l'instruction, l'accent sera donc mis sur les droits de l'homme. Bref, pour plusieurs stratèges, il est urgent de ne pas se presser. 

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