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23/11/2012 à 17:59
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La dépouille du professeur Chaulet portée par la garde d'honneur, à Alger, le 9 octobre. La dépouille du professeur Chaulet portée par la garde d'honneur, à Alger, le 9 octobre. © AFP

À travers l'hommage rendu au militant anticolonialiste Pierre Chaulet, c'est l'histoire des Algériens d'origine européenne qui se sont battus pour l'indépendance qui a été rappelée. Une occasion de découvrir, pour les plus jeunes, des héros méconnus.

Des centaines d'Algérois ont accompagné, le 9 octobre, la dépouille du Pr Pierre Chaulet, 82 ans, à sa dernière demeure : le cimetière chrétien de Diar Essaada, « les maisons du bonheur », un quartier des hauteurs de la capitale. Son décès, le 5 octobre, est intervenu quelques heures avant l'annonce de la disparition de Chadli Bendjedid, troisième président de la République de l'Algérie indépendante. Sans sombrer dans une comparaison facile, la disparition de ces deux personnalités historiques a provoqué la même émotion, le même deuil, les mêmes éloges.

Sur les parcours distincts des deux dépouilles, les mêmes scènes : applaudissements et stridents youyous féminins. Cependant, en cette année du cinquantenaire, le décès du militant anticolonialiste de la première heure (Pierre Chaulet s'était engagé dans la cause indépendantiste dès 1951, soit trois ans avant le déclenchement de la guerre de libération) a placé sous les feux de la rampe une catégorie d'Algériens méconnue : les « justes ». Ceux qui, de souche européenne, de religion chrétienne, avaient fait en juillet 1962 le choix de l'Algérie algérienne après avoir contribué à sa libération.

Médecin et journaliste à "L'Action", il avait recruté Frantz Fanon dans la guerre de libération.

Humanisme

Dans un pays où plus de 70 % de la population a moins de 30 ans et où l'Histoire, source de légitimation du pouvoir, est - paradoxalement - mal enseignée, l'annonce du décès du professeur Chaulet a permis aux plus jeunes de découvrir, à travers le parcours de ce militant de la cause nationale (compagnon d'Abane Ramdane, théoricien de la révolution) que les « justes » ne s'étaient pas uniquement engagés dans le combat libérateur, mais également dans l'édification et le développement du pays.

Né en 1930, dans une famille algéroise depuis trois générations où l'engagement politique allait de pair avec l'humanisme qui sied aux valeurs catholiques, Pierre Chaulet, médecin et journaliste, ancien correspondant à Alger du journal L'Action (ancêtre de Jeune Afrique), est l'homme qui a recruté Frantz Fanon dans la lutte de libération menée en Algérie.

Considéré comme le pionnier du système de santé algérien et comme le père de la médecine gratuite au nom du « droit aux soins pour tous », ce pneumologue a contribué à l'éradication de la tuberculose en Algérie, où elle faisait des ravages, et plus tard en Afrique subsaharienne, créant un modèle universel d'épidémiologie. Il s'était en effet éloigné des cercles et appareils politiques, pollués par les querelles de pouvoir, pour se consacrer au seul engagement qui vaille : combattre les inégalités et les disparités régionales. Pour autant, il ne s'était pas détourné de la politique. Député à la Constituante de 1963, il s'est lancé dans la première élection municipale en 1967, et il est devenu membre de la première Assemblée populaire communale (APC) d'Alger. Cependant, il s'est très vite lassé de la pratique politicienne et est retourné à ses premières amours : soigner ses frères les hommes.

Survivants

Ainsi, l'Algérie a eu « ses » « justes ». Mais que sont-ils devenus ? Les 200 000 pieds-noirs ayant fait le choix de l'Algérie algérienne (lire ci-contre) n'étaient évidemment pas tous des « justes ». « Juste algérien m'irait bien », confie l'un des membres de cette poignée de survivants, un demi-siècle après avoir fait un choix ethniquement incorrect. « Quand l'Algérien normal croise un de ces compatriotes d'un autre type, il est convaincu d'avoir affaire à un touriste égaré, à un ex-coopérant technique à la retraite ou à un de ces amoureux transis des pays du désert, déplore Lamia, 57 ans, pneumologue formée par Pierre Chaulet. Il oublie que certains héros de la guerre de libération avaient des noms exotiques : Henri Maillot, Maurice Audin, Henri Aleg ou Pierre Mandouze. »

Depuis la décennie noire des GIA (Groupes islamiques armés ayant sévi lors d'une insurrection particulièrement barbare au cours des années 1990), d'autres martyrs chrétiens ont rejoint le panthéon de la résistance algérienne : Mgr Pierre Claverie, assassiné à Oran en 1996, ou encore les sept moines trappistes de Tibéhirine, dont les circonstances de la mort alimentent tant de polémiques.

Considéré comme le véritable artisan de l'ouverture du mouvement national aux valeurs universelles, Pierre Chaulet a paisiblement vécu sa foi, au plus fort des années terribles du terrorisme. Tolérants les Algériens ? « L'ouverture et la tolérance sont inscrites dans les gènes de la révolution », assure Jean-Luc, fils du disparu.

L'évocation de la mémoire de Pierre Chaulet et de celle de tous les « justes » est une occasion pour les Algériens de réapprendre que saint Augustin était des leurs.

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