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17/10/2012 à 09:46
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Le nouveau président, avec Jean-Marc Ayrault, son Premier ministre, le 14 juillet dernier. Le nouveau président, avec Jean-Marc Ayrault, son Premier ministre, le 14 juillet dernier. © Witt/Sipa

Cinq mois après son élection, l'euphorie est retombée. Marquée par trop d'incohérences et de cafouillages, la politique de François Hollande passe mal dans l'opinion. Son image de "président normal", en revanche, reste bonne.

Il aura suffi d'un emblème astucieux - « les pigeons » -, d'une menace de « jacquerie » historique et des moyens sans limites d'internet pour que des milliers de dirigeants de start-up obligent le gouvernement à revenir sur une des mesures « symboliques » du budget : la majoration de la taxe sur les plus-values en cas de revente de leurs sociétés. « Nous ne voulions que taxer la rente, et non le risque », se défend Pierre Moscovici, le ministre des Finances. Mais qui voudra prendre des risques à l'avenir si une fiscalité confiscatoire sanctionne la réussite en s'appropriant jusqu'aux deux tiers de la rente ?

Le gouvernement était d'autant moins incité à la résistance que d'inquiétants sondages arrivaient en rafales. Après deux mois de chute que ni les plaidoyers télévisés ni les tardives consignes d'accélération des réformes n'avaient pu enrayer, le président et le Premier ministre sont passés pour la première fois sous la barre des 50 % d'opinions favorables, avec 52 % de mécontents. Comparaison est parfois raison : il était à craindre qu'après cinq années de gouvernance sarkozienne pied au plancher le nouveau pouvoir donne l'impression de piloter au ralenti.

"Socialisme de réalité"

Tout se passe comme si François Hollande était la victime inattendue du slogan qui l'a fait élire : « Le changement, c'est maintenant. » Dans l'impatience de leurs attentes, exacerbées chaque jour par de nouvelles épreuves, les Français ont entendu, ou voulu entendre, que « maintenant » c'était tout de suite, alors qu'il fallait comprendre : c'est à partir de maintenant. Il aurait fallu expliquer à l'opinion que la concertation généralisée dont Jean-Marc Ayrault fait la « marque de fabrique » de son équipe aurait un effet inévitablement ralentisseur. Il aurait fallu surtout renoncer aux fausses précautions verbales qui répudiaient l'austérité et la rigueur pour leur préférer un mol éloge de l'effort, sans que l'opinion soit dupe.

Après avoir nommé Raymond Barre à Matignon, Valéry Giscard d'Estaing confiait qu'en voyant l'immensité de la tâche à accomplir il s'étonnait avec un peu d'angoisse « qu'on puisse trouver des hommes et des femmes pour tenter de redresser la situation ». C'est encore pire, sans doute, avec la nouvelle équipe représentante d'une nouvelle gauche déterminée à appliquer ce nouveau « socialisme de la réalité » dont Hollande revendique la doctrine et qu'Ayrault est chargé de légitimer par la pratique - d'où les cafouillages, incohérences et manifestations d'amateurisme qui ont marqué les débuts de son pouvoir.

Sujets qui fâchent

Les Français ont néanmoins approuvé à plus de 60 % les premières mesures « emblématiques » du gouvernement, et semblent même avoir accepté qu'il n'ajoute pas aux tensions de la crise les affrontements sur les sujets qui fâchent, par exemple le non-cumul des mandats, dont les électeurs approuvent le principe dans les sondages mais rejettent l'application dans leur circonscription.

Face au conflit autrement grave du traité budgétaire européen, le Premier ministre a évité une crise majeure au prix d'un compromis discrètement approuvé par l'Élysée : « Pas de pressions mais beaucoup de discussions. » Le traité est maintenu en l'état, malgré l'engagement répété par François Hollande tout au long de sa campagne de ne pas le signer s'il n'était renégocié sur la base de deux exigences qui, elles, n'étaient pas négociables : la création d'euro-obligations pour mutualiser les dettes européennes et d'un fonds de secours « à même de neutraliser les marchés ». Ces tout-­puissants marchés « ne feront pas la loi en France », affirmait avec des accents gaulliens le candidat socialiste, dénonçant un capitalisme « qui a pris le contrôle sur l'économie, la société et jusque sur nos vies ». De Gaulle assurait déjà : « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille. » Mais la France a appris depuis qu'elle peut s'y défaire quand un pays vit à crédit depuis près de quarante ans et doit, à chaque heure qui passe, « souveraineté nationale » ou pas, emprunter 22 millions d'euros et payer 6 millions d'intérêts.

Quand les sondeurs demandent si l’opposition ferait mieux que la gauche, la réponse est à 60% négative.

Angela Merkel a refusé les euro-obligations. Quant au fonds de secours baptisé « pacte de croissance » pour ménager la revendication française et tous les espoirs qu'elle avait suscités en Europe et dans le monde, il ne fera que regrouper des aides déjà programmées. Et ne suffira pas dans une économie en berne à concilier la réduction des déficits avec le soutien de la croissance. La France se voit ainsi contrainte d'entrer à son tour dans l'enchaînement des cercles vicieux dont son président avait eu l'ambition de faire sortir l'Europe. Hollande aura du moins sauvé la face et sa majorité. Les jusqu'au-boutistes de la dissidence socialiste, y compris les deux ministres représentants des Verts, se sont vu autoriser à s'abstenir sur le traité à condition de voter dans la foulée la loi de finances qui l'entérine et qui devra l'appliquer, avec la « règle d'or » et ses dévolutions de souveraineté. Pour le « socialisme de la réalité », il n'y avait cette fois pas d'autre choix que de coller à l'intransigeante Allemagne. La merveilleuse souplesse de la langue française aidant, la ministre porte-parole a pu conclure : « L'unité n'est pas l'unanimité. »

Matraquage

Le gouvernement aura bien besoin de cet avantageux concept pour faire passer son budget à l'Assemblée. Un budget qui, derrière une façade d'égalitarisme dans la répartition des sacrifices, additionne là encore les contradictions : si le matraquage fiscal vise principalement les plus riches et les foyers aisés, il frappera bel et bien, de l'avis de tous les experts, l'ensemble des classes moyennes malgré l'imprudente obstination de Moscovici à soutenir que neuf contribuables sur dix « seront épargnés », voire « gagnants ». Un budget qui limite à 10 milliards d'euros les économies, jugées plus dangereuses que les hausses d'impôts pour la consommation et donc la relance, alors que la Cour des comptes réclamait 33 milliards de réduction des dépenses publiques, et que le député socialiste René Dosière, spécialiste de la chasse au gaspillage, en a déjà trouvé 15 à regagner sur les crédits de l'État et les dépenses exponentielles des collectivités locales. Un budget enfin qui, en contradiction avec les objectifs de compétitivité, alourdit les charges des entreprises et le coût du travail au risque d'aggraver la désindustrialisation et le chômage.

À bien observer les sondages, on n'y trouve cependant pas que désaveu et désenchantement. Les bonnes opinions sur la personne de François Hollande équilibrent encore les mauvaises sur son action - il est vrai que cette désaffection s'étend à l'ensemble de la classe politique. La Sarko-nostalgie est mise à la mode par la compétition Copé-Fillon pour la présidence de l'UMP, mais quand les sondeurs demandent si l'opposition ferait mieux que la gauche, la réponse est à 60 % négative. Le chef de l'État garde une « image positive », constatent plusieurs politologues. Son capital de sympathie n'est pas gravement entamé, même si beaucoup de ses partisans lui voudraient plus d'allant et d'allure. Il a su imposer son personnage de président normal, dans ses manières comme dans ses fonctions.

Insensible, sinon indifférent, aux fluctuations des cotes de confiance, il accepte d'assumer une impopularité à laquelle il s'attendait et a eu le temps de se préparer. Bien avant qu'il ne soit candidat à la primaire, il mettait en garde le PS contre « l'idée dangereuse et même pernicieuse que la gauche pouvait tout changer en deux ou trois ans », car cette illusion, expliquait-il, « appelle forcément un dénouement brutal ».

Il se donne aujourd'hui deux ans pour conjurer ce dénouement et être jugé aux seuls résultats de son « agenda du redressement ». Une vision que l'opposition n'est pas seule à juger optimiste. Devancée jusqu'en 2000 par la France, l'Allemagne en a mis dix pour faire de son modèle la référence de toute l'Europe.

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