Déjà payés plus de 7 000 dollars par mois, les élus congolais réclament un doublement de leur salaire. Le gouvernement fait la sourde oreille.
En RDC, les députés n'ont pas eu plus de chance que leurs collègues kényans. Le 10 octobre, à Nairobi, le président Mwai Kibaki a refusé tout net d'octroyer aux parlementaires un bonus exceptionnel de 105 000 dollars (81 000 euros) chacun. Les élus (parmi les mieux payés en Afrique) ont eu beau protester, ils devront « se contenter » de leurs 10 000 dollars mensuels. Pas d'augmentation non plus pour les « honorables » congolais, qui espéraient au moins un doublement de leur salaire. Début octobre, ils ont même envisagé d'interpeller le Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, en pleine séance à l'Assemblée, avant que des tractations en haut lieu ne fassent taire les récriminations.
Fin de non-recevoir
Que voulaient les députés congolais ? Le précédent gouvernement avait, pour des raisons budgétaires, décidé de réduire le train de vie jugé élevé des institutions du pays. Les élus, dont les émoluments s'élevaient à près de 6 000 dollars mensuels, se sont retrouvés avec 4 250 dollars. Après le changement de gouvernement d'avril, ils ont sollicité auprès du nouveau Premier ministre une revalorisation qui les placerait au même niveau que les sénateurs, dont les revenus mensuels atteignent, selon eux, les 13 000 dollars. Matata Ponyo leur a opposé une fin de non-recevoir.
Mais sont-ils vraiment mal payés ? Aux 4 250 dollars mensuels s'ajoutent 3 000 dollars destinés à couvrir leurs frais de transport, de communications, et la rémunération du secrétaire parlementaire. Les présidents et vice-présidents des commissions parlementaires perçoivent en plus 2 000 dollars. Les membres de la commission économique et financière bénéficient également de frais d'hébergement pour la période durant laquelle ils examinent le budget de l'État.
Classe éco
Les élus estiment pourtant qu'ils sont mal payés parce que, lorsqu'ils regagnent leur fief, ils sont obligés de redistribuer à leurs électeurs ce qu'ils ont gagné. « La crise est profonde dans l'arrière-pays, se lamente un député de la majorité. Il n'y a pas d'emplois et les gens pensent que nous sommes les représentants du gouvernement et nous demandent de satisfaire tous leurs besoins. Nous ne pouvons pas nous dérober. » Les députés sont convaincus que les sénateurs sont les mieux lotis et rappellent qu'en mission ils voyagent en classe économique, alors que les sénateurs sont en classe affaires. « Léon Kengo wa Dondo [le président du Sénat, NDLR], grâce à son budget de fonctionnement, a mis en place une organisation qui permet aux sénateurs de bénéficier de bonus et d'augmenter leurs revenus. Ce n'est pas le cas à l'Assemblée nationale », relève un député de l'opposition. Il est vrai qu'il n'y a qu'une centaine de sénateurs, contre cinq cents députés. Toutefois, le gouvernement reste ferme. « Si les émoluments des députés étaient revus à la hausse, le budget de fonctionnement de l'Assemblée serait supérieur à celui du ministère de la Défense », indique un observateur.
À titre de comparaison, un membre du Congrès américain est payé 14 500 dollars ; un député du Congo-Brazzaville touche 3 950 dollars, contre 2 000 dollars pour son confrère de Bujumbura. Ce qui n'empêche pas un élu du Bas-Congo (Ouest) d'affirmer que « 70 % des députés ne sont pas rentrés dans leurs fiefs lors des vacances parlementaires par peur de n'avoir rien à distribuer ».

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