Extension Factory Builder
26/10/2012 à 15:30
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
'Je pars toujours de la gestuelle du hip-hop, mais je ne m’enferme pas dedans'. "Je pars toujours de la gestuelle du hip-hop, mais je ne m’enferme pas dedans". © Bruno Levy pour J.A.

Ce chorégraphe français d'origine algérienne, venu au hip-hop par la boxe et le cirque, aime à marier les disciplines comme les cultures.

A priori, il n'y a rien de plus éloigné de la légèreté de la danse que la violence de la boxe. A priori... Rien de commun également entre la musique classique de Ravel, de Schubert ou de Verdi et le rugueux hip-hop. A priori... Mais les préjugés sont faits pour être bousculés et, à ce petit jeu-là, Mourad Merzouki est un expert qui a l'art de marier les contrastes avec poésie et élégance. Du ring à la scène, il n'y a qu'un pas pour l'esthète qui aime provoquer des rencontres inattendues. Dans Boxe Boxe, le chorégraphe se nourrit des deux univers qui l'ont façonné dès l'enfance. Né à Lyon en 1973 de parents kabyles (Algérie), l'actuel directeur du Centre chorégraphique national (CCN) de Créteil, près de Paris, a commencé le noble art à l'âge de raison. Face à l'académie d'arts martiaux où son père l'a inscrit se trouve une école de cirque où il s'aventure en cachette. À la fin des années 1980, la déferlante hip-hop lui ouvre de nouveaux horizons et lui permet de concilier les inconciliables.

Avec son ami Kader Attou (aujourd'hui directeur du CCN de La Rochelle), il fonde sa première compagnie, Accrorap, en 1989. Tous deux fils d'immigrés et banlieusards, ils s'efforcent de déconstruire l'image qu'une société française bien-pensante leur renvoie. Pour autant, Mourad Merzouki ne renie ni son histoire ni celle de ses parents. « Quand on a 15-16 ans, on ne sait pas très bien ce qui, en nous, vient de l'héritage culturel que nos parents nous ont légué. Même si je passais toutes mes vacances en Kabylie et que je parlais kabyle à la maison, je me sentais ­pleinement français. L'Algérie, ce n'était pas chez moi. Il y avait une barrière culturelle qui m'empêchait de le croire. »

« Inconsciemment, dans mes spectacles, reconnaît-il néanmoins aujourd'hui, j'ai souvent utilisé des musiques arabo-andalouses. Sans arrière-pensée. Cela n'a jamais relevé d'une revendication communautaire. C'est juste que j'ai grandi avec. »

Dans les années 1990, sa double nationalité franco-algérienne l'expose au risque de devoir accomplir son service militaire dans un pays qui s'enfonce dans l'horreur.

À partir de sa majorité, Mourad Merzouki ne foulera plus le sol natal de ses parents une décennie durant. Dans les années 1990, sa double nationalité franco-algérienne l'expose au risque de devoir accomplir son service militaire dans un pays qui s'enfonce dans l'horreur. C'est grâce à la danse qu'il y retournera, en 2001, pour donner Récital, à Alger. « Je revenais avec un regard d'adulte et j'ai vu l'Algérie différemment. Pour la première fois, je m'y suis senti comme à la maison », se souvient celui qui, entre-temps, a bousculé les codes du hip-hop en l'ouvrant au contemporain et au classique.

« Je pars toujours de la gestuelle et du vocabulaire hip-hop, explique-t-il, mais je ne m'enferme pas dedans. C'est une danse jeune, qui ne demande qu'à évoluer, à être confrontée à d'autres formes artistiques, à d'autres cultures. » Subtil mélange d'influences diverses, leur art séduit assez rapidement les directeurs de théâtre, et, à force de détermination, les deux compères parviennent à sortir le hip-hop de la rue pour le hisser sur les plus hautes scènes*. « En même temps, je voulais faire découvrir d'autres arts et d'autres cultures à ceux qui, comme moi, viennent de banlieue », commente l'ancien circassien aux épaules carrées et au visage poupin que ne parvient pas à dissimuler une barbe fournie.

En seize ans, la compagnie Käfig (« cage » en allemand et en arabe), qu'il a créée en 1996, a donné plus de 2 200 représentations devant plus de 1 million de spectateurs dans 61 pays. Inventives, acrobatiques, délicates, pleines d'humour, ses chorégraphies parlent au plus grand nombre à travers une poésie qu'il reconnaît avoir héritée de l'univers du cirque. À la fin de chaque représentation, le même rituel : une standing ovation d'une dizaine de minutes salue la performance d'artistes généreux.

Sa dernière création, Yo Gee Ti, créée à Taipei avec des danseurs taïwanais, a fait l'ouverture en septembre de la Biennale de Lyon, la plus importante manifestation de danse contemporaine en Europe. Et auparavant, en juin dernier, celle du festival Montpellier Danse, dont il était l'artiste associé. Une reconnaissance qui rassure son père, « réticent au début », avoue celui qui a été nommé chevalier de la Légion d'honneur en juillet. « Quand il a compris que le hip-hop était quelque chose de sérieux pour moi et qu'il a vu les premiers articles qui m'étaient consacrés, mon père a commencé à accepter mon choix. Même s'il est fier de mon parcours aujourd'hui, il ne dira pas pour autant à ses amis que je suis danseur. Juste que je fais des spectacles », s'amuse-t-il, philosophe.

* Mourad Merzouki est actuellement en tournée mondiale avec cinq spectacles : Boxe Boxe, Correria Agwa, Käfig Brasil, Récital, Yo Gee Ti.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

France : Patrick Balkany rattrapé par ses pratiques douteuses en Afrique

France : Patrick Balkany rattrapé par ses pratiques douteuses en Afrique

Patrick Balkany, député et maire de Levallois-Perret, en banlieue parisienne, a été mis en examen, mardi, pour "blanchiment de fraude fiscale", "corruption" et "blanchiment de[...]

Le foot n'est pas la guerre, vous êtes sûr ?

Il n'y a pas qu'en Afrique que les questions politiques font irruption sur les terrains de football.[...]

RDC : le docteur Mukwege, lauréat du prix Sakharov du Parlement européen

Le docteur congolais Denis Mukwege s'est vu décerner mardi le Prix Sakharov 2014 pour son travail auprès des femmes victimes de violences sexuelles dans les conflits armés de l'est de la RDC.[...]

La course pour la direction du bureau Afrique de l'OMS est lancée...

Qui, début novembre, succédera à l'Angolais Luís Gomes Sambo à la tête du bureau Afrique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ?[...]

Cinéma : "Bande de filles", quatre ado dans le vent

Porté par des actrices non professionnelles, le film de Céline Sciamma "Bande de filles" pose un regard plein de fraîcheur sur les banlieues françaises.[...]

France : Christophe de Margerie l'Africain

Surnommé "Big moustache", le dirigeant de Total Christophe Margerie, mort dans le crash de son jet à l'aéroport de Moscou, a su faire fructifier l'héritage africain du groupe français.[...]

"Les Nègres" : farce noire de Jean Genet à l'Odéon

Le metteur en scène américain Robert Wilson créé la pièce de Jean Genet "Les Nègres" au théâtre parisien l'Odéon. Une oeuvre qui parle de racisme, de[...]

Christophe de Margerie, PDG de Total, meurt dans un accident d'avion en Russie

Christophe de Margerie, 63 ans, patron du groupe pétrolier français Total, est décédé dans la nuit de lundi à mardi en Russie dans le crash d'un avion privé à[...]

Ebola : l'UE va débloquer 500 millions d'euros pour "endiguer" l'épidémie en Afrique

L'Union européenne a annoncé lundi son engagement à débloquer 500 millions d'euros d'aide pour "endiguer" Ebola dans les pays africains touchés.[...]

L'OIF aux Africains !

Moins de six semaines nous séparent de l'élection du nouveau secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Les 57 chefs d'État ou de gouvernement[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers