Extension Factory Builder
03/10/2012 à 17:22
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Marafa Hamidou Yaya a été condamné à vingt-cinq ans de prison pour détournement de fonds. Marafa Hamidou Yaya a été condamné à vingt-cinq ans de prison pour détournement de fonds. © AFP

Si la justice consiste à mesurer la peine et la faute puis à adapter la première en fonction de la seconde, il n'est pas sûr qu'elle ait trouvé au Cameroun sa meilleure illustration. La condamnation le 22 septembre à l'aube par le tribunal de grande instance du Mfoundi de l'ancien ministre de l'Administration territoriale Marafa Hamidou Yaya et de l'ex-patron de la Camair Yves Michel Fotso à vingt-cinq ans de prison ferme pour détournement de fonds publics laisse pantois tant le verdict apparaît disproportionné au regard de la jurisprudence appliquée en la matière par les États de droit.

À titre de comparaison, aucun des condamnés de l'affaire Elf en France n'a écopé de plus de cinq ans de détention. Depuis le début de l'opération de lutte anticorruption Épervier, une forme de justice extrême, parfois proche de l'extrême injustice, est à l'oeuvre au Cameroun, avec des verdicts couperets où les peines de dix, vingt, trente, quarante ans, voire la perpétuité, tombent comme une lame de guillotine à l'issue de procès systématiquement contestés tant par les avocats des prévenus que par les organisations de défense des droits humains. Le plus souvent, l'appel alourdit la sentence et les maintiens en détention après exécution de la peine - sous prétexte de l'ouverture d'une autre procédure - ajoutent au malaise et au côté absurde de l'affaire.

Si la justice, en tant qu'institution, fonctionne à plein régime au Cameroun à en juger par le nombre des condamnations, elle a, en tant que concept, pris beaucoup de plomb dans l'aile. Comment expliquer autrement qu'aucun sursis, aucune remise de peine, aucune mise en liberté provisoire et aucune grâce présidentielle n'ait jamais été accordé dans le cadre de cette opération ? Le tableau de chasse de l'épervier, qui a pris dans ses serres un ancien Premier ministre, deux ex-secrétaires généraux de la présidence, une demi-douzaine de ministres en disgrâce et une cohorte de directeurs généraux de sociétés d'État, est certes impressionnant.

À trop chercher l'exemplarité, la justice camerounaise n'échappe pas au soupçon d'instrumentalisation politique.

Chaque arrestation, chaque condamnation se fait sous les vivats d'une partie de l'opinion, qui a trouvé dans le spectacle de la déchéance des puissants un exutoire à ses frustrations quotidiennes. À la limite, les peines infligées sont jugées trop clémentes tant est grande la soif de vengeance contre des hommes (et des femmes) dont la fortune rimait souvent avec une forme d'arrogance. Mais à trop chercher l'exemplarité, la justice camerounaise n'échappe pas au soupçon d'instrumentalisation politique, et à frapper trop lourdement, elle s'expose à ce que les justiciables - en l'occurrence, le peuple camerounais - exigent toujours plus de têtes sur l'air bien connu du « tous pourris ». De ce jeu pervers, la fragile démocratie camerounaise pourrait ne pas sortir vainqueur.

Bien sûr, au Cameroun comme ailleurs, ce n'est pas la justice qui rend la justice. Ce sont des juges, femmes et hommes sensibles aux pressions, à l'air du temps et capables de commettre des erreurs. À cette nuance près que, lorsqu'il s'agit de prison, l'erreur est forcément inhumaine. Raison de plus pour que, après six années de justice d'exception et de justice-spectacle, on en revienne à un fonctionnement serein, équitable et ordinaire de cette institution. Ferme certes avec les puissants, tous les puissants, mais mesurée dans ses sentences. L'opération Épervier doit laisser la place à un fonctionnement dépassionné de l'État de droit. Faute de quoi, à force de réclamer toujours plus de chair, le rapace changera de nature. Il deviendra vautour. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Cameroun

Boko Haram : intervention tchadienne, présence française et métastases

Boko Haram : intervention tchadienne, présence française et métastases

La lutte contre Boko Haram est LE sujet du sommet des chefs d'État et gouvernement de l'Union africaine qui se tient du 30 au 31 janvier à Addis-Abeba. Dernières nouvelles du front.[...]

Goodluck, IBK, Kabila... Les grands absents du sommet de l'UA

Ils sont restés chez eux, trop occupés par leurs affaires internes. Plusieurs poids lourds du continent ne seront pas sur la photo de famille du 24e sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Union[...]

CAN 2015 : la Côte d'Ivoire qualifiée, tirage au sort entre la Guinée et le Mali !

La Côte d'Ivoire s'est qualifiée pour les quarts de finale en battant le Cameroun mercredi (1-0), mais dans l'autre match du groupe D la Guinée et le Mali ont encore fait un nul (1-1) et seront[...]

Cameroun-Côte d'Ivoire : Hervé Renard et Volker Finker, deux entraîneurs sous pression

Avant le choc décisif pour la qualification en quarts de finale entre le Cameroun et la Côte d'Ivoire à 19 heures ce mercredi, Hervé Renard et Volker Finke sont dos au mur. Zoom sur leur[...]

ONU - Hiroute Guebre Sellassie : "Boko Haram nous concerne tous"

Pour Hiroute Guebre Sellassie, l’envoyée spéciale de Ban Ki-moon au Sahel, Boko Haram n’est pas que le problème du Nigeria et la communauté internationale doit se mobiliser avant[...]

Jusqu'où ira Boko Haram ?

Le monstre grandit aux confins du Nigeria. Villes et villages tombent les uns après les autres, toujours dans le sang, et personne ne paraît en mesure d'arrêter les islamistes armés. Ni le[...]

CAN 2015 : Et si la qualification se jouait sur tirage au sort ?

En cas d'égalité parfaite à l'issue de la phase de poule entre deux équipes, la qualification pour les quarts de finale se jouera au tirage au sort. Une situation très improbable, mais qui[...]

CAN 2015 : L'égalité parfaite entre le Cameroun, la Guinée et les autres

Après le match nul entre le Cameroun et la Guinée dimanche 24 janvier à Malabo (1-1), toutes les équipes du groupe D sont à égalité parfaite. Il n'y a plus de favori avant la[...]

Cameroun : Reportage sur la route de la mort

Les caméras de Réussite, émission économique mensuelle diffusée sur Canal+ Ouest et Centre, vous font découvrir la route Douala-Yaoundé, essentielle pour l'économie du pays[...]

Terrorisme au Cameroun : Paris peut faire plus, Yaoundé en est persuadé

Le Cameroun se sent bien seul dans la guerre contre les jihadistes et attend de la France qu'elle s'implique davantage.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2699p035.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2699p035.xml0 from 172.16.0.100