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30/10/2012 à 15:36
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La chanteuse malienne Inna Modja. La chanteuse malienne Inna Modja. © AFP

Parti du monde anglo-saxon, le mouvement "nappy" gagne l'Afrique. Le principe : cesser de se défriser à grand renfort de produits chimiques et arborer fièrement ses cheveux naturels.

Quand elle a ouvert le premier salon de coiffure de Dakar spécialisé dans les cheveux naturels, en juillet 2010, Minielle Tall n'aurait jamais pensé qu'il aurait un tel succès. « On a de plus en plus de clientes », témoigne-t-elle. Situé dans le quartier chic des Almadies, l'espace Elle Émoi est devenu l'une des adresses tendance du moment. La jeune entrepreneuse explique avoir comblé un manque. « À chaque fois que je me présentais dans un salon classique, les coiffeuses poussaient de grands soupirs, et celles qui étaient disposées à me coiffer commençaient par prendre un petit peigne et un séchoir : deux ennemis jurés pour une crinière naturelle », raconte-t-elle.

Depuis 2006, Minielle est une « nappy », une femme heureuse avec ses cheveux naturels - le terme est né de la contraction des deux mots anglais « natural » et « happy ». Autrement dit, elle a renoncé à défriser et à lisser ses cheveux naturellement crépus avec des produits chimiques et n'utilise plus aucun cosmétique susceptible de nuire à leur bonne santé.

Blogs

La tendance nappy est apparue dans les pays anglo-saxons (aux États-Unis et en Angleterre) au début des années 2000, avant d'être amplifiée par internet et les réseaux sociaux, où les femmes échangent informations et conseils. Journalnappygirl .com, blackbeautybag.com ou transitioningmovement.com sont parmi les sites les plus connus sur le sujet. Le phénomène a traversé les frontières pour gagner l'Afrique, et les Sénégalaises, en particulier dans la capitale, sont en tête du mouvement. « C'est grâce aux blogs que j'ai su comment m'occuper de mes cheveux dans leur état naturel, explique Téclaire, nappy et blogueuse dakaroise. Leur influence est grandissante, et leur rôle, inestimable. » Juliette Sméralda, sociologue et auteure de Peau noire, cheveu crépu : l'histoire d'une aliénation (paru en 2005), constate que, « cette fois, ce sont les diasporas qui ont donné le ton. D'habitude c'est plutôt le contraire ».

Les 5 commandements de la nappy

1 Le big chop tu pratiqueras. Parce qu'un cheveu défrisé pousse mal et que mieux vaut tout couper pour « passer au naturel »

2 D'hydratation tu rêveras. Parce que, contrairement aux tresses et aux rajouts, des cheveux naturels se chouchoutent à grand renfort de shampoings et de masques

3 Inventive tu seras. Parce que la texture du cheveu crépu lui permet d'être natté, « vanillé » (tresse à deux branches), et s'accommode même des dreadlocks

4 D'accessoires tu t'équiperas. Parce que peignes afros et pinces sont indispensables pour donner du volume

5 Patiente tu te montreras. Parce que l'on ne devient pas un membre des Jackson Five en quelques mois. Le cheveu afro pousse en moyenne de 0,7 cm par mois, contre 2 cm pour le cheveu asiatique

Khadija, étudiante en marketing, vit dans le quartier populaire des Parcelles-Assainies, au nord-est de Dakar. En avril 2010, elle a décidé de « passer au naturel » et a coupé ses cheveux, qui avaient été défrisés. Cette étape, essentielle, est celle du big chop. « Quand je suis arrivée dans le quartier avec mes cheveux courts et crépus, se souvient Khadija, les gens disaient tout de suite que je n'étais pas d'ici. Aujourd'hui, cela les choquerait moins car on voit de plus en plus de filles avec des coupes afro ou totalement rasées. »

Pour certaines, il s'agit avant tout d'un choix esthétique. « Avant, avoir une frange, c'était à la mode, explique Khadija. Aujourd'hui, c'est la coupe afro. C'est une question de goût, il n'y a aucune idéologie derrière. » Pour elle, peut-être pas, mais pour Tening Agnes Diouf, l'organisatrice des « Pique-Niques Afro » de Dakar, tout cela a une signification plus profonde. « Accepter ses cheveux naturels, c'est une étape de vie, un retour aux origines. Nous sommes enfin en train d'assumer ce qu'on est ! » La sociologue Juliette Sméralda estime elle aussi que cette dimension « identitaire » sous-tend la mouvance nappy. « Ce n'est pas un geste anodin. Ces femmes ont franchi une étape, pas forcément évidente : elles ont réussi à regarder autrement un type de cheveux qu'on leur a toujours présenté comme laid et qu'elles ont longtemps assimilé à une forme de souffrance. »

Internet a aussi permis de relayer les nombreuses études relatives aux dangers du défrisage, qui vont bien au-delà des brûlures du cuir chevelu, de la chute de cheveux ou de la dépendance psychologique. En janvier 2012, l'American Journal of Epidemiology affirmait que les produits défrisants, de par leur composition, augmentaient « l'apparition de fibromes utérins, de pubertés précoces et de problèmes urinaires ».

Onéreuse

Mais à Dakar comme ailleurs, la tendance semble encore se limiter à une certaine élite. « Il est vrai que la plupart de mes clientes sont des femmes d'un certain standing, confirme Minielle Tall. Elles sont généralement très instruites, elles ont souvent vécu à l'étranger, occupent des postes à responsabilités et peuvent se permettre d'investir dans une routine capillaire somme toute onéreuse ».

Car dans un pays où le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) ne s'élève qu'à 36 243 F CFA (environ 55 euros) par mois, consacrer un large budget à ses cheveux n'est pas chose aisée. Or la plupart des produits nécessaires à leur entretien (shampoings, après-shampoings, masques nourrissants...) sont importés et coûtent cher. Même raisonnable, une nappy dakaroise dépense en moyenne 20 000 F CFA par mois, beaucoup plus qu'une femme qui se fait poser des rajouts ou un tissage synthétique, renouvelés en moyenne toutes les six semaines. « Vivement l'émergence de grandes marques bien de chez nous ! » conclut Minielle Tall, qui prévoit déjà d'ouvrir plusieurs autres salons dans la sous-région.

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