Extension Factory Builder
17/10/2012 à 12:15
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Manifestation de soutien, le 10 octobre, à Lahore, dans le nord-est du pays. Manifestation de soutien, le 10 octobre, à Lahore, dans le nord-est du pays. © Sipa

Au Pakistan, des talibans ont ouvert le feu sur la toute jeune militante féministe Malala Yousafzai, la laissant pour morte dans un bus scolaire. Un crime qui a provoqué un électrochoc au sein de la population.

C'est l'histoire d'une jeune fille de 14 ans qui a fait peur à de grands gaillards, plus forts, plus « vertueux »... et bien sûr plus nombreux. Si bien qu'ils ont décidé de l'éliminer, purement et simplement. Et comme leur courage n'a d'égal que leur finesse, ils ont choisi en plus d'y mettre la manière.

À Mingora, la plus grande ville de la vallée de Swat, dans le nord du Pakistan, Malala Yousafzai se trouvait, ce 9 octobre, dans le bus scolaire qui la ramenait chez elle. Deux hommes armés sont montés à bord. L'un deux a demandé : « Qui est Malala Yousafzai ? » Après avoir identifié leur cible, ils lui ont tiré une balle en pleine tête et une autre dans l'épaule. L'adolescente est laissée pour morte, tandis que deux de ses camarades sont blessées. Quelques heures après, le Mouvement des talibans du Pakistan revendique l'attaque, affirmant dans un communiqué qu'il « ne croit pas aux attaques envers les femmes, mais [que] quiconque dirige une campagne contre l'islam et la charia doit être tué ».

Symbole

« L'attaque de Malala Yousafzai a choqué un Pakistan "inchoquable" » étant donné « la fréquence des attentats à la bombe et des meurtres ciblés », écrit Samira Shackle, journaliste basée à Karachi. À son annonce, l'attaque a en effet suscité une vague d'émotion dans le pays. Les condamnations ont afflué - de l'étranger aussi, bien sûr - et des rassemblements de soutien ont été organisés. Comme si le nom de cette jeune fille, Yousafzai, qui signifie « éprouvée par le chagrin » en ourdou, avait soudainement pris sens auprès d'une majorité de Pakistanais.

Un symbole, voilà ce qu'est devenue Malala. Le mot est fort, mais pesé. Il est surtout incontournable à l'évocation de son parcours. En 2009, âgée alors de 11 ans, Malala Yousafzai vit déjà à Mingora, région aux mains des talibans depuis deux ans. À son niveau, celui d'une petite fille qui va simplement à l'école, et à sa façon, celle d'une enfant née avec internet, elle décide de dénoncer l'obsession des talibans à interdire l'instruction aux femmes - ils ont détruit plus de 200 écoles pour filles. Sur son blog, « Journal d'une écolière pakistanaise », publié sur la version en ourdou du site de la BBC, elle s'engage dans un combat idéologique contre des ennemis qui ne tardent pas à la menacer.

Miracle

Poussée à l'exil avec sa famille, elle ne rentre chez elle qu'après la défaite des talibans face à l'armée pakistanaise, au milieu de l'année 2009. Dès lors, elle milite pour la cause féminine dans son ensemble. Plateaux télé, rencontres, interventions publiques... La jeune fille se lance dans une véritable campagne. Sa notoriété grandit, traverse les frontières. En 2011, elle reçoit le Prix national pour la paix, décerné par le gouvernement pakistanais. « Je pense que mon peuple a besoin de moi et que je dois élever ma voix. J'ai des droits. J'ai le droit à une éducation, j'ai le droit de m'amuser, de chanter, d'aller au marché. J'ai le droit de m'exprimer », déclare-t-elle dans une interview à la chaîne américaine CNN, fin 2011.

C'est ce qu'elle a fait, avec bravoure, avant d'être sauvagement réduite au silence le 9 octobre. Impossible pour le moment de savoir jusqu'à quand, car l'état de la jeune fille, qui a miraculeusement survécu et a été hospitalisée en Grande-Bretagne, est toujours critique. Les talibans, eux, ont promis de recommencer « si jamais elle survivait ».

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Une histoire du génocide rwandais (#4) : les écoutes bidons et le mythe de la guerre éclair du FPR

Une histoire du génocide rwandais (#4) : les écoutes bidons et le mythe de la guerre éclair du FPR

Dans ce quatrième billet consacré au déclenchement du génocide des Tutsis de 1994, Laurent Touchard* poursuit l'analyse des éléments brandis par les ex-partisans des Forces armées r[...]

Mali : le Mujao annonce la mort de l'otage français Gilberto Rodrigues Leal

Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) a annoncé mardi la mort du Français Gilberto Rodrigues Leal, enlevé en novembre 2012 dans l'ouest du Mali. [...]

Inde : qui brisera la vague safran ?

Personne, sans doute. Face à un parti du Congrès à bout de souffle, les nationalistes hindous du BJP, qui ont choisi cette couleur pour emblème, ont toutes les chances de remporter les[...]

Le propos raciste qui fait du bien

Peut-on utiliser les clichés pour mieux les dynamiter ? Des étudiants français répètent les saillies caractéristiques du racisme ordinaire pour en souligner[...]

Justice : après Simbikangwa, qui ?

Patrick Baudouin est président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH).[...]

Birmanie: Win Tin, figure de la lutte pour la démocratie, est décédé

Win Tin, emprisonné pendant 19 ans pour son combat contre l'ancienne junte birmane, est décédé lundi à l'âge de 84 ans, a indiqué la Ligue nationale pour la démocratie[...]

Les quatre journalistes otages en Syrie sont de retour en France

Libérés le 19 avril, les quatre journalistes qui avaient été faits otages en Syrie dix mois auparavant ont regagné la France dimanche. Ils ont décrit des conditions de détention[...]

France : François Hollande accueille les quatre journalistes libérés en Syrie

Les quatre journalistes français libérés samedi après dix mois d'une éprouvante captivité en Syrie aux mains d'un groupe jihadiste lié à Al-Qaïda, sont arrivés en[...]

Les quatre journalistes français otages en Syrie sont libres, retour d'ici dimanche matin

Les quatre journalistes français otages en Syrie depuis 10 mois ont été libérés samedi et sont "en bonne santé", a annoncé le président François Hollande,[...]

Chine : le baiser du Dragon

De Taïwan à Hong Kong et de Bangkok à Jakarta, la République populaire de Chine étend les tentacules de son économie surpuissante. Beaucoup lui reprochent d'avoir l'affection un brin[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces