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30/10/2012 à 15:27
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Pour la jeunesse, la révolution a apporté la liberté mais n'a pas réglé le chômage. Pour la jeunesse, la révolution a apporté la liberté mais n'a pas réglé le chômage. © Ons Abid

Au terme d'une année d'exercice parlementaire, les Tunisiens font un premier bilan. Un regard mitigé au moment où les difficultés s'accentuent. Voyage aux quatre coins du pays.

« Compatriotes, n'oubliez pas la farine, le sucre... Faites vos courses ; le 23 octobre sera chaud », pouvait-on lire sur Facebook. Le réseau social, qui a été un vecteur essentiel de la révolution tunisienne, s'est transformé en un outil de prosélytisme islamiste, une poche de résistance pour les modernistes, mais le plus souvent un « mur » des lamentations. Oubliées l'euphorie et l'émotion qui avaient mené la Tunisie vers son premier scrutin libre, il y a tout juste un an. Pourtant, dans les villes de l'intérieur, comme Sidi Bouzid, certains édifices portent encore des traces noires délimitant l'emplacement de l'affichage des partis pour les élections de la Constituante du 23 octobre 2011.

Ce qui a changé en douze mois

  • 23 octobre 2011 : Élection d'une Assemblée nationale constituante (ANC)
  • 22 novembre : Première réunion de l'ANC, Mustapha Ben Jaafar en devient le président
  • 10 décembre : Loi sur l'organisation provisoire des pouvoirs publics
  • 12 décembre : Élection du président de la République, Moncef Marzouki
  • 14 décembre : Nomination de Hamadi Jebali à la tête du gouvernement
  • 1er février 2012 : Élection de Habib Khedher comme rapporteur général de la rédaction de la Constitution
  • 14 février : Mise en place des 6 commissions chargées de l'élaboration de la Constitution
  • 3 mars : Ennahdha veut faire figurer la charia dans le texte suprême
  • 26 mars : La formation politique abandonne cette idée
  • 9 juin : Présentation d'une première mouture du préambule
  • 2 août : Finalisation d'un projet de préambule
  • 6 août : Le projet de Constitution attribue à la femme un rôle complémentaire à l'homme au sein de la famille sans aborder le principe d'égalité
  • 28 septembre : Annulation du rôle complémentaire de la femme, aucune mention n'est faite des droits de l'enfant dans le projet
  • 4 octobre : La référence aux droits de l'homme n'est pas retenue dans le préambule lors du vote en commission

« C'était mes premières élections de citoyenne. Ce jour-là, même le temps était magnifique, mais depuis j'ai déchanté », confie Narjess, cadre d'une banque originaire de la région. Elle avait tenu à voter sur son lieu de naissance. « En moins d'un an, Sidi Bouzid est retournée des siècles en arrière. Les barbus imposent leurs lois, et tout le monde, par crainte de représailles, obtempère. Je ne reconnais plus ceux qui ont tenu tête à Ben Ali », ajoute-t-elle. À Sidi Bouzid, si les stigmates de la révolution ont disparu, les soulèvements sont encore fréquents et donnent la mesure du mécontentement populaire qui fait tâche d'huile en Tunisie. « L'an dernier, nous avons pris notre mal en patience. On nous a fait croire qu'un gouvernement légitime aurait toute latitude pour relancer la région. Nous avons attendu, mais aucune promesse n'a été concrétisée », lance Seif, jeune chômeur et militant d'un parti d'extrême gauche. Son malaise n'est pas seulement celui d'une génération de désoeuvrés mais celui de toute une population qui croyait, avec une certaine naïveté, qu'il suffisait que Ben Ali parte pour que disparaissent ses problèmes.

Colère

Cette désillusion est aussi palpable dans la région de Gafsa, où les manifestations antigouvernementales s'enchaînent. « Gafsa, réveille-toi, le gouvernement te vole ! » scandent les habitants. Ils constatent que la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), mère nourricière de toute une région particulièrement déshéritée et incontournable employeur pour plus de cinq générations de familles entières, ne peut plus répondre à leurs demandes. Tout un modèle a volé en éclats sans que rien ne vienne le remplacer. « Nous sommes déçus par une Assemblée nationale constituante (ANC) qui, finalement, est bien peu représentative du pays et qui demeure loin de nos préoccupations. Tunis est toujours le pôle pensant où tout se décide sans que nous soyons consultés, alors que la capitale ignore bien souvent la teneur de nos problèmes. Nous sommes des délaissés de la révolution, alors que depuis 2008 nous avons ouvert le chemin à l'insurrection en nous soulevant contre un système odieux. Nous sommes toujours dans l'attente, le pouvoir nous promet depuis si longtemps des solutions et de l'emploi que notre colère est légitime. Il n'y a pas d'avenir pour nos enfants, ni ici ni ailleurs », s'insurge un instituteur de Redeyef. Il reconnaît que sans le soutien de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) la région aurait du mal à se faire entendre.

Le garant de cette transition reste l'Instance supérieure indépendante pour les élections. Elle devra être dotée des outils nécessaires pour accomplir sa mission dans des conditions optimales.

Yadh Ben Achour, Constitutionnaliste

La centrale syndicale a pris une réelle envergure en faisant peau neuve depuis les élections de son nouveau bureau, en décembre 2011. Elle a largement contribué à la levée des grèves et des sit-in qui bloquaient l'activité économique du pays. Mais c'est sa contribution et son intervention comme régulateur des tensions politiques qui soulignent sa montée en puissance. Même le patronat menace de faire grève et de suspendre ses activités s'il n'est pas entendu par un gouvernement incapable de prendre les mesures nécessaires pour relancer la machine économique. « On nous annonce de bons chiffres de croissance et des intentions d'investissements, mais dans les faits nous avons une inflation galopante et nous payons très cher le discrédit du pays », déplore un entrepreneur du textile. Pour les Tunisiens, le coeur n'y est plus, la confiance non plus. « Depuis trois mois, nous n'avons pas de ministre des Finances. Qui prépare le budget 2013, dans quelles conditions ? Le gouvernement reconnaît ses faiblesses et un manque de compétences. Mais nous n'avons pas besoin d'apprentis. Il nous faut des personnes capables de ramer et de mener la barque à bon port », explique Abdelaziz, un retraité du ministère de l'Économie. « On se bat contre des moulins à vent ; nos dirigeants sont dans l'autisme, ils ne sont même pas sensibles au bon sens. Ils voudraient se saborder qu'ils ne feraient pas mieux », ajoute une militante du mouvement Kolna Tounes (« nous sommes tous la Tunisie »).

La révolution a également favorisé l'émergence de l'extrêmisme religieux.

© Ons Abid

Les islamistes d'Ennahdha, arrivés en tête des élections de la Constituante avec 40 % des suffrages, sont désignés comme les artisans d'une catastrophe socioéconomique. « C'est clair, s'ils avaient voulu faire une Constitution et des institutions réellement démocratiques, sans arrière-pensées, on aurait fini tout ça depuis longtemps. Si Ennahdha avait vraiment agi comme un parti du centre démocrate musulman à la turque, comme ils l'avaient annoncé, ils auraient même gagné des voix aux prochains scrutins. Si les imams dans les mosquées, au lieu de se livrer à des pugilats politiques, avaient enseigné les vrais principes de l'islam, l'hygiène, l'honnêteté, la patience, notre économie se serait redressée et nos villes seraient propres. J'enrage qu'avec des outils pareils et un capital de sympathie énorme ils n'aient réussi qu'à montrer un visage de secte, effrayant et repoussant », s'insurge Mourad Mathlouthi, un sympathisant du Congrès pour la République (CPR), parti de la troïka gouvernementale dont est issu le président de la République, Moncef Marzouki. 

Constitution : et la lumière fut

Les tensions exacerbées à l'approche de l'échéance du 23 octobre ont provoqué un net revirement des maîtres du pouvoir à Tunis. En moins de quarante-huit heures, les partis de la troïka ont aplani leurs différends et opté pour un régime mixte ; dans la foulée, les mesures liberticides, comme la criminalisation du sacré, ne seront pas inscrites dans la loi fondamentale, et les femmes retrouvent leur statut d'égales de l'homme, tandis que l'État s'engage à garantir le droit de l'enfant, mesure qui ne figurait pas sur le brouillon de la Constitution. Toutefois, Ennahdha ne démord pas de sa position et refuse de citer la déclaration universelle des droits de l'homme parmi les autres référentiels du préambule. Parmi les décisions marquantes, la relance de l'Instance supérieure indépendante des élections (Isie) et l'organisation du premier tour des élections législatives et présidentielle le 23 juin 2013 participent à apaiser les esprits, même si l'Isie aura le dernier mot pour fixer définitivement la date du scrutin. Ces nettes avancées sont le résultat des négociations et des pressions exercées par le groupe parlementaire d'Ettakatol au niveau de l'ANC et de la troïka gouvernementale. F.D.

Retards

Plus que le gouvernement, c'est l'ANC qui est en butte aux critiques. Avec une abstention de près de 50 % et près de 1 million de voix perdues sur des listes n'ayant pas obtenu de sièges, l'Assemblée n'est pas vraiment représentative du pays et ne convainc pas par son rendement. Certains assurent qu'elle a failli à sa mission. La rédaction de la Constitution traîne autour de palabres, les dossiers de la justice transitionnelle sont en instance et le contrôle de l'action gouvernementale semble être une formalité sans effets.

Les Tunisiens prennent la date du 23 octobre comme prétexte pour exprimer leur insatisfaction. Selon le décret-loi appelant aux élections d'une Constituante le 23 octobre 2011, cette dernière avait un an pour préparer la loi fondamentale de la IIe République. Si la légitimité institutionnelle de l'ANC ne peut être remise en question, certains estiment qu'au niveau politique l'ANC et le gouvernement doivent chercher une voie consensuelle. D'autant que la tension est montée de plusieurs crans. Les manifestations se multiplient, et les médias relaient la colère de l'opinion publique. La pression est telle que les autorités accélèrent la marche, ont annoncé un accord pour adopter un régime semi-parlementaire et fixé, dans la précipitation, les prochaines échéances électorales au 23 juin. « Les voilà lançant des miettes aux crédules qui veulent bien les croire ! Les élections n'auront pas lieu le 23 juin 2013. C'est juste pour passer le cap du 23 octobre et désamorcer la colère populaire », affirme Rym Mourali, une ancienne militante d'El-Moubadara.

Les points en suspens

Commission électorale

C'est sur la composition de l'Instance supérieure indépendante des élections (Isie) chargée de l'organisation du scrutin que les élus sont partagés ; les uns veulent qu'elle soit représentative de la composition de l'ANC, les autres qu'elle soit constituée d'indépendants.

Financement des partis politiques

Si les financements étrangers sont clairement interdits, les partis politiques doivent également justifier avec précision de leurs revenus. Lors des élections de la Constituante, tous n'ont pas fait preuve de diligence à présenter leurs comptes et n'ont pas accepté la limitation des donations privées. Cotisations des militants et subvention de l'État ne permettent pas aux partis de faire face à une campagne électorale.

L'attaque contre l'ambassade américaine le 14 septembre aura sans doute des conséquences négatives à long terme, tandis qu'à Bizerte c'est la prise de possession de l'espace public par les salafistes qui éloigne les touristes. « Ils ont, comme tous les islamistes, souffert de la répression de Ben Ali, mais ils exigent, implicitement, une sorte de dédommagement moral en accaparant les espaces publics et en mettant la main sur le commerce parallèle, quitte à paralyser l'activité économique de la ville. L'influence de la communauté qui vit en France se fait aussi sentir ; cet été, nous n'avons pas vu de "Chez-Nous" [nom donné aux immigrés originaires de Bizerte] en jupe courte ou frimant au volant de décapotables mais un retour massif de barbus et de femmes voilées. Le calme est revenu après les agressions de cet été, mais il suffit d'un rien pour mettre le feu aux poudres », constate Karim Mili, un agent immobilier. Les esprits s'échauffent aussi au Kef et à Jendouba : « On nous a divisés par des discours identitaires ; on nous a promis de prendre aux riches pour donner aux pauvres ; un an après, même les procès intentés pour faire la lumière sur les exactions commises lors de la révolution n'ont pas abouti. Nous sommes en dessous du seuil de pauvreté ; certains en sont à regretter l'ancien temps où, malgré la répression, ils avaient de quoi manger », estime Néjib, un petit libraire de la région. Les oubliés du Nord-Ouest vivent aussi la montée des extrémismes. 

« Le conservatisme et l'influence islamiste mettent en péril la position des femmes, alors qu'elles ont un rôle essentiel. Il faut les sensibiliser à leurs droits et mettre en valeur leur travail », affirme un opérateur de l'Office du développement du Nord-Ouest. Dans toute la région, les associations s'activent. À Foussana (Centre-Ouest), l'une d'entre elles, Femme retrousse tes manches, a permis à des artisanes de valoriser leur tissage et de le commercialiser en Europe, tandis que les potières de Sejnane sont sollicitées par les réseaux de commerce équitable et s'assurent plus de 250 euros par exposition.

Divisions

La question de la femme dans la société tunisienne a été source de dissensions au sein de l'ANC, mais comme sur beaucoup d'autres points, tels que la charia ou la criminalisation des atteintes au sacré, la pression de la rue et des médias a fait reculer les positions islamistes. « Les nouveaux dirigeants du pays ont été impatients et méprisants. Ils ont traité ceux qui n'avaient pas voté pour eux comme quantité négligeable. Les tentatives de divisions d'un peuple éprouvé par une sévère crise socioéconomique sont criminelles », assure Wajdi, un étudiant de HEC Tunis. Si les élites et les nantis n'ont pas vu venir la révolution, ils se sont ensuite largement impliqués dans la société. Malgré l'essoufflement des activités associatives et citoyennes en raison d'une situation sécuritaire précaire, leur esprit critique est toujours vif. Les bobos de La Marsa ou d'El-Manar, bien que parfois déconnectés des réalités, ne sont pas indifférents.

Malgré les apprences, les élites et les nantis s'impliquent de plus en plus dans le débat de société.

© Ons Abid

« Le regard de la société a changé, je fais attention à ma manière de m'habiller et j'évite de choquer ; les sensibilités sont à fleur de peau et la nouvelle stratégie qui consiste à réprimer les femmes au prétexte des bonnes moeurs est de mauvais augure », avoue une résidente du quartier chic de Mutuelleville. Les partis modernistes, « les zéro virgule » comme les désignent avec mépris les islamistes, sont fatigués, mais restent une force critique, parfois trop critique. Ils alertent, entre autres, sur le risque de bipolarisation politique et craignent un retour des anciennes pratiques. « Nous pensions que nous avions contribué à une révolution propre et rapide, et que la suite se serait inscrite dans la modération à l'image de ce qu'est la Tunisie. Dans notre ignorance de la pratique démocratique, nous ne savions pas que la politique allait changer la donne. Aujourd'hui, entre Ennahdha et Nidaa Tounes, nous sommes pris entre le marteau et l'enclume. Cependant, il est bon que les acquis fondamentaux du pays soient préservés, mais le chemin est encore très long, et il y a lieu d'être optimiste pour mieux résister », explique le réalisateur Walid Tayaa. 

Qu'en pensent les abstentionnistes ?

Le 23 octobre 2011, sur 7,546 millions d'électeurs, seulement 3,702 millions se sont rendus aux urnes. Avec un taux d'abstention de près de 50 %, la faible représentativité de l'Assemblée l'a handicapée dans son travail. Chez les abstentionnistes, peu de regrets : « Je n'ai pas voté, je l'assume. Les propositions politiques n'étaient pas satisfaisantes. J'ai encore moins de regrets aujourd'hui. L'Assemblée nationale constituante nous renvoie une image pitoyable. Ma crainte est que dans l'avenir également nous n'ayons pas de choix et qu'il faille voter par défaut », résume Anissa, une doctorante en droit. F.D.

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