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10/10/2012 à 15:38
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Brunot Dogbo Blé à Abidjan, le 2 octobre. Brunot Dogbo Blé à Abidjan, le 2 octobre. © Sia Kambou/AFP

Accusé de meurtre, Brunot Dogbo Blé, le chef de la Garde républicaine de Laurent Gbagbo, risque la réclusion à perpétuité. Retour sur la trajectoire d'un saint-cyrien entièrement dévoué à l'ancien président ivoirien.

Sanglé dans un gilet pare-balles, casque sur la tête, escorté par une escouade impressionnante de gendarmes cagoulés, le général Brunot Dogbo Blé a fait une arrivée théâtrale, le 2 octobre, au palais de justice d'Abidjan. La dernière fois que l'on avait vu le chef de la Garde républicaine ivoirienne, c'était le 15 avril 2011, quatre jours après l'arrestation de Laurent Gbagbo. Les hommes du commandant Vetcho, fidèles à Alassane Ouattara, l'avaient débusqué dans sa garçonnière, au Plateau, à Abidjan, où il se terrait avec sa maîtresse. Tiré du lit sans ménagement, hagard dans son pyjama bleu, il avait été exhibé devant les caméras comme un trophée de guerre.

Cet irréductible qui a défendu l'ancien régime jusqu'à la dernière heure est aujourd'hui accusé, avec trois officiers, d'avoir enlevé, séquestré et assassiné le colonel-major à la retraite Adama Dosso, en mars 2011. Durant ce procès, une quarantaine de militaires pro-Gbagbo devraient répondre d'une série de crimes commis durant la période postélectorale.

"Soldat perdu"

Pour Jean-Marc Simon, l'ancien ambassadeur de France à Abidjan, Dogbo Blé était un « combattant pugnace » mais un « soldat perdu », coupable de nombreuses exactions. Les partisans de Gbagbo font bien sûr entendre un tout autre son de cloche : pour eux, le général est un « héros qui s'est opposé vaillamment à la conquête du pouvoir par Ouattara aux ordres des grandes puissances occidentales ».

Pendant la crise post­électorale, Dogbo Blé a joué un rôle clé dans la répression des manifestations pro-Ouattara et le blocus du Golf Hôtel, où le président élu était reclus. Il a ensuite animé la résistance à Abidjan, encerclé par les troupes de Guillaume Soro, transformant la présidence en poudrière. Il est aussi soupçonné d'avoir fait enlever et exécuter quatre ressortissants étrangers, dont les Français Yves Lambelin, dirigeant de Sifca, et Stéphane Di Rippel, le directeur du Novotel d'Abidjan.

Né en 1952 à Daloa (Centre-Ouest) et bété comme Laurent Gbagbo, Dogbo Blé fait partie d'une génération de brillants officiers ivoiriens. Il sort parmi les tout premiers de sa promotion de l'école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, en France. De retour en Côte d'Ivoire, il dirige le peloton blindé d'Akouédo à la fin des années 1990.

Sécurocrate

Son destin bascule dans la nuit du 24 au 25 octobre 2000. À Abidjan, l'annonce des premiers résultats de l'élection présidentielle est bloquée par le général Robert Gueï, qui a renversé Henri Konan Bédié un an plus tôt et s'entête à conserver le pouvoir. Laurent Gbagbo, son rival, lance un appel pour faire barrage à cette « imposture ». Dogbo Blé choisit son camp : ce sera celui de Gbagbo. Il convainc le capitaine Jean Siaka Remarck, lui aussi saint-cyrien, de donner l'assaut à la poudrière d'Akouédo. Objectif : faire sortir les chars pour attaquer le palais présidentiel, où se sont retranchés Gueï et ses hommes. Ces derniers prendront finalement la fuite. Remarck est abattu d'une balle dans le dos à Akouédo. Qui l'a tué ? Le mystère demeure. L'officier voulait que l'on reprenne le processus électoral en faisant participer Bédié, « son » candidat, et Ouattara. Pas vraiment le projet de son frère d'armes...

Une fois installé au pouvoir, le président Gbagbo confie à Dogbo Blé le soin de professionnaliser la Garde républicaine. Fidèle parmi les fidèles, ce discret sécurocrate du régime gravit tous les échelons pour devenir général de brigade. Si son mentor était encore au pouvoir, il serait probablement aujourd'hui chef d'état-major des armées.

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