Extension Factory Builder
23/10/2012 à 14:52
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Casimir Oyé Mba, au siège de Jeune Afrique, le 9 octobre. Casimir Oyé Mba, au siège de Jeune Afrique, le 9 octobre. © Vincent Fournier/J.A.

Casimir Oyé Mba est un ancien Premier ministre gabonais, passé à l'opposition sous la bannière de l'Union nationale, aujourd'hui dissoute, il réclame la tenue d'une conférence nationale.

Il a 70 ans et, toujours, la passion de la politique. Ancien Premier ministre, vice-président de l'Union nationale, la coalition de l'opposition dissoute en janvier 2011, Casimir Oyé Mba s'est retiré de la course à la présidentielle à la veille du scrutin de 2009, mais peine toujours à reconnaître la légitimité du président Bongo. Son nouveau cheval de bataille ? La tenue d'une conférence nationale pour, dit-il, réconcilier les Gabonais. De passage à Paris à l'occasion du quarantième anniversaire de la zone franc, il s'est entretenu avec Jeune Afrique.

Jeune Afrique : L'opposition réclame la tenue d'une conférence nationale. Est-ce vraiment nécessaire ?

Casimir Oyé Mba : Oui, parce que la présidentielle de 2009 n'a pas été transparente. Ali Bongo Ondimba a été déclaré vainqueur, c'est vrai. Il a la légalité pour lui. Mais il a un problème de légitimité et n'a pas le soutien de tous les Gabonais. Donc appelez cela comme vous voulez : dialogue, conférence... L'important, c'est que l'on se parle, les yeux dans les yeux.

Pourquoi l'opposition ne reconnaît-elle pas la légitimité du chef de l'État ?

Parce qu'il a été mal élu. Et pourquoi Ali Bongo Ondimba attend-il de nous une reconnaissance formelle ? S'il souhaite une allégeance, il ne l'obtiendra pas.

Le 12 septembre dernier, il a dit qu'il ne dialoguerait pas avec les opposants qui prônent la violence...

Aucun leader de l'Union nationale [UN, NDLR] n'a jamais appelé à la violence ni au repli identitaire. Le président et ses partisans essaient de nous faire passer pour des tribalistes fangs. D'ailleurs, toute une partie de la classe politique essaie d'opposer les Gabonais en instrumentalisant les différences ethniques.

Au sommet de l'État, on estime que le vrai but d'une conférence nationale serait d'évincer le président. Ces craintes sont-elles fondées ?

Pas du tout. Ce que nous voulons, c'est la limitation du nombre des mandats, des élections à deux tours, et que d'autres avancées démocratiques supprimées par Omar Bongo Ondimba soient réinstaurées.

Ce que vous espérez, au fond, n'est-ce pas revenir aux affaires ?

On nous présente comme des aigris, des affamés qui veulent s'inviter au banquet. Je ne considère pas le Gabon comme un gâteau. Je le considère comme une exigence, une ambition. Laisser penser que l'exercice des responsabilités est un partage de prébendes n'est pas valorisant pour la politique.

Si le président Ali Bongo Ondimba souhaite une allégeance, il ne l’obtiendra pas.

Vous affirmez que le pays est mal gouverné. Sur quoi vous fondez-vous ?

La Cour des comptes, qui est pourtant présidée par un pilier du régime, a refusé de signer la déclaration de conformité qui permet d'établir la loi de règlement. C'est grave, car cela veut dire que l'exécution budgétaire n'a pas été conforme à ce que prévoyait la loi de finances.

Vous avez longtemps été membre du gouvernement. Vous n'incarnez pas vraiment ce renouvellement de la classe politique auquel aspire une large partie de l'opinion...

Ali Bongo Ondimba a été ministre au gouvernement pendant plus de quinze ans. Pourquoi serait-il un homme neuf et pas moi ?

Certains espèrent aussi la fin de la répartition des postes en fonction de la région d'origine...

Cette pratique n'était pas si mauvaise. À l'origine, elle visait à éviter qu'une personne accède au pouvoir et le gère pour le bénéfice exclusif de son ethnie. Cela a marché, mais il y a eu des excès : un Fang n'a jamais été ministre des Finances ni ambassadeur à Paris ou à Washington !

Que pensez-vous de la décision d'accorder plus de place à la langue anglaise ?

Je n'ai aucun problème avec l'anglais. J'ai toujours encouragé mes propres enfants à maîtriser cette langue, car je suis conscient de sa domination dans le monde. Seulement, il ne faut pas oublier que la Constitution fait du français la seule langue officielle du Gabon. De plus, les instituteurs sont-ils préparés à répondre à la nouvelle ambition du président ? Et était-il utile de faire cette déclaration à la veille du sommet de la Francophonie ?

_______

Propos recueillis par Georges Dougueli

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Gabon

Gabon : pourquoi le pouvoir et l'opposition ne s'entendront pas

Gabon : pourquoi le pouvoir et l'opposition ne s'entendront pas

Entre l'opposition et le pouvoir gabonais, depuis les violences de 2009, la situation n'avait jamais été aussi tendue. Alors qu'une manifestation a dégénéré samedi à Libreville, fai[...]

Classement 2014 : Algérie, Tunisie et Sénégal au sommet des sélections africaines de foot

Après l’Égypte (2010), la Côte d’Ivoire (2011), la Zambie (2012) et le Nigeria (2013), l’Algérie, huitième de finaliste de la Coupe du monde et facilement qualifiée pour[...]

Gabon : trois morts dans une manifestation à Libreville, selon l'opposition

Trois personnes ont été tuées samedi dans Libreville et de nombreuses autres blessées au cours d'une manifestation contre le pouvoir du président Ali Bongo Ondimba, a affirmé[...]

Gabon : un étudiant tué lors d'une manifestation interdite de l'opposition

Un étudiant gabonais a été tué samedi au cours d'une manifestation interdite de l'opposition réclamant le départ du président Ali Bongo Ondimba, qui a donné lieu à[...]

Internet : Bouteflika, Kabila, Bongo... Noms de domaines en solde !

Alibongo.com, josephkabila.com, abdelazizbouteflika.com… Des noms de domaine de premier niveau (les .com) de certains chefs d'État africains qui n'ont pas eu la diligence de les réserver à temps sont en[...]

Médias : Télésud dans le rouge

La petite chaîne de télévision panafricaine Télésud connaît une fin d'année délicate. Ses finances sont dans le rouge en raison de l'arrêt, depuis neuf mois, du[...]

CAN 2015 : calendrier des matchs, groupes et résultats

La Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2015 débute le 17 janvier. Consultez le calendrier complet et les résultats des matchs de la compétition qui s'achèvera le 8 février en Guinée[...]

Préparation à la CAN 2015 : Ghana, Mali, Côte d'Ivoire... tous à Abou Dhabi !

Alors que le tirage au sort de la phase finale de la CAN 2015 (17 janvier-8 février) a eu lieu le 3 décembre au soir à Malabo (Guinée Équatoriale), les seize qualifiés ont pour la[...]

Fiscalité : Patrick Pouyanné réconcilie Total avec le Gabon

 De passage à Libreville, le nouveau directeur général de Total, Patrick Pouyanné, a rencontré le président Ali Bongo Ondimba. Une entrevue qui a permis de régler[...]

Marathon du Gabon : victoires de l'Éthiopien Zeleke et de la Kényane Kigen

Le marathon du Gagbon 2014 s'est achevé dimanche. Dernière épreuve des sept courses au programme, le marathon a été remporté par l’Éthiopien Wosen Zeleke chez les hommes et[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers