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05/10/2012 à 15:35
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César Atoute Badiate, l'un des leaders de l'aide sud de la rébellion casamançaise. César Atoute Badiate, l'un des leaders de l'aide sud de la rébellion casamançaise. © Emilie Régnier pour J.A

Les tentatives du chef de l'État de renouer un dialogue franc et direct avec les différentes factions rebelles se multiplient. Si le retour à la paix semble encore loin, on observe une réelle accalmie.

En 2000, Abdoulaye Wade avait promis de régler la question casamançaise « en cent jours ». Douze ans après, la paix n'avait pas avancé d'un chouïa. Au cours de la dernière campagne électorale, Macky Sall s'est bien gardé de pronostiquer quoi que ce soit - « il sait que cela prendra du temps », confie un proche -, mais le retour à la normale dans cette région en proie à une rébellion armée alimentée par une revendication indépendantiste depuis trente ans est pour lui une priorité. Après sa victoire, il a rompu avec les méthodes passées. Fini les « Monsieur Casamance » officieux chargés de renouer avec les rebelles et de distribuer des liasses de billets de manière trop voyante au nom du président Wade : personne ne représente « Macky » dans le maquis. Le dossier est cogéré par les ministres de l'Intérieur et de la Défense, en lien étroit avec la présidence, mais pour l'heure le nouveau pouvoir n'est pas entré dans la danse des négociations. Si « des contacts ont été pris » avec certains groupes armés, Sall laisse le soin à la communauté Sant'Egidio de poursuivre la médiation qu'elle a entamée en début d'année à la demande des chefs rebelles et à l'invitation de Wade.

Deux fronts

Fini aussi le refus d'internationaliser le problème : si Macky Sall a réservé sa première visite officielle en tant que chef d'État à la Gambie, c'était pour convaincre Yahya Jammeh, dont le soutien à une partie de la rébellion est un secret de polichinelle, de l'aider à ramener les combattants à la table des négociations. Dans son discours d'investiture d'avril, Sall avait déclaré compter sur les deux voisins qui abritent des bases rebelles, la Gambie et la Guinée-Bissau, pour résoudre la crise.

Aujourd'hui, plus personne ne représente "Macky" dans le maquis.

Mais la principale différence se traduit dans les mots. À plusieurs reprises, Sall s'est déclaré ouvert à « un dialogue franc » avec les combattants du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), divisés en deux fronts pour l'heure irréconciliables - le Sud, dirigé par César Atoute Badiate et Ousmane Niantang Diatta, et le Nord, commandé par Salif Sadio. « Pour la première fois depuis longtemps, on sent une réelle volonté de négocier », confie un cadre du MFDC (aile civile), Louis Tendeng. « Les choses ont changé avec Macky, souligne Nouha Cissé, un des observateurs les mieux informés. La première nouveauté, c'est qu'il a répondu publiquement à la main tendue de Sadio, qui s'est dit ouvert aux négociations à deux reprises depuis décembre 2011. La ­deuxième, c'est que le président est prêt à négocier n'importe où, même à l'étranger, ce que refusait Wade. »

Un vieux rêve

Avec son offensive de charme, Sall peut s'enorgueillir d'avoir fait avancer un dossier en suspens depuis de nombreuses années : la construction d'un pont sur le fleuve Gambie - un vieux rêve à Ziguinchor. Le 4 août, le Sénégal et la Gambie l'ont concrétisé en signant un mémorandum. Cet acte marque « une nouvelle ère dans les relations entre les deux États », confiait une source diplomatique. Mais c'était avant l'affaire des exécutions de condamnés à mort (dont deux Sénégalais) à Banjul, qui a provoqué la colère de Dakar.

Malgré ces tiraillements, Sall sait que le contexte lui est favorable. Un temps fâchés, Badiate et son ancien lieutenant, Niantang, ont accepté de renouer le dialogue. Une réconciliation est en bonne voie, et tous deux sont prêts à ouvrir les négociations avec Dakar. Mais il reste à convaincre Sadio, dans le Nord. Pour la première fois depuis très longtemps, le plus radical (et le plus armé) des chefs de guerre, qui détient neuf soldats sénégalais depuis plusieurs mois, est disposé à négocier avec l'État. Mais il continue, pour l'heure, de refuser tout contact avec les autres branches du Mouvement. « Il estime être le seul représentant authentique du MFDC. C'est un frein aujourd'hui », convient un médiateur.

En attendant, sur le terrain, « on a observé une forte accalmie des affrontements ces derniers mois, note Nouha Cissé. On n'avait pas vu ça depuis longtemps ». 

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