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05/10/2012 à 10:30
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Meeting d'Enrique Capriles, le 24 septembre à Barinas, dans l'ouest du Vénézuela. Meeting d'Enrique Capriles, le 24 septembre à Barinas, dans l'ouest du Vénézuela. © Léo Ramirez/AFP

Depuis presque quatorze ans, El Comandante monopolise tous les pouvoirs. Le 7 octobre, Hugo Cháves briguera un troisième mandat présidentiel. Or les sondages ne lui accordent qu'une courte avance sur le candidat unique de l'opposition.

Depuis son accession au pouvoir, en 1999, jamais Hugo Chávez (58 ans) n'avait envisagé l'éventualité d'une défaite électorale. Or les derniers sondages ne lui accordent qu'une faible avance sur Henrique Capriles Radonski, le candidat unique de l'opposition. Le président sortant recueille entre 43 % et 49 % des intentions de vote, et son rival entre 34 % et 46 %. L'institut Consultores 21 octroie même la victoire à Capriles avec 48,1 % des suffrages.

Pour contradictoires qu'elles soient, les enquêtes d'opinion s'accordent toutes sur un point : les indécis représentent environ 15 % des 18 millions d'électeurs - ce qui est beaucoup. « Certaines personnes interrogées hésitent à exprimer leur opinion par crainte des agents de l'État », explique María Teresa Romero, professeure de sciences politiques à l'université centrale du Venezuela, à Caracas. Selon une étude publiée en avril 2011 par la fondation Centro Gumilla, un centre de recherche et d'action sociale créé par les Jésuites, 42,6 % de la population serait dans ce cas.

Les deux prétendants ne ménagent donc pas leurs efforts pour séduire les indécis. Casquette sur la tête et sourire aux lèvres, Capriles (40 ans) multiplie les sorties médiatiques et sillonne le pays en tous sens. Son objectif numéro un est de mordre sur l'électorat populaire, le bastion chaviste. Le président est pour sa part beaucoup moins présent sur le terrain qu'à l'accoutumée. Le cancer qu'il a développé et qu'il prétend avoir surmonté grâce au traitement suivi à Cuba l'en empêche. Il se contente donc d'apparitions télévisées.

« Cette élection est pleine d'incertitudes, insiste María Teresa Romero. Chávez reste très populaire, c'est un leader charismatique. En même temps, il y a un fort rejet de sa politique. » Son bilan est en effet désastreux. L'économie s'effondre (chômage, inflation, coupures d'électricité fréquentes, etc.), tandis que la criminalité grimpe en flèche. Porte d'entrée de la drogue colombienne, Caracas est désormais l'une des villes les plus dangereuses de la planète. C'est là, tous les sondages en témoignent, la préoccupation essentielle de plus de 70 % des électeurs. Selon l'Observatoire vénézuélien de la violence, 19 336 homicides ont été commis dans le pays en 2011. Soit deux par heure.

"Misiones"

Deux événements récents ont accru les difficultés auxquelles le président sortant est confronté. Le 25 août, l'explosion de la principale raffinerie du pays a mis en lumière la vétusté des installations pétrolières. Quelques jours plus tard, des indigènes ont reproché au gouvernement de ne pas avoir suffisamment enquêté sur le massacre de 80 d'entre eux par des mineurs clandestins brésiliens, en Amazonie, en juillet. « Pour un gouvernement qui s'est toujours posé en défenseur des droits des Indiens, cette tragédie pose problème. Il veut à tout prix la cacher pour ne pas gêner la campagne de Chávez », commente l'analyste international Tony De Viveiros.

Le point fort de la politique du leader « bolivarien » reste évidemment la mise en place de nombreux programmes sociaux, les misiones : dispensaires gérés par des médecins cubains dans les bidonvilles, augmentation du salaire minimum, réduction de la durée de travail hebdomadaire... Entre 2002 et 2010, la pauvreté a diminué de 21 % et des millions de Vénézuéliens ont été alphabétisés. Mais le système s'essouffle et l'insatisfaction grandit. « Les misiones ne fonctionnent plus qu'en période de campagne électorale, explique María Teresa Romero. Les opérations théâtrales du président accaparent l'actualité pendant quelques jours, puis ceux qui en ont bénéficié retombent dans l'oubli. Il n'y a aucune gestion derrière. »

Gauche "moderne"

Capriles, qui est avocat et fut le gouverneur de l'État de Miranda, prône une politique de « gauche moderne » qui n'est pas sans évoquer celle du Brésilien Lula da Silva. Il se garde bien de rejeter en bloc les initiatives chavistes en faveur des classes populaires mais estime nécessaire de les améliorer. Une tactique habile qui devrait lui permettre de gagner des voix dans cet électorat mais aussi dans les classes moyennes, qui se sont beaucoup développées grâce au président sortant.

Chávez se montre moins circonspect et tire à boulets rouges sur son rival, ce « nul », ce « fayot » au service des États-Unis, dont la victoire plongerait le Venezuela dans la guerre civile et le chaos. « Ce scénario reste très improbable, c'est une stratégie électorale », nuance Romero.

Reste que la révélation par le quotidien espagnol ABC de l'existence d'un plan destiné à empêcher coûte que coûte la victoire de Capriles par le recours à des milices armées a jeté un froid. L'opposition réclame des explications, mais l'essentiel est ailleurs : si ce plan existe, il démontre simplement que Chávez sait désormais qu'il peut perdre. En cas de victoire, son rival ne disposerait pourtant que d'une marge de manoeuvre réduite. L'Assemblée nationale, qui ne sera renouvelée qu'en 2015, resterait en effet contrôlée par le très chaviste Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). « Quel que soit le résultat de l'élection, la transition sera difficile, pronostique Tony De Viveiros. D'autant que le mystère demeure quant à l'état de santé réel de Chávez. » 

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