Extension Factory Builder
18/10/2012 à 15:56
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Un conteur atypique aux films politiquement incorrects. Un conteur atypique aux films politiquement incorrects. © J.A

Alors que "La Pirogue", saluée à Cannes, sort sur les écrans français, le cinéaste sénégalais sait qu'il n'a pas le droit de décevoir.

Seul Africain du sud du Sahara sélectionné pour présenter un film au dernier festival de Cannes, on pouvait imaginer Moussa Touré comblé par cet honneur. Lorsqu'on l'avait rencontré à la veille de la projection de La Pirogue, majestueux dans son boubou blanc, avec sur la tête son éternelle coiffe colorée, il nous avait surtout paru angoissé par le jugement des professionnels du septième art. Le « verdict » fut très favorable. Pourtant, ce faux décontracté raconte aujourd'hui de sa voix douce que ce n'est pas pendant mais après son séjour sur la Croisette que « la pression » a atteint son maximum. Même s'il a déjà une longue carrière derrière lui, il lui faut désormais « être plus exigeant encore » pour ne pas décevoir.

C'est tout jeune, alors qu'il vivait dans la médina de Dakar, que Moussa Touré est tombé dans le cinéma. Ses parents étaient d'incorrigibles cinéphiles. Et c'est tout naturellement que sa mère le présenta, encore adolescent, à l'une de ses connaissances, le cinéaste sénégalais Johnson Traoré (décédé en 2010), auteur de films engagés. Lequel laissa le très curieux Moussa passer du temps à observer comment se passait un tournage, avant de l'autoriser à s'occuper du matériel. Sa famille subitement ruinée, Touré quitte définitivement les études à l'âge de 14 ans pour gagner sa vie sur les plateaux de cinéma. Il choisit de devenir « machino-électro », car il peut ainsi participer au plus près à la fabrication des films et, surtout, accompagner le jeu des acteurs « entre ombre et lumière ». Lui, l'éclairagiste atypique qui lit les scénarios, se fait vite remarquer pour ses interventions tous azimuts derrière la caméra. D'où, rapidement, une réputation d'assistant hors pair qui lui permet de travailler avec les plus grands. Le Sénégalais Sembène Ousmane (décédé en 2007), le Burkinabè Gaston Kaboré, le Bissau-Guinéen Flora Gomes. Plus tard, il en sera de même avec les réalisateurs français François Truffaut et Bertrand Tavernier.

Risques

Refusant, à l'inverse de tant d'autres de ses collègues, d'aller se perfectionner à Moscou - l'URSS, le « pays de l'espionnage », ne l'attire pas -, il a profité d'une bourse gouvernementale pour passer un an dans les laboratoires Éclair, à Paris. C'est là, d'ailleurs, qu'il va entamer une carrière de réalisateur. Pendant son séjour, il a en effet écrit un scénario quelque peu autobiographique - le regard sur l'Hexagone d'un Sénégalais - pour lequel il a obtenu une avance sur recettes. Ce qui lui a permis de tourner Toubab Bi et de récolter au passage quelques commentaires élogieux : un critique le compare même à Jacques Tati ! Il tournera ensuite, avec l'aide de l'acteur français Bernard Giraudeau, TGV, un long-métrage évoquant avec humour un voyage épique entre Dakar et Conakry dans un taxi-brousse.

Arrive bientôt l'ère du numérique, qui lui permet de tourner avec de tout petits budgets une série de documentaires très remarqués : les femmes violées lors de la guerre civile au Congo-Brazzaville (Nous sommes nombreuses), la polygamie au Sénégal (5x5), la vie des immigrés en Catalogne (Nosaltres, « nous autres » en catalan). Point commun de tous ces films très politiquement incorrects : l'attention portée par le réalisateur aux personnes qu'il filme, le respect absolu qu'il leur manifeste. Pour son retour à la fiction avec La Pirogue, sur les écrans français le 17 octobre, il fait preuve de cette même empathie envers « ses » personnages - des hommes qui veulent à tout prix rejoindre l'Europe par la mer en prenant des risques insensés -, qui, du coup, crèvent l'écran. Ses projets déjà bien avancés - deux documentaires et un film de fiction - verront sans doute ce conteur peu banal privilégier encore une approche humaniste et caustique de la réalité.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Sénégal

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Un peu partout dans le monde, les musulmans ont commencé à fêter l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du mois sacré de ramadan. Si certains ont débuté les festivités lun[...]

Mohamed Talbi : "L'islam est né laïc"

L'auteur tunisien de "Ma religion c'est la liberté" n'en démord pas : le Coran est porteur de modernité et de rationalité, mais son message a été altéré par[...]

Le Sénégal lève 500 millions de dollars sur les marchés internationaux

Le Sénégal a levé 500 millions de dollars sur les marchés internationaux. L'eurobond, d'une maturité de dix ans, a été émis à un taux de 6,25 % et a attiré un[...]

Drague : le bal des faux-culs

Ils sont discrets, rembourrés et très à la mode en Afrique de l'Ouest... Zoom sur ces collants qui permettent aux femmes d'afficher de jolies fesses rebondies à moindre prix.[...]

Sculpture : Diadji Diop, la vie en rouge

Aussi discret que ses sculptures sont remarquables, cet artiste d'origine sénégalaise s'est fait repérer... dans les jardins de l'Élysée ![...]

OIF : qui veut être sur le ticket de Michaëlle Jean ?

Le Canada met toutes les chances de son côté dans sa course à l'OIF. Comme proposer un deal à certains États membres de l'OIF pour les convaincre de voter pour Michaëlle Jean.[...]

Sénégal : Mahammed Dionne, le premier de la classe

Chargé jusque-là du Plan Sénégal émergent, ce fidèle de Macky Sall succède à Aminata Touré à la tête du gouvernement. Plus consensuel, il devrait[...]

Sénégal : Khalifa Sall, un destin présidentiel ?

Avec une victoire écrasante à Dakar, le destin présidentiel du socialiste Khalifa Sall se précise...[...]

Sénégal : carton jaune pour Macky Sall

Réduction de la durée du mandat présidentiel, pouvoir d'achat, couverture sociale... Le président sénégalais, Macky Sall, élu il y a plus de deux ans, n'a pas encore tenu[...]

Expatriés : les villes africaines toujours plus chères !

Les classements 2014 des cabinets Mercer et ECA International montrent que les villes africaines sont toujours plus chères pour les expatriés. En cause : une dépendance forte vis-à-vis des importations[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers