La septième édition des Récréâtrales s'est tenue du 2 au 8 novembre à Ouagadougou. Un festival haut en couleur toujours aussi populaire.
La soirée est chaude à Gounghin Nord, quartier populaire de Ouagadougou. Presque brûlante même, sans le bref rafraîchissement d'une ultime ondée venue contrarier l'harmattan. Un temps idéal pour la représentation du Songe d'une nuit d'été, comédie shakespearienne revisitée par Isabelle Pousseur, metteuse en scène belge associée au Théâtre national à Bruxelles.
Le public qui envahit l'estrade éphémère de l'Institut national de formation artistique et culturelle (Inafac) se laisse prendre au jeu élisabéthain, adapté avec un comique de langage qui convoque par moments les langues nationales. Ovation pour la génération montante d'acteurs burkinabè qui a interprété avec fidélité, mais non sans y insuffler de son âme africaine, le classique du dramaturge anglais.
À domicile
Cette nuit-là, comme les précédentes, d'autres pièces se jouaient non loin dans les cours des habitations situées de part et d'autre de la grande voie de latérite traversant Bougsemtenga, véritable quartier dans le quartier qui abrite les Récréâtrales. C'est là tout le concept de ce festival qui se déroule en grande partie chez l'habitant et qui pour cette 7e édition, qui se tenait du 2 au 8 novembre, présentait onze créations sur des thématiques diverses mais jamais éloignées : le souvenir (Sarzan Sou IV, mis en scène par le Tchadien Djamal Ahmat Mahamat), le sentiment amoureux (Naak Naak, du Burkinabè Sidiki Yougbaré) ou la mémoire (Dandin in Afrika, mis en scène par les Belges Guy Theunissen et Brigitte Baillieux).
Dans la concession des familles Nombré et Zaré, par exemple, il était possible d'assister à la représentation de Sur la pelouse, mis en scène par le Guinéen Souleymane Bah. Accompagné d'instrumentistes traditionnels, le spectacle évoque avec un cynisme ironique le massacre du 28 septembre 2009 dans le stade de Conakry. Proche de l'actualité, Ombres d'espoir, mis en scène par Dani Kouyaté, aborde la question de l'immigration.
Créées en 2002, les Récréâtrales associent les populations riveraines d'une rue où se sont installés plusieurs espaces de production artistique comme la compagnie Feeren ou l'académie régionale des arts scénographiques. « Nous nous interrogions sur la façon de rendre le théâtre à la communauté afin qu'il suscite le débat social. Et nous sommes parvenus au constat que le premier espace de discussion dans la société, c'est à l'intérieur des familles. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes installés chez elles », explique Étienne Minoungou, le directeur fondateur de la manifestation. Cette mise à contribution des habitants de Bougsemtenga a une vocation sociale. « Il y a tout un tissu économique informel dans ce quartier qui en tire profit, ajoute l'artiste burkinabè. Menuisiers, ferronniers, tailleurs, coiffeurs... Tous ces métiers se retrouvent dans la chaîne indispensable pour la fabrication du théâtre. »
Transmission
Un impact positif que confirme le sergent Urbain Bationo, 38 ans, qui accueille pour la première fois le festival dans sa vaste cour. Ancien footballeur, ce militaire se réjouit que la jeunesse dispose d'opportunités d'emploi et de formation par le biais du théâtre. Mais aussi que la route cahoteuse qui borde son domicile ait été aplanie par les services municipaux pour l'occasion. Les Nikièma, quant à eux, apprécient l'animation que les Récréâtrales apportent dans la rue.
C'est dans la maisonnée de ce couple âgé que se déroulait La Danseuse de l'eau, une pièce-conte sur le thème de la transmission du savoir intergénérationnel, écrite par Jean-Pierre Guingané. Rires et émotion pour le public sensible à la thématique défendue par ce colosse de la culture nationale mort en 2011 et à qui le festival rend hommage. « C'est l'un des pères fondateurs du théâtre burkinabè, pour l'avoir pensé, témoigne Étienne Minoungou, qui a travaillé à ses côtés pendant douze années. Un an après son décès, nous nous retrouvons avec son héritage. »

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