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14/11/2012 à 16:07
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L'avancement de ces vétérans au sein de l'armée a été gelé au moment de leur capture. L'avancement de ces vétérans au sein de l'armée a été gelé au moment de leur capture. © David Martinotti

Acteurs oubliés de la guerre au Sahara, ces anciens soldats des Forces armées royales réclament la reconnaissance de leur sacrifice pour la patrie. Depuis leur retour des geôles du Polisario, ils mènent un combat sans relâche pour la dignité. Photoreportage inédit.

« On a survécu à la torture et aux mauvais traitements à Tindouf. On ne va pas baisser les bras maintenant. » Ces mots déterminés, mais amers, sont ceux d'Abdellah Sammer, l'un des organisateurs du sit-in d'anciens soldats marocains à Rabat, au Maroc. Après avoir passé, pour la plupart, vingt années de leur vie dans l'enfer du camp de Rabbouni, ces anciens prisonniers de guerre continuent de se retrouver quotidiennement pour mener une nouvelle guerre, contre l'oubli cette fois. Plus encore que d'une indemnisation, ils ont soif de reconnaissance. Brisés par la détention, martyrisés dans le désert d'Algérie, mais toujours pas libérés - dans leur propre pays - des fantômes de la guerre. Les derniers ont été relâchés en août 2005, après une campagne internationale et le soutien décisif du sénateur américain John McCain, lui-même ancien prisonnier au Vietnam.

Promesses

Après des années d'attente, ils ont décidé de donner de la voix. À deux pas du Parlement, une banderole proclame en larges lettres rouges sur fond blanc : « Nous sommes ici à cause des promesses non tenues. » Car, depuis leur retour à la mère patrie, ils ont eu le temps d'être déçus. À chaque fois, une délégation est reçue - comme dernièrement par le médiateur du royaume et par des dirigeants du Conseil national des droits de l'homme. Des mesures sont annoncées. En vain. Récemment, les vétérans se sont déplacés jusque devant la villa du chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, mais, disent-ils, seul le roi, « chef des armées », peut résoudre leur situation. Aujourd'hui, ils peinent à joindre les deux bouts. D'un montant mensuel de 3 000 à 3 500 dirhams (270 à 315 euros), leur pension de réforme paraît généreuse. Mais elle s'éteint à leur décès, et leurs ayants droit ne bénéficient alors que de la maigre pension de retraite, de 600 dirhams (54 euros) mensuels pour certains d'entre eux. Tout est calculé sur la base du traitement et du grade au moment de leur capture. Or leur avancement au sein de l'armée a été gelé, et tous ont été réformés à leur retour pour inaptitude. Pourtant, leurs livrets militaires sont bourrés de mutations fictives tout au long de leur détention. « L'armée ne nous a jamais traités comme des prisonniers de guerre. Nous sommes les héros oubliés de la guerre pour l'intégrité territoriale », regrette Abdellah Sammer.

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Reportage photo par  David Martinotti (http://www.davidemartinotti.com)

Un campement à Rabat-Ville

À deux pas de la gare du centre-ville, ces soldats rangent le campement où ils vont passer la nuit. Sur la pancarte, il est indiqué que le sit-in de 2011 a duré 67 jours. En septembre, ils ont finalement dû faire place nette après 176 jours. En page de gauche, de g. à dr., Abdellah Sammer (56 ans), Hassan Chaoui (52 ans) et Abdelkader Zitouni (57 ans). Tous ont passé près de la moitié de leur vie ensemble, soit 23 années chacun dans les geôles du Polisario. Le sergent Abdellah Sammer est l'un des meneurs de la contestation.

Miroir, ô mon miroir !

Un moment de vie quotidienne dans le camp. Les vétérans ont gardé un mode d'organisation militaire. Grades et fonctions sont toujours respectés. Journée type durant les 176 jours du campement : réveil à 6 h 30, petit-déjeuner frugal à base de thé, de pain et d'huile d'olive. Rassemblement devant le Parlement, manifestation jusqu'à 17 heures, puis retour au camp. Chaque nuit, des dizaines de soldats cuisinent et dorment sur place.

Démantèlement

Après six mois de mobilisation, la police a évacué le camp de Rabat fin septembre. Une partie des soldats a loué des logements dans les villes voisines de Salé, Témara ou Aïn Aouda. Ils s'entassent dans des petits appartements loués 1 500 à 2 200 dirhams (135 à 200 euros). D'autres dorment dans des jardins du centre-ville.

Jeunesse perdue

Sur son téléphone portable, le sergent Sammer garde précieusement la photo de son double, celle du jeune homme qu'il a été avant la guerre. Originaire d'Oujda, dans l'Est, il s'est marié tardivement et a aujourd'hui un garçon de 19 mois, qu'il ne voit que rarement.

Mémoire d'enfer

Sur la côte Atlantique, Abdellah (en haut) n'oublie pas l'enfer des camps. Il a été libéré en novembre 2003 grâce à la médiation de Seif el-Islam Kaddafi. « Il nous a rencontrés dans l'école du Martyr-Ammi, à Rabbouni [camp du Polisario]. Il y avait des officiers algériens du DRS [Département du renseignement et de la sécurité], Mohamed Abdelaziz [chef du Polisario] et des télés internationales, Al-Jazira, TVE, Al-Manar. La Croix-Rouge nous a ensuite pris en charge et nous a demandé où nous voulions aller. Nous sommes tous rentrés au Maroc. » Au total, 2 164 soldats marocains sont revenus des camps de Tindouf. Quelques centaines sont décédés depuis. Ils sont près de 1 200 à se mobiliser devant le Parlement, par roulements de 300 manifestants.

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