Extension Factory Builder
27/10/2012 à 16:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Al-Matar Rahma, de la Libyenne Arwa Abouon. Al-Matar Rahma, de la Libyenne Arwa Abouon. © Arwa Abouon et The Third Line Gallery

L'Institut du monde arabe célèbre un quart de siècle de création artistique du Maghreb et du Proche-Orient à travers une exposition disparate.

C'est un riche méli-mélo que propose jusqu'au 3 février l'Institut du monde arabe (IMA). Pour fêter ses 25 ans d'existence, le centre culturel parisien a souhaité réaffirmer son engagement auprès de l'art contemporain et offrir un panorama de la création arabe depuis un quart de siècle. L'exposition « 25 ans de créativité arabe » n'a pas été conçue autour d'une thématique particulière mais, explique Ehab Ellaban, l'un des deux commissaires de la manifestation, autour de quatre pratiques : l'investissement du terrain politique, le questionnement des phénomènes socioéconomiques, la recherche esthétique et la pensée de la mondialisation.

Des thèmes larges sous lesquels peuvent être regroupés des oeuvres disparates et des artistes aux préoccupations opposées. Résultat : le visiteur déambule au milieu des 1 200 m2 d'exposition, répartis entre le bâtiment conçu par l'architecte Jean Nouvel et celui de Zaha Hadid, le Mobile Art, sans trop savoir ce qui peut bien relier, par exemple, l'abstraction chorégraphique de la Marocaine Najia Mehadji (Mystic Danse II et III) à l'installation guerrière de l'Égyptien Khaled Hafez, Second Sonata for a Tomb in Archaeological Movements, si ce n'est l'origine de leurs créateurs.

En organisant cette exposition, le critique égyptien a voulu « mettre en évidence les traits constitutifs d'une figure artistique arabe ». Vaste projet, à l'heure où, reconnaît-il, « l'art contemporain arabe a franchi au cours de la dernière décennie les frontières du monde arabe pour devenir l'un des éléments essentiels de la scène artistique mondiale » et où les plasticiens, photographes et autres vidéastes issus du Maghreb et du Proche-Orient s'inscrivent de plus en plus dans un monde mondialisé « exerçant et subissant des influences de toute sorte ».

Censure

Parmi les 40 artistes présentés, un certain nombre vivent entre leur pays d'origine et l'étranger. Les questions de l'exil, du regard que l'Occident porte sur le monde arabe - et inversement -, de l'héritage et de la mémoire, de l'identité et de la religion se font cruciales. La Libanaise installée aux États-Unis Doris Bittar a « superposé des motifs islamiques au drapeau américain pour faire naître des narrations alternatives » (Baghdadi Bride 2). L'Irakien Mahmud Obaidi, vivant lui au Canada, propose un kit de maquillage afin de « ne pas passer pour un terroriste aux yeux des autorités dans les aéroports américains » (Fair Skies). Un travail qui trouve un écho avec celui du Saoudien Maha Malluh, dont la série Tradition et Modernité dénonce également le contrôle des individus dans les aéroports. Avec le gigantesque tampon de son compatriote Abdulnasser Gharem, il est également question de surveillance et de domination. « Chaque jour en Arabie saoudite, explique l'artiste, des milliers de coups de tampons sont donnés sur une mosaïque de documents par des bureaucrates, des officiels, des policiers, des soldats qui, tous ensemble, participent à un système collectif et inconscient d'imprimatur. Avec Le Tampon, je déclare, inch Allah, engagez-vous un peu plus, ayez un peu plus de rigueur intellectuelle, soyez plus braves, ayez davantage foi en vos convictions. Par cette action, je deviens ma propre autorité et le contrôleur de mon destin. »

Sombre tableau d'une humanité également tourmentée, avec la terreur que l'Algérie a connue dans les années 1990 (Tag'out, d'Ammar Bouras) et les sculptures de Mahi Binebine, des « silhouettes brisées, ligotées, endolories » mais « vivantes ». « Si la noirceur et le désespoir sont omniprésents, il y a toujours un espoir. Une renaissance des cendres. Un lendemain possible », confie l'artiste marocain. Le vent contestataire de 2011 n'est pas loin. Waheeda Malullah s'interroge sur « l'atmosphère tendue qui a régné à Bahreïn » (Red and White). La Tunisienne Meriem Bouderbala, l'artiste commissaire du « Printemps des arts » qui a soulevé la colère des salafistes à Tunis en juillet, à travers six tableaux montrant un drapeau tunisien emporté dans un tourbillon (Flag Nympheas), évoque sa tristesse et sa déception : « Mon pays s'enfonce et se noie. Il n'y a plus de révolution populaire, il ne reste que la récupération par une "mode révolutionnaire" que des élites en mal d'émotions se partagent avec avidité. »

Pour autant, pas d'oeuvre libertaire ou impie à l'IMA. Alors que le visiteur peut contempler les photographies de la Saoudienne Reem Al Faisal, louant entre ombres et calligraphie « la gloire de Dieu dans l'univers », il ne pourra pas découvrir Sleep, une vidéo de Mounir Fatmi représentant un Salman Rushdie endormi, à l'instar du poète John Giorno dans le film du même nom d'Andy Warhol. D'après Le Figaro, qui a révélé l'affaire, l'IMA, qui a pourtant financé la production de Sleep, a retiré cette oeuvre qu'il jugeait « trop sensible » vis-à-vis du monde musulman. C'est le même IMA qui, en juin dernier, renonçait à accueillir la cérémonie de remise du prix du Roman arabe décerné à Boualem Sansal, à la suite du boycott décidé par le Conseil des ambassadeurs arabes après le voyage en Israël de l'écrivain algérien. Heureusement Gallimard, plus courageux que l'IMA, permit à Sansal de recevoir son prix dans ses locaux !

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

La reconnaissance d'un État palestinien par la France serait une grave erreur, selon Netanyahou

La reconnaissance d'un État palestinien par la France serait une grave erreur, selon Netanyahou

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a affirmé dimanche à des journalistes que la reconnaissance d'un État palestinien par la France serait une grave erreur, alors que le Parlement fran&cce[...]

Tunisie : faible participation à la présidentielle

À la mi-journée, le taux de participation à la présidentielle tunisienne était de 11,85 %. Un faible intérêt de la population pour le scrutin, qui ne lui enlève pas son[...]

Égypte : Sissi prêt à envoyer des forces pour aider un Etat palestinien

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi s'est déclaré prêt à envoyer ultérieurement des forces dans un futur Etat palestinien pour l'aider à se stabiliser, en accord avec[...]

Tunisie : ouverture des bureaux de vote pour une présidentielle historique

Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes dimanche en Tunisie pour la première présidentielle libre de son histoire, près de quatre ans après la révolution de janvier 2011 qui lança le[...]

Libye : l'administration Obama blanchie dans l'attaque de Benghazi

L'administration Obama n'a pas failli dans sa réponse à l'attaque du complexe américain de Benghazi, en Libye, qui avait fait quatre morts le 11 septembre 2012, a conclu une commission parlementaire dont le[...]

Une Tunisienne remporte le concours "Miss monde Muslimah" en Indonésie

Une informaticienne tunisienne, Fatma Ben Guefrache, a remporté vendredi en Indonésie l'élection de "Miss monde Muslimah", présentée comme une riposte aux concours de beauté[...]

La Tunisie vote pour sa première présidentielle de l'après-révolution

La Tunisie organise dimanche sa première élection présidentielle pluraliste et espère franchir sans accroc cette nouvelle étape de sa transition vers la démocratie, jusqu'ici[...]

Mokhtar Belmokhtar, "le Ben Laden du Sahara"

Le journaliste mauritanien Lemine Ould M. Salem publie une enquête sur le jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar. Édifiant.[...]

Fin de campagne présidentielle tendue en Tunisie

La campagne pour le scrutin présidentiel du dimanche 23 novembre s'est achevée en Tunisie dans un climat délétère. Pourtant, selon la Constitution, les prérogatives du chef de[...]

Blaise Compaoré a quitté la Côte d'Ivoire pour le Maroc

L'ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, qui a démissionné le 31 octobre avant de s'exiler en Côte d'Ivoire, a quitté Yamoussoukro pour le Maroc.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers