Echange d’amabilités à l’issue du premier débat présidentiel, le 3 octobre.
© Pablo Martinez Monsivais/AP/SIPA
Mitt Romney était en bien mauvaise posture avant son premier duel télévisé avec Barack Obama. Mais celui-ci a clairement tourné à son avantage. Un come-back est-il encore possible ?
Bien sûr, la prudence reste de mise. Les débats télévisés qui, d'ici à l'élection présidentielle du 6 novembre, opposeront Barack Obama à Mitt Romney peuvent encore changer la donne. Consacré à l'économie, le premier d'entre eux, le 3 octobre à Denver, a d'ailleurs clairement tourné à l'avantage du second. Il en reste deux à Obama pour rectifier le tir. Mais les démocrates ont quand même de bonnes raisons de se montrer optimistes.
Au niveau national, le démocrate et le républicain sont encore au coude à coude dans les sondages. La dernière enquête CNN (réalisée avant le duel de Denver) crédite le premier de 49 % des intentions de vote, et le second de 47 %. Mais Obama s'envole dans les États clés, les fameux swing states.
Deux cent trente-sept grands électeurs sont d'ores et déjà acquis à Obama (États de la côte ouest, New York, etc.) et 191 à Romney (Texas, États du Sud, etc.). Restent neuf États qui votent tantôt républicain tantôt démocrate. Sans eux, impossible d'atteindre le nombre fatidique de 270 grands électeurs requis pour être élu président des États-Unis. Il s'agit de la Floride, de l'Ohio, du Colorado, du Nevada, du New Hampshire, du Wisconsin, de l'Iowa, de la Caroline du Nord et de la Virginie. En raison de l'importance de leur population, les plus importants sont la Floride et l'Ohio, qui élisent respectivement 29 et 18 grands électeurs. Et dans ces deux États, selon les sondages, Obama vire largement en tête.
La Floride et l’Ohio, Etats-clés
En Floride, il recueillerait 53 % des intentions de vote, contre 44 % pour Romney. Une avance qui s'explique d'abord par le projet républicain de démanteler Medicare, l'assurance santé dont bénéficient les Américains les plus âgés. La Floride est en effet l'État où la proportion de retraités est le plus importante... Dans l'Ohio, l'avance d'Obama a augmenté de 3 points en un mois : 53 %, contre 43 % pour son adversaire. Dans le passé, jamais un républicain n'a été élu président en étant devancé dans cet État. Le démocrate gagne même du terrain dans certains bastions républicains, comme l'électorat ouvrier blanc. Les blue collars n'ont manifestement pas oublié qu'en 2009, c'est Obama qui a sorti du gouffre l'industrie automobile, très importante dans l'Ohio. En ultralibéral qu'il est, Romney s'était pour sa part opposé à tout plan de sauvetage.
Presque tous les autres signaux sont au vert. Obama recueille ainsi 50 % d'opinions favorables, son taux le plus haut depuis deux ans. Selon un tout récent sondage du Washington Post, 45 % des Américains jugent qu'il ferait un meilleur commandant en chef des forces armées que Romney (35 %). Et 43 % lui font davantage confiance qu'à son adversaire (27 %) pour garantir la pérennité de Medicare - un enjeu crucial de l'élection. Plus préoccupant encore pour le républicain, les Américains sont désormais 46 % (contre 45 %) à estimer qu'Obama est le candidat le plus à même de créer des emplois. Le taux de chômage est pourtant censé être son talon d'Achille... Romney n'est plébiscité que pour la réduction du déficit budgétaire. Résultat, la plupart des commentateurs voient Obama s'imposer sans coup férir le 6 novembre. Nate Silver, l'analyste vedette du New York Times, évalue même ses chances à 81 %. Tous insistent sur la calamiteuse campagne menée par le candidat républicain.
Cafouillages
Depuis la convention de Tampa, Romney a en effet multiplié cafouillages (comme lors de l'attaque du consulat américain de Benghazi) et bévues. Enregistrée à son insu, sa sortie sur les 47 % d'Américains qui ne paient pas d'impôt et vivent aux crochets de l'État a énormément choqué. Désavouée jusque dans son propre camp, elle n'a pas manqué d'être exploitée par le camp Obama. Dans un spot publicitaire massivement diffusé dans les swing states, on entend ainsi les mots de Romney accompagnant des images de nécessiteux, de retraités et de vétérans...
Tout est donc perdu pour le candidat du Grand Old Party ? Non, il conserve des atouts dans sa manche. Romney n'a pour l'instant dépensé que 534 des 784 millions de dollars (415 millions d'euros sur 610), super PAC compris, qui constituent son trésor de guerre. Obama a lui dépensé 612 des 779 millions collectés par ses partisans. D'autre part, il n'est pas certain que les jeunes et les minorités votent aussi massivement pour Obama qu'en 2008. D'autant que les mesures adoptées par certains États républicains (production d'une pièce d'identité, etc.) pour, sous le couvert de la lutte contre la fraude électorale, les empêcher de prendre part au vote auront certainement un impact. Depuis que Romney a publié sa feuille d'impôt pour 2010 et 2011, le malaise autour du montant de sa fortune (entre 175 millions et 250 millions de dollars) se dissipe peu à peu. Une majorité d'Américains y voit même désormais un élément positif, même si près de 60 % d'entre eux continuent de penser que, s'il venait à être élu, Romney serait d'abord le président des (très) riches.
Compassion
Surtout, le républicain a assoupli son discours sur l'immigration et celui sur Medicare afin de marquer quelques points dans certains segments clés de l'électorat, comme les Latinos ou les retraités. Et il n'hésite plus à fendre l'armure. La semaine dernière, dans l'Ohio, il a ainsi manifesté un semblant de compassion pour les victimes de la crise qu'il venait de rencontrer. Son coeur, paraît-il, « souffrait »... S'il a fini par se décider à attaquer le président sur ses points forts, comme son bilan de commander in chief, Romney compte surtout, pour inverser la tendance, sur les deux derniers débats qui vont l'opposer à Obama. Il s'entraîne dans cette perspective depuis de longues semaines. Avec un certain succès comme on l'a vu le 3 octobre. S'il parvenait à s'imposer le 6 novembre, ce serait quand même un sacré come-back.

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