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10/10/2012 à 09:14
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Née à Aubergenville dans les Yvelines, Leïla Kaddour-Boudadi est une petite-fille de harkis. Née à Aubergenville dans les Yvelines, Leïla Kaddour-Boudadi est une petite-fille de harkis. © Pascal Bastien pour J.A.

Férue de lettres, Leïla Kaddour-Boudadi, présentatrice du journal télévisé d'Arte, a débuté comme enseignante avant de céder à ses premières amours et de se consacrer au journalisme.

De sa première vie, celle d'une professeure de français et de lettres classiques à Poitiers, Leïla Kaddour-Boudadi a gardé un amour inconditionnel pour la transmission du savoir. Qu'importe le sujet, la journaliste-présentatrice met un point d'honneur à exprimer clairement sa pensée et à délivrer un message parfaitement compréhensible. « J'ai toujours aimé le monde des lettres, dit-elle. C'était quelque chose de très important au sein de ma famille. J'ai été élevée avec un fort désir d'intégration et d'excellence. » Née en 1980 à Aubergenville dans les Yvelines, petite-fille de harkis débarqués en France en 1962, Leïla Kaddour-Boudadi n'a cessé, tout au long de sa scolarité puis de son ascension professionnelle, de rendre hommage à l'école républicaine, « la seule divinité qu'on adore et respecte à la maison ». « Devenir prof était un moyen de restituer ce qu'on m'avait appris et de faire honneur à mes parents. J'étais heureuse d'enseigner, je me sentais utile et cette notion fondamentale a toujours guidé mes choix. »

Comme celui, après six années d'enseignement, de reprendre à l'âge de 28 ans le chemin de l'école. Car après avoir passé pendant des années les vacances scolaires à arpenter les rédactions télé, radio et presse écrite en tant que simple stagiaire, de RFI à Marianne, de France 3 à la presse locale et institutionnelle, la jeune femme tranche : elle se donne trois ans pour percer dans le journalisme, le temps de mise en disponibilité accordé par l'Éducation nationale aux fonctionnaires désireux d'explorer de nouvelles voies. « Je ne voulais pas me réveiller à 45 ans avec des regrets. Je me suis dit : essayons, sachant que j'avais la possibilité de retrouver mon poste en cas d'échec. » Ce parachute lui donne aussi la liberté de refuser les compromis. Après une année spéciale à l'école publique de journalisme de Tours, elle démarre dans le web chez afrik.com, un site d'actualité panafricaine qui lui apprend la rigueur. Puis elle est contactée pour participer à l'émission Direct chez vous, sur France 3. Reportages, portraits, présentation, Leïla Kaddour-Boudadi apprivoise la caméra. Elle embraie ensuite sur Paris Première dans Ça balance à Paris, un programme auquel elle collabore toujours : « Une vraie récréation pour moi. »

Anticiper, avoir un coup d'avance - « une petite fenêtre en vue », selon ses mots - lui permet de s'assurer toujours d'autres perspectives. Trentenaire hyper­active, elle multiplie les expériences en télévision, devenue son mode d'expression par occasion plus que par choix. « J'ai toujours voulu faire du documentaire, du long reportage en phase avec mon profil universitaire, prendre le temps de fouiller et de raconter les choses... Je me voyais davantage derrière la caméra que devant. J'ai d'ailleurs un sujet tout trouvé : l'école ! » Mais c'est pourtant chez i>Télé, aux manettes du journal télévisé du week-end, dans un rythme de hot news impitoyable qu'on la retrouve ensuite pour une saison. Une année sportive et épuisante, formatrice mais presque violente. Elle apprend à assumer son image, et la femme-tronc d'i>Télé se mue peu à peu en présentatrice du journal d'Arte, en pied, une semaine sur deux. C'est là, à Strasbourg, qu'elle officie depuis début 2012, au terme d'une progression aussi fulgurante que méritée. « C'est un beau rendez-vous, une manière de faire de l'information qui me ressemble, j'y retrouve cette notion d'utilité qui m'était chère dans l'enseignement. » Ce qui la séduit aussi, c'est la dimension internationale de l'actualité délivrée par la chaîne, la rédaction binationale qui oeuvre à ses côtés et le souci de rompre avec l'ethno­centrisme de rigueur dans les journaux nationaux européens. « Je suis médusée de voir le peu de temps accordé à l'international. L'Afrique, par exemple : un continent immense dont on ne parle pas, ou alors quand il s'y passe quelque chose de vraiment grave. »

La « veine Afrique » découverte chez RFI, explorée chez afrik.com et qui depuis ne l'a manifestement pas quittée, inspire une question : cette intello du PAF qui a écrit sur les « médias monochromes » et a choisi le thème de la diversité pour son devoir de fin d'études est-elle consciente de l'incarner aujourd'hui ? « Je n'aime pas parler de minorité, ça sous-entend une majorité, une construction intellectuelle et politique d'influence, selon moi. Mais la question est fondamentale. Quand j'étais gamine, les infos étaient présentées par Rachid Arhab. C'était la première fois que je voyais à la télé un homme qui me ressemblait, qui ressemblait à mon père, à mes oncles. Et avec un nom pareil, au cas où ce ne serait pas clair ! Tout cela est capital pour l'imaginaire collectif. Je ne peux le nier, j'appartiens à la diversité, et tant mieux si l'on me perçoit ainsi, c'est utile... même si je ne me qualifie pas ainsi, moi qui suis une pure Occidentale ! »

Leïla explique encore qu'elle ne se sent pas algérienne. L'histoire compliquée de ses parents, celle d'une population « sinistrée de l'Histoire », lui est en revanche indispensable pour se définir. D'ailleurs, elle souhaite ardemment découvrir leur pays et Oran, la ville dont ils sont issus. « C'est un voyage que je veux faire doucement. Je sais que ce sera très fort, alors j'ai besoin de commencer d'abord comme une touriste avant de partir sur leurs traces. Je suis une intello, j'ai besoin de sédimenter », conclut-elle avec un sourire effectivement studieux. 

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