L’ancien président du Conseil italien a été préféré au Ghanéen Ibn Chambas, notamment.
© Philippe Lopez/AFP
Nommé de façon assez inattendue envoyé spécial pour le Sahel auprès de Ban Ki-moon, Romano Prodi est parvenu à devancer une rude concurrence. Contrairement aux idées reçues, l’Italien n’effectue pas à l’occasion ses premiers pas sur le continent africain.
Les Ouest-Africains avaient une préférence pour le Ghanéen Mohamed Ibn Chambas. Les Algériens lui préféraient leur compatriote Saïd Djinnit. Le nom du Gabonais Jean Ping, l'ex-président de la Commission de l'Union africaine (UA), avait même été évoqué... Mais Ban Ki-moon a finalement tranché, le 9 octobre, et fait de Romano Prodi, l'ex-président du Conseil italien, son envoyé spécial pour le Sahel.
Ce choix ne doit rien au hasard. Dans le passé, Ban Ki-moon a déjà confié à Prodi une mission de réflexion sur la prévention des conflits en Afrique. Prodi a dirigé un groupe d'experts de l'UA et de l'ONU qui a rendu un rapport sur le sujet en 2009. Mais sur quels soutiens Prodi a-t-il pu compter ? Le 25 septembre, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, Ban Ki-moon a eu un tête-à-tête avec Mario Monti, l'actuel président du Conseil italien. Il a également bénéficié du travail discret de son ami Andrea Riccardi, ministre italien de la Coopération internationale et fondateur de la communauté de Sant'Egidio, très puissante en Afrique. Riccardi s'est entretenu avec Blaise Compaoré, le 1er octobre à Milan, en marge d'un séminaire sur la coopération italienne auquel le président burkinabè était invité. L'affaire était donc en bonne voie. Il ne restait plus qu'à convaincre les autres voisins du Mali - tâche à laquelle Ban Ki-moon s'est attelé en appelant un à un tous les chefs d'État de la région, le 5 octobre. L'Algérie a bien accueilli la proposition. Prodi est une vieille connaissance du président Bouteflika. Dans les années 1990, l'Italien a soutenu les pourparlers de paix initiés par Sant'Egidio en Algérie. Il est aussi à l'origine des accords pétroliers et gaziers qui assurent encore aujourd'hui une bonne partie des approvisionnements italiens.
À 73 ans, ce démocrate de gauche aura fort à faire au Sahel. Traditionnellement hostile à la guerre, il devra composer entre les partisans d'une intervention militaire au Mali et ceux du dialogue. « Il est difficilement influençable, commente un de ses proches. Il va reprendre tout le processus de zéro et essayer de bâtir un consensus. »

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