Grand reporter au journal Le Monde, Annick Cojean aborde dans un livre-choc, "Les proies. Dans le harem de Kadhafi", l'un des derniers tabous de la Libye de Kaddafi : la perversité sexuelle du "Guide".
« Je n'oublierai jamais, il profanait mon corps mais c'est mon âme qu'il a transpercée d'un coup de poignard. La lame n'est jamais ressortie. » Ces paroles sont celles de Soraya, jeune Libyenne âgée aujourd'hui de 23 ans, qui a été pendant plusieurs années esclave sexuelle de Mouammar Kaddafi. Comme elle, des centaines de (très) jeunes femmes ont été repérées en raison de leur beauté - à l'école, à la fac ou encore lors de mariages - puis enlevées par les sbires du régime pour être intégrées au sein du harem des « amazones » dans le lugubre sous-sol de Bab el-Azizia.
Page après page, Annick Cojean consigne leurs paroles, souvent à la limite du soutenable. Il y a Soraya, pour le témoignage central de l'ouvrage, mais aussi Libya, Khadija, Leila ou encore Houda. Ces femmes, constituant la garde rapprochée factice du « Guide », ont toutes été séquestrées, battues, droguées et violées par un Kaddafi aussi déviant que brutal. Obsédé par le sexe, il en avait par ailleurs fait une arme politique pour demeurer seul maître du pays, n'hésitant pas, parfois en monnayant, à abuser de ses ministres, de leurs femmes, ou encore des filles d'ambassadeurs et de diplomates. « Il ne pensait sérieusement qu'à ça. Il gouvernait, humiliait, asservissait et sanctionnait par le sexe », résume un proche du régime. Pour ceux qui estiment que Kaddafi incarne encore le symbole de la résistance panafricaine face à l'ennemi occidental, la lecture de ce livre devrait suffire à faire tomber le peu de verni qui reste. Prochaine étape : la parution en Libye du livre traduit en arabe au mois de novembre.

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