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29/10/2012 à 11:45
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Ikililou Dhoinine (à g.) et son prédécesseur à la magistrature suprême Ahmed Abdallah Sambi. Ikililou Dhoinine (à g.) et son prédécesseur à la magistrature suprême Ahmed Abdallah Sambi. © Ibrahim Yossouf/AFP

Deux proches de l'ex-président comorien ont été limogés, le 10 octobre. Preuve que le chef de l'État a fini par s'émanciper de la tutelle de Sambi.

Ce n'est pas un coup d'État, mais cela y ressemble. Certes, le 10 octobre aux Comores, il n'y a eu ni bruits de bottes ni échanges de tirs. Le président est à sa place, et la Constitution est toujours en vigueur. Mais en limogeant son directeur de cabinet (dont le rôle se rapproche de celui d'un Premier ministre, et qui a la charge, en outre, de la Défense) et le chef d'état-major de l'armée, c'est comme si Ikililou Dhoinine avait procédé à un changement de régime. De fait, il a mis fin à ce que l'on appelle à Moroni le sambisme, un mode de gouvernance volontariste mais opaque, fondé sur la seule personnalité de l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi.

Qui l'eût cru ? Empêché par la Constitution de se représenter en décembre 2010, Sambi avait tout misé sur Dhoinine, celui-ci devant n'être qu'une parenthèse en attendant 2016 et un éventuel retour au pouvoir du prédicateur anjouanais. « Sambi, c'est Poutine, et Dhoinine, Medvedev », raillait un opposant. Les amis de Dhoinine s'en défendaient : « Il saura s'émanciper de Sambi », disaient-ils. Cela aura pris un peu plus d'un an.

Empêché de se représenter Sambi avait espéré que Dhoinine ne serait qu’une parenthèse.

En remplaçant à la tête de son cabinet Mmadi Ali par Hamada Madi Boléro, un Mohélien comme lui, Dhoinine a lancé un message très clair. Le premier est un cadre influent du Front national pour la justice (FNJ), un parti islamiste modéré proche de Sambi. Le second, bien vu à Paris, fut l'un des opposants les plus actifs à l'ex-président. Son parti, la Convention pour le renouveau des Comores (CRC), est d'ailleurs toujours membre de l'opposition. « C'est à titre personnel que j'ai été nommé », confie Boléro, qui est un ami d'enfance de Dhoinine, et dont le lobbying auprès de la très influente première dame a été intense ces derniers mois. « Elle estime que Sambi fait de l'ombre à son mari. C'est elle avant tout qui veut la rupture », explique un habitué du palais de Beit Salam.

"Désambisation"

Preuve de son influence, c'est Boléro qui a proposé au président le nom du nouveau chef d'état-major, le lieutenant-colonel Youssouf Idjihadi. Là aussi, la rupture est nette : Abdallah Gamil, qui a été démis de ses fonctions alors qu'il se trouvait au Maroc, était un pur produit du sambisme. C'est Sambi qui, en 2010, l'avait propulsé à la tête de l'armée. « Depuis, Gamil se croyait tout permis », déplore un officier. Sa garde rapprochée était plus nombreuse que celle du président, et il n'hésitait pas à menacer Dhoinine dans son bureau. « En le limogeant, le président a écarté un homme qui, en cas de troubles, aurait pu être tenté d'agir », note un de ses conseillers.

Dans l'entourage de l'ancien président, on dénonce une « désambisation ». Plusieurs de ses proches, parmi lesquels Mohamed Dossar, son homme à tout faire pendant cinq ans, ont en effet été remerciés ces derniers mois. « Nous assistons à une chasse aux sorcières », déplore Sounhadj Attoumani, le secrétaire général du Parti comorien du peuple (PCP), un mouvement créé par le premier cercle des sambistes en début d'année. Pour l'instant, ces derniers considèrent toujours Dhoinine comme l'un des leurs. Mais il en faudrait peu pour qu'ils le lâchent. Une nouvelle période d'incertitude s'ouvrirait alors, et avec elle resurgiraient les vieux démons séparatistes. Déjà à Anjouan, l'île de Sambi, on dénonce « la mainmise des Grand-Comoriens et des Mohéliens » sur l'armée et les instances dirigeantes.

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