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17/10/2012 à 12:54
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Miliciens paradant dans les rues de Tripoli, le 14 février 2012. Miliciens paradant dans les rues de Tripoli, le 14 février 2012. © Sipa

Auréolés de prestige pour avoir renversé Kaddafi, les groupes de combattants rebelles posent aujourd'hui un problème à la transition politique en Libye. Ces milices peuvent-elles encore faire partie de la solution ?

Enterré le 26 septembre dans sa ville natale de Misrata, Omran Ben Chaabane a rejoint le cortège macabre des martyrs de la révolution libyenne. Ben Chaabane, 22 ans, avait gagné une éphémère notoriété mondiale lors de la capture de Mouammar Kaddafi, le 20 octobre 2011. Ce jour-là, il exhibait fièrement devant les caméras le colt doré de l'ex-« Guide ». Après ce quart d'heure de gloire, le jeune rebelle - surnommé par ses pairs « l'homme qui a capturé Kaddafi » - avait intégré le Comité suprême de sécurité, un corps parallèle de la police. L'exemple d'une reconversion réussie d'un rebelle en recrue de l'État libyen (re)naissant. Jusqu'à cette nuit de juillet 2012 où le jeune soldat est blessé puis fait prisonnier à Bani Walid, dernier bastion des kaddafistes. Détenu pendant cinquante jours, torturé, il ne sera libéré qu'en septembre et décédera à Paris le 25. Cette tragédie survient deux semaines après la mort, à Benghazi, de l'ambassadeur américain. L'attaque du consulat des États-Unis n'était que l'un des nombreux attentats restés impunis qui ont visé depuis l'été les bureaux de l'ONU et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ainsi que le convoi de l'ambassadeur du Royaume-Uni. En réalité, chaque jour voit son lot d'attaques armées contre des symboles du gouvernement libyen ou des intérêts privés, d'arrestations abusives, voire de combats à l'arme lourde entre tribus ou brigades rivales.

Les miliciens sont-ils une menace pour la sécurité ou l'embryon d'une armée et d'une police régulières ? Les deux, mon commandant ! Une typologie est d'ailleurs possible, par ordre d'importance. L'appellation de milices recouvre des réalités parfois contradictoires. Bien équipées et très expérimentées, les brigades révolutionnaires représentent de 75 % à 85 % des combattants armés et expérimentés, selon Small Arms Survey, une publication de référence de l'Institut de hautes études internationales et du développement (Genève). Ces révolutionnaires de la première heure contrôlent l'écrasante majorité de l'arsenal de Kaddafi. Disciplinés, ils obéissent à un commandement hiérarchisé sous forme de coalitions de brigades ou de conseils militaires locaux. Sous l'autorité du chef d'état-major, Youssef el-Mangoush, une partie forme même les Forces du bouclier libyen, un corps paramilitaire loyal mais concurrent de l'armée nationale.

Chaos

Trois grandes brigades révolutionnaires dominent la Cyrénaïque. La Brigade des martyrs du 17 février est la plus puissante, avec près de 3 000 hommes. Active dans l'Est et dans le Sud, elle est commandée par Fawzi Boukatif, un Frère musulman. La Brigade des martyrs d'Abou Slim est l'une des premières à s'être organisée pendant la rébellion. Très active à Derna, elle rassemble des islamistes radicaux. Également menée par un islamiste, la Brigade Raf Allah el-Chahati a essuyé la colère des manifestants à Benghazi. Elle a dû restituer un terrain qu'elle occupait comme base d'entraînement mais conserve un arsenal impressionnant. Son chef, Ismaïl el-Salabi, est le frère du cheikh Ali el-Salabi, le grand parrain de l'islamisme libyen installé à Doha. À ceux qui réclament le démantèlement de sa brigade, il rappelle que ses hommes ont protégé les bulletins électoraux et les stations de vote le 7 juillet dernier.

En Tripolitaine, le conseil militaire des révolutionnaires de Zintan a été formé pendant la guerre pour réunir les brigades de la ville de Zintan et des montagnes avoisinantes du djebel Nefoussa. Depuis novembre 2011, il détient Seif el-Islam Kaddafi, ce qui a valu à l'un de ses commandants, Oussama el-Jouili, d'occuper le portefeuille de la Défense de novembre 2011 à octobre 2012. Misrata, d'où est originaire le chef d'état-major Youssef el-Mangoush, est l'autre vivier de brigades révolutionnaires, également réunies sous l'égide d'un conseil militaire local, qui a joué un rôle déterminant dans la libération de Tripoli et dans l'assaut final contre Syrte. Ces brigades prêtent formellement allégeance aux autorités de transition, certaines collaborant effectivement avec les ministères de la Défense et de l'Intérieur. Mieux, cet empilement de structures permet avec souplesse de régler les multiples conflits et accrochages que causent la dissémination des armes et la persistance de tensions entre villes et tribus voisines qui, dans certains cas, étaient antérieures à la guerre de 2011 entre kaddafistes et révolutionnaires.

Faiblesse

Mais l'échafaudage est instable. Car de nombreux groupes refusent de jouer le jeu. Il y a d'abord les brigades indépendantes, qui ont quitté les structures précédemment citées ou n'ont jamais accepté de les rejoindre. Mais il y a aussi et surtout tous les opportunistes qui ont rempli le vide laissé par l'effondrement de l'appareil sécuritaire de Kaddafi et même des groupes extrémistes, voire criminels, dont certains font de la contrebande. Une évidence : tout ce beau monde prolifère sur le terreau de la faiblesse de l'État. Les images de civils rendant leurs armes légères à l'armée dans des comptoirs ouverts, dans les grandes villes, offrent un maigre réconfort. Elles sont un cache-misère, comme la colère des manifestants qui ont expulsé Ansar el-Charia de sa base de Benghazi. L'ultimatum lancé ensuite par les autorités de transition pour la dissolution de toutes les milices « qui ne sont pas sous la légitimité de l'État » a déjà expiré. « L'initiative est bonne, explique William Lawrence de l'International Crisis Group (ICG). Mais il ne faut pas espérer de succès à court terme. Il faudra entre trois et dix ans pour faire disparaître les milices et doter le pays de véritables forces de sécurité. » 

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