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08/10/2012 à 17h:38
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Les rangers congolais sont parmi les éléments les mieux entraînés du pays. Les rangers congolais sont parmi les éléments les mieux entraînés du pays. © AFP

Dans l'est de la RDC, la guerre fait rage entre l'armée nationale et les rebelles du M23. Mais elle ne menace pas que les civils : les gorilles et les gardes forestiers sont aussi victimes des violences, jusqu'au coeur du parc national des Virunga.

Gilbert Dilis s'émeut à peine lorsqu'un appel le prévient du pillage de l'un de ses camions. Cet ancien commando belge dirige la sécurité du parc national des Virunga, où vivent certains des derniers gorilles des montagnes, et il a des problèmes plus importants à régler. Sous ses ordres, près de 300 gardes forestiers qui, chaque jour, risquent leur vie. « La plupart du temps, ce sont des embuscades tendues par des groupes rebelles. Mes hommes savent se battre, mais personne n'est invincible », explique-t-il.

Le parc se situe dans l'est de la RDC, dans une région occupée par endroits par des groupes rebelles depuis de nombreuses années. Les touristes commençaient tout juste à revenir quand la guerre a repris, en début d'année, forçant le parc à fermer et mettant en danger aussi bien les animaux que les rangers qui sécurisent la réserve.

« En vingt ans au Congo, c'est de loin la période la plus violente que j'ai connue », témoigne Emmanuel de Merode, le directeur belge du parc. Il ajoute que les visites étaient censées doubler pour atteindre les 6 000 entrées cette année et générer 2 millions de dollars de revenus.

"Rester neutre"

Les mutins de l'armée congolaise qui se sont rassemblés sous la bannière du M23 contrôlent aujourd'hui la plus grande partie du territoire de Rutshuru, au nord de Goma. Dans les zones du parc passées sous leur commandement vivent près de 200 gorilles ; on y trouve également un lodge luxueux d'une valeur de 1,2 million de dollars, dont la cave à vin a fait office de bunker pour les civils quand les combats faisaient rage.

Une relation fragile s'est construite entre les défenseurs de l'environnement qui dirigent les Virunga et les rebelles accusés d'exécutions sommaires, de viols et d'enrôlement d'enfants-soldats. Emmanuel de Merode explique ainsi que le leader du M23, le colonel Sultani Makenga, accepte sa présence et celle de ses collaborateurs. « Il est venu nous voir. Nous ne sommes pas une menace pour lui et nous devons continuer à faire fonctionner le parc. Nous ne pouvons pas partir, et ça, il l'a compris. » Le M23 et Emmanuel de Merode affirment que le parc ne paie pas pour être protégé. « Nous devons rester le plus neutre possible, parce qu'à ce petit jeu-là nous risquons de tout perdre. »

Mais la présence des rebelles complique la surveillance des grands singes. Merode explique ainsi avoir été averti, à plusieurs reprises, que des touristes étaient amenés par des mutins directement depuis l'Ouganda, moyennant 300 dollars chacun, soit deux fois moins que le prix habituellement pratiqué. Le nombre des visites devrait pourtant être limité afin de ne pas perturber les animaux. « Nous leur avons dit que c'était dangereux, extrêmement irresponsable et potentiellement très néfaste pour les gorilles... Mais tout ce qu'ils veulent, c'est de l'argent. »

Lance-roquettes

Pour les gardes forestiers, armés de kalachnikovs, de lance-roquettes et de mitrailleuses, les risques sont importants. Depuis 1996, plus de 130 d'entre eux ont été tués, que ce soit en luttant contre les braconniers ou contre les groupes armés. Les derniers éléments recrutés ont passé six mois à s'entraîner avec d'anciens commandos belges. Ils sont aujourd'hui parmi les hommes les mieux formés dans un pays que se disputent des milices brutales, des rebelles et des militaires très peu disciplinés. « Nous sommes organisés comme une armée », déclare Désiré Sekibibi, 35 ans, l'un des 273 rangers. Son collègue, André Bauma, conclut : « Nous sommes entièrement dévoués à la préservation de la nature. J'ai peur d'être tué, mais c'est ma vocation. Regardez un peu comme nous avons élevé ces bébés gorilles depuis que leur mère a été tuée et vous comprendrez facilement qu'ils sont comme nos enfants. »

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© Financial Times et Jeune Afrique 2012

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