Extension Factory Builder
20/11/2012 à 08:35
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Wen Jiabao lors de l'anniversaire de la proclamation de la République populaire. Wen Jiabao lors de l'anniversaire de la proclamation de la République populaire. © SIPA

À en croire le "New York Times", le Premier ministre et sa famille seraient à la tête d'une fortune colossale. Embarrassante révélation alors que se tenait à Pékin le 18e congrès du Parti communiste !

Dans les couloirs d'ordinaire feutrés du Palais du peuple, on ne parlait que de ça. Les révélations du New York Times concernant la fortune cachée de Wen Jiabao ont fait l'effet d'une bombe. À en croire le quotidien américain, le Premier ministre chinois et sa famille seraient en effet à la tête d'une fortune d'un montant estimé à 2,7 milliards d'euros. L'affaire est d'autant plus embarrassante qu'elle a éclaté à la veille du 18e congrès du Parti communiste chinois - qui s'est tenu du 8 au 14 novembre -, à l'issue duquel le président et le chef du gouvernement ont passé la main. Et qu'elle a donc assombri fâcheusement cette fin de règne.

« Dans de nombreux cas, les noms des proches de Wen Jiabao n'apparaissent pas ouvertement. Ils sont dissimulés derrière des paravents, des instruments d'investissement impliquant des amis, des collègues de travail et des associés », affirme le journal. Ils posséderaient ainsi des intérêts, parfois sous le couvert de sociétés offshore, dans des banques, des bijouteries, des stations touristiques, des compagnies de télécommunications et divers projets d'infrastructure.

Reine des diamants

Ancienne institutrice aujourd'hui âgée de 90 ans, la mère du Premier ministre serait ainsi à la tête de 100 millions d'euros placés dans la société d'investissements Ping An. Son frère aurait décroché pour sa société de traitement de déchets des contrats publics d'un montant équivalant à 23 millions d'euros. Et sa femme, surnommée « la reine des diamants », contrôlerait l'essentiel du très lucratif marché des pierres précieuses. Mais c'est toute la famille qui aurait fait fortune dans le sillage de celui que l'on surnomme parfois, affectueusement, « papy Wen ». Et dire que celui-ci jouait volontiers les pères la vertu en fustigeant la corruption et le népotisme des élites !

La Chine crie à la manipulation et a bloqué l'accès au site internet du journal. Sur les réseaux sociaux, les mots Wen Jiabao et New York Times sont désormais censurés. Il s'agissait d'empêcher à tout prix que le scandale ne perturbe le congrès. Certains se demandent d'ailleurs à qui profitent ces révélations. Et si leur origine ne doit pas être recherchée du côté de l'aile gauche du Parti, qui était en guerre ouverte contre Wen Jiabao...

Quoi qu'il en soit, « papy Wen » n'a nullement l'intention de jouer les victimes expiatoires. Il a promis d'engager des poursuites contre le quotidien américain et ses informateurs, annoncé qu'il était prêt à se soumettre à une enquête sur sa fortune présumée, et propose de faire adopter une loi pour contraindre les dirigeants chinois à déclarer officiellement leurs revenus. Une loi qui a bien peu de chances de voir le jour compte tenu de l'ampleur de la corruption dans le pays. Depuis cinq ans, 660 000 cadres ont été sanctionnés pour des affaires de ce type. La Banque centrale estime pour sa part que plus de 10 milliards d'euros disparaissent chaque année dans les poches de fonctionnaires ripoux.

Quelle justice ?

« La corruption va détruire le Parti, avertit l'universitaire Minxin Pei, qui enseigne les sciences politiques. Mais lutter sérieusement contre elle obligerait à revoir le système politique dans son ensemble. Quel contre-pouvoir ? Quelle justice ? Rien n'est prévu pour contrebalancer la toute-puissance du Parti et le sentiment d'impunité de ses responsables. »

Ces petits arrangements entre « camarades » font grincer bien des dents. Pew, le centre de recherche américain, vient ainsi de publier les résultats d'un sondage qui révèlent que 50 % des Chinois estiment que la corruption est aujourd'hui un « très gros problème » - ils n'étaient que 39 % il y a quatre ans. Ils sont 48 % à penser que le fossé entre riches et pauvres menace l'équilibre de la Chine. Un fossé que l'équipe mise en place à l'issue du congrès a la lourde tâche de combler. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Le Maroc et la France rétablissent leur coopération judiciaire et antiterroriste

Le Maroc et la France rétablissent leur coopération judiciaire et antiterroriste

La France et le Maroc ont décidé samedi de "tourner la page" de près d'un an de brouille diplomatique, en rétablissant leur coopération judiciaire et anti-jihadiste, un réchauffe[...]

France-Maroc : Rabat appelle à tourner la page de la crise diplomatique

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, a appelé samedi à tourner la page de la crise diplomatique entre son pays et la France, confirmant un plein rétablissement de[...]

Chine : la "chasse aux renards" est ouverte

Les autorités ont entrepris de pourchasser jusqu'en Europe ou en Afrique les responsables politiques et économiques convaincus de corruption. Une traque difficile ? Oui, mais extrêmement fructueuse.[...]

Cambodge : le docteur-la-mort, l'aiguille et le sida

Comment plus deux cents villageois de la province de Battambang ont-ils été contaminés par le virus du sida ? Un étrange médecin est dans le collimateur des enquêteurs.[...]

Les sons de la semaine #27 : Moh! Kouyaté, Gradur, J. Martins et Youssou Ndour

Bienvenue dans notre horizon musical de la semaine ![...]

Turquie : misogynes, les islamo-conservateurs de l'AKP ?

La propension des islamo-conservateurs de l'AKP à imposer aux femmes la manière dont elles doivent se comporter ou s'habiller indispose la fraction la plus jeune et citadine de la population. D'autant que les[...]

Mohamedou Ould Slahi : je vous écris de Guantánamo

On l'a pris, à tort, pour un gros bonnet d'Al-Qaïda. Kidnappé dans sa Mauritanie natale, puis remis aux Américains, Mohamedou Ould Slahi croupit depuis 2002 dans la sinistre base cubaine. Dans un[...]

2015, l'année des changements

L'année 2015 est encore dans son premier mois : où nous mène-t-elle ? Quelle direction prend notre monde et dans quel sens se déplace son centre de gravité ? Je me suis posé ces[...]

Peine de mort aux États-Unis : trois questions soulevées par l'exécution de Warren Hill

Un prisonnier africain-américain a été exécuté aux États-Unis mardi 27 janvier. Cet homme, condamné pour meurtre, aurait pu être gracié en raison de son handicap [...]

Livres - Gaston-Paul Effa : "La France est frappée d'amnésie"

L’écrivain franco-camerounais Gaston-Paul Effa restitue, dans "Rendez-vous avec l’heure qui blesse", le destin de Raphaël Élizé, un Martiniquais déporté au camp de [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2705p070.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2705p070.xml0 from 172.16.0.100