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02/11/2012 à 12h:20
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L'émir du Qatar avec le chef du gouvernement, Ismaïl Haniyeh,le 23 octobre. L'émir du Qatar avec le chef du gouvernement, Ismaïl Haniyeh,le 23 octobre. © Sipa

L'émir du Qatar, Hamad Ibn Khalifa Al Thani, est le premier chef d'État à avoir honoré le Hamas, à Gaza, d'une visite officielle. Distribuant, comme à son habitude, des centaines de millions de dollars. Mais on le soupçonne aussi d'aider des jihadistes au Mali.

Accueilli en héros libérateur sous le soleil implacable de Gaza, le 23 octobre, l'émir du Qatar a posé, sur le tapis rouge déroulé par les autorités, sa royale sandale. Ainsi qu'une cagnotte de 400 millions de dollars (environ 310 millions d'euros) pour la reconstruction de cette mince bande de terre palestinienne soumise depuis 2007 à un blocus draconien et ravagée par la brutale offensive israélienne Plomb durci, en janvier 2009.

Le monarque multimilliardaire est le premier chef d'État à se rendre en visite officielle dans ce territoire depuis qu'il est passé, en 2007, sous le contrôle du Hamas, parti islamiste alors victorieux des législatives mais aussitôt ostracisé par le Fatah, au pouvoir en Cisjordanie, et par une grande partie de la communauté internationale. « La cause palestinienne reste une plaie saignante sur le corps de la nation arabe », a déclaré Hamad Ibn Khalifa Al Thani dans son discours aux Gazaouis. « Aujourd'hui nous abattons le mur du blocus grâce à cette visite bénie », lui a répondu le chef du gouvernement local, Ismaïl Haniyeh.

Ayant cherché, avec succès, à graver en majuscules le nom de son micro-État sur la carte du monde, sa Majesté entend inscrire le sien dans les pages de l'Histoire. À Gaza, Hamad City, ville nouvelle qui sera construite d'ici à deux ans, perpétuera la mémoire de l'évergète. Sera-t-il Alexandre, roitelet de Macédoine devenu conquérant du monde ? Ou Hannibal, chef de Carthage acculé au suicide après avoir voulu ravir l'empire à Rome ? Ses deux puissants voisins iranien et saoudien le verraient bien dans le second rôle.

Car l'ambition de cet émir visionnaire n'a d'égale que sa fortune démesurée, lancée à l'assaut des marchés et des chancelleries planétaires. Le pactole de ce nouveau Crésus ? Un lac de gaz sous-marin, le plus grand gisement du monde, qui a fait de Hamad l'homme des offres qu'on ne peut refuser. Ou presque. Quand, en janvier 2012, il débarque à Tunis avec 500 millions de dollars d'aide, des centaines de manifestants descendent sur l'avenue Bourguiba et crient « Qatar dégage ! » à l'encontre de celui qu'ils soupçonnent de tenter une OPA sur la révolution pour l'offrir à ses amis islamistes d'Ennahdha. En France, le fonds de 50 millions d'euros d'aide aux banlieues promis en décembre 2011 a dû être gelé devant les cris d'orfraie de la droite comme de la gauche, avant d'être finalement redéfini... et accepté.

Nouveau Nasser ?

Jadis célébré pour ses bons offices de médiateur, du Darfour au Liban, l'émir s'est révélé beaucoup plus agressif quand a éclos le Printemps arabe, envoyant ses Mirage et ses forces spéciales bouter le « Guide » libyen hors de Tripoli. Hamad est devenu la bête noire de son ex-grand ami syrien, le président Bachar al-Assad, contre qui il arme les rebelles islamistes. Au Mali, on le soupçonne de financer le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao). À Gaza enfin, s'il a appelé à la paix et à la réconciliation palestinienne, sa générosité envers le Hamas a fait grincer des dents Israël comme le Fatah...

Qui est donc Hamad Ibn Khalifa Al Thani ? La personnalité de celui qui a ravi le pouvoir à son père en 1995 reste une énigme, et ceux qui le connaissent se gardent bien d'en trahir la moindre facette. Sans doute se voit-il en Nasser contemporain, héraut du panarabisme avec l'islam - plutôt que le socialisme - comme guide. Sa visite à Gaza le conforte dans ce rôle. Las, à peine avait-il quitté le sol palestinien que des attaques meurtrières reprenaient entre le Hamas et Israël. Et c'est au médiateur égyptien qu'a échu le mérite de la trêve.

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