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10/10/2012 à 15:23
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Ici, on compte 10 millions de têtes de bétail, soit une pour deux habitants. Ici, on compte 10 millions de têtes de bétail, soit une pour deux habitants. © AFP

Depuis la mi-septembre, les forces spéciales malgaches traquent les dahalos, ces bandits qui se sont emparés de centaines de zébus. Et qui sèment le chaos dans le sud de l'île.

L'heure est grave à Madagascar. Et comme souvent en de pareilles circonstances, c'est à René Lylison que les autorités font appel. Depuis la chute de Marc Ravalomanana en mars 2009 et l'avènement du régime de transition, ce lieutenant-colonel a été de toutes les batailles. À la tête de la Force d'intervention spéciale (FIS), une structure rattachée à la présidence, il a maté deux tentatives de coup d'État en 2010. Cette fois, l'ennemi n'est plus un frère d'armes, du moins n'en porte-t-il plus l'habit, mais il est tout aussi redoutable.

Depuis la mi-septembre, Lylison se trouve dans le sud du pays, en terrain hostile, chaud et broussailleux. Avec deux cents soldats d'élite, des gendarmes et les faibles moyens aériens dont dispose l'armée (quelques hélicoptères Alouette II et des avions d'observation), il traque les dahalos - ces bandits de grand chemin spécialisés dans le vol de zébus. Sa mission : mettre fin à un trafic qui a pris une ampleur inédite. En quelques mois, plus de 14 000 têtes de bétail ont été volées. Dans un pays où le zébu est partout (on en compte environ 10 millions, soit près de un zébu pour deux habitants, pour une valeur totale estimée à 4,5 milliards d'euros) et représente bien souvent la seule richesse d'une famille, de telles razzias ne passent pas inaperçues. Surtout que, dans le même temps, près de trois cents Malgaches ont perdu la vie : des paysans qui tentaient de s'opposer aux voleurs, des dahalos tués en pleine action (fin août, quatre-vingt-dix d'entre eux ont péri au cours d'un seul week-end, massacrés par des villageois), mais aussi des gendarmes et des soldats pris en embuscade. En juin, douze sont tombés sous les balles des hommes de Remenabila, un chef de gang dont la tête a été mise à prix par les autorités. Il vaut 35 000 euros, « mort ou vif ». C'est le far west !

Vénéré

Certains observateurs n'hésitent plus à parler de « guerre civile ». Évidemment, l'opposition s'est emparée du sujet et dénonce l'inaction du pouvoir. Le 11 septembre, Andry Rajoelina s'est rendu sur place pour lancer la contre-attaque. Dans le district de Betroka, épicentre du trafic, le président de la Transition a tenu un discours de fermeté. Il s'agit d'« éradiquer le phénomène des dahalos ». Et pour cela il a promis une enveloppe de 600 millions d'ariary (210 000 euros) « pour démarrer ». Bientôt, a-t-il ajouté, il se rendra en Europe et aux États-Unis pour acquérir « de nouveaux matériels de haute technologie permettant la traque par satellites des mouvements de zébus ».

À l'origine, le dahalo, que l'on rencontrait dans le Sud désertique, en pays bara, n'était qu'un valeureux adolescent désireux de gagner le respect de sa communauté en volant cet animal vénéré. Son acte d'éclat - un rite de passage à l'âge adulte - faisait certes des malheureux, mais il répondait à un ancestral code d'honneur. « C'était un phénomène restreint et non violent », ajoute Monja Roindefo. Originaire du Sud, l'ancien Premier ministre de Rajoelina, aujourd'hui dans l'opposition, connaît bien la question : récemment, sa famille a déploré la perte de trois cents boeufs. Son père, le nationaliste Monja Jaona, a été à l'avant-garde de la lutte contre ce fléau dans les années 1980.

De folklorique, le phénomène est devenu mafieux. Des bandes se sont organisées pour procéder à des vols en masse. À la fin de son règne, Didier Ratsiraka s'y était attaqué en lançant plusieurs opérations coup-de-poing. « Il y a toujours eu des vols, mais de cette envergure ça date du début de l'année », indique Guillaume Venance, chef de la région Anosy, où se concentrent la plupart des exactions. « On n'a jamais vu ça ! Comme les trafiquants de bois de rose, les dahalos sentent que c'est le moment ou jamais », estime Roindefo.

"Dans les campagnes, il n'y a plus d'État"

« Le vol de zébus, c'est un phénomène cyclique qui revient à chaque fois que l'État est défaillant », souligne l'historien et journaliste Denis-Alexandre Lahiniriko. La crise politique, la paupérisation et la corruption qui en découlent, et au final la faillite de l'État sont autant d'éléments qui ont permis la radicalisation des dahalos. « Il n'y a plus d'État, à la campagne encore moins qu'en ville », se désole l'ancien Premier ministre Monja Roindefo. « On s'est focalisés sur la défense du régime, à Tana, et pas sur la sécurité de la population sur l'ensemble du territoire », constate un diplomate. « Depuis quatre ou cinq ans, Madagascar devient la plaque tournante de la drogue, des pierres précieuses, du bois de rose, de l'or... », dénonçait récemment La Gazette de la Grande Île. R.C.

Portrait-robot

Aujourd'hui, le dahalo ne vole plus pour la gloire mais pour l'argent ; il ne s'attaque plus à la bête avec son courage pour seule arme, mais avec l'un des innombrables kalachnikovs qui circulent à Madagascar depuis la crise politique de 2002 ; il ne se déplace plus en bande de dix, mais de cent. « Il n'a même plus peur de tuer », se désole un porte-parole de l'armée. Si l'on devait dresser son portrait-robot à partir des rares éléments dont disposent les autorités, il prendrait les traits d'un jeune homme ayant fini son service militaire. Un gars du Sud sans perspectives, à qui un notable, un colonel ou un homme d'affaires a proposé d'utiliser l'un de ses rares savoirs (l'utilisation d'une arme) pour gagner sa croûte.

Selon une source militaire, « les groupes les plus puissants fournissent des fusils d'assaut à tous leurs membres. Ils escortent des troupeaux en plein jour sur plusieurs centaines de kilomètres, les exportent vers les pays de la région. Ils prennent en otages des civils et tendent des embuscades aux forces de l'ordre ». Ils bénéficient aussi de complicités parmi les populations, et plus haut encore, dans l'administration et dans l'armée. Plusieurs sources admettent ainsi que le fameux Remenabila a pu compter sur le soutien d'un colonel. « Tout cela est très symptomatique de la situation dans laquelle se trouve notre pays livré à la misère, à la corruption et aux trafics en tout genre, déplore un ancien ministre de Rajoelina. Il faut en finir avec cette crise politique. » 

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