Extension Factory Builder
27/09/2012 à 18:39
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Hervé Ladsous est secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix.

En parcourant les rues embouteillées du centre-ville de Goma, tout laisse à croire que la vie suit son cours normal. Devant les étals, vendeurs et acheteurs marchandent comme à leur habitude. La principale ville de l'est de la RDC est pourtant au coeur d'une région à nouveau plongée dans la guerre. La mutinerie de soldats des Forces armées de la RDC (FARDC), qui se sont regroupés au sein du Mouvement du 23 mars (M23), a eu un effet dévastateur sur les villages des alentours. À Goma, paix et sécurité prévalent, grâce notamment aux patrouilles renforcées, menées conjointement par les autorités congolaises et les Casques bleus de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (Monusco). Goma pourrait devenir la poudrière de l'Est, mais pour l'heure elle en est sans doute le lieu le plus sûr.

Non loin de là, des milliers de personnes ont trouvé refuge dans des écoles et des églises, fuyant les attaques de groupes armés. Certes, nos soldats de la paix se sont redéployés pour empêcher l'avancée du M23 et protéger les civils en danger, mais le défi est énorme.

Depuis le mois d'avril et la mutinerie du M23, on a recensé 260 000 personnes déplacées supplémentaires. Elles sont désormais 719 000 dans la seule province du Nord-Kivu, sans compter que près de 60 000 réfugiés originaires de la région ont été enregistrés en Ouganda et au Rwanda voisins. Diverses sources font état de graves violations des droits de l'homme commises par le M23, dont le recrutement d'enfants-soldats et des exécutions sommaires. Le mouvement a établi une administration parallèle dans les zones sous son contrôle, tout en pratiquant le pillage systématique des ressources naturelles. Diverses informations indiquent aussi que le M23 bénéficie de soutiens extérieurs. Ceci est inacceptable.

Dans l'Est, les rebelles du M23 ont établi une administration parallèle.

Dans les deux provinces du Kivu, des groupes armés ont repris leurs activités criminelles, et c'est très inquiétant. Profitant du désordre, plusieurs mouvements se livrent à nouveau à une campagne de terreur, tuant, pillant et violant. C'est le cas des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), ainsi que de diverses milices Maï Maï. Tous profitent de la mutinerie du M23 et des efforts déployés en vue de contrer leur avancée. Ultime tragédie : les progrès enregistrés au cours des dernières années en matière de stabilisation de la région, avec le soutien de la Monusco notamment, sont aujourd'hui menacés.

L'est de la RDC ne doit pas renouer avec son tragique passé. Au cours des deux dernières décennies, la zone a été la principale victime des conflits régionaux et de l'absence d'autorité étatique. Les activités d'armées étrangères et de groupes soutenus par des acteurs extérieurs y ont causé d'énormes souffrances. Nulle part ailleurs en Afrique, sans doute, la guerre n'a causé tant de désolation. Tout doit être fait pour restaurer la paix et la stabilité, et pour permettre un retour à une vie normale pour les populations.

À l'initiative de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, des efforts sont en cours en vue de trouver des solutions durables à la crise. Les Nations unies soutiennent ces efforts.

Dans la foulée, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, a convoqué à New York ce 27 septembre, en marge de la session annuelle de l'Assemblée générale de l'organisation, un sommet de haut niveau réunissant les chefs d'État de la région ainsi que divers acteurs internationaux. L'objectif est de soutenir les efforts entrepris et d'obtenir une mobilisation internationale pour qu'une solution soit trouvée.

Il importe d'insister sur deux principes essentiels qui guident l'action de l'ONU : l'urgence de mettre fin aux intolérables souffrances que provoque cette crise et la nécessité de respecter la souveraineté de la RDC.

Hasard de l'Histoire, cette année marque le dixième anniversaire de l'Accord global et inclusif, relatif à la transition politique en RDC et signé au terme de négociations à l'échelle nationale et internationale. Cet accord fut aussi un moment fort, parce que tous les acteurs s'entendirent sur le fait que la solution ne pouvait être que politique.

Une décennie plus tard, l'est de la RDC et la région des Grands Lacs ont de nouveau besoin de l'engagement politique de tous. L'heure est à la mobilisation collective en vue de réaliser des progrès immédiats vers la paix, la stabilité et le développement économique. Pour les populations, c'est à la fois un besoin et un droit. Le pays peut, pour cela, déjà compter sur les soldats de la paix de l'ONU.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

RDC : Filimbi, drôles de révolutionnaires !

RDC : Filimbi, drôles de révolutionnaires !

Les jeunes militant pro-démocratie arrêtés par les autorités congolaises présentent des profils qui ne collent pas, mais alors pas du tout avec le portrait qu'en fait Kinshasa. Explications.[...]

Kyungu wa Kumwanza : "La RDC doit privilégier les échéances électorales importantes"

De retour de Kinshasa, où il a pris part la semaine dernière à la réunion du bureau politique de la coalition au pouvoir, convoquée par le président Joseph Kabila, Antoine Gabriel Kyungu[...]

RDC : que deviennent les militants congolais arrêtés le 15 mars ?

Près de deux semaines après leur arrestation à l’issue d’une conférence de presse organisée avec les responsables de Y’en a marre et le Balai citoyen, plusieurs militants[...]

Mouvements citoyens africains : qui sont ces jeunes leaders qui font du bruit ?

Citoyens avant tout, ils se sont pourtant imposés comme des acteurs politiques à part entière. Smockey le Burkinabè, Fadel Barro le Sénégalais, Fred Bauma le Congolais... Voici notre[...]

Rififi à Conakry

Difficile de s'y retrouver quand pouvoirs et oppositions font des calendriers électoraux un enjeu majeur de la démocratie.[...]

RDC : la Monusco reconduite, mais réduite

La Monusco comptera 2 000 soldats de moins. Cette reconduction du mandat de la force onusienne survient en pleine brouille entre les Nations unies et Kinshasa.[...]

RDC : les Américains derrière les mouvements citoyens ?

Les autorités congolaises, qui ont durement mis fin à la rencontre entre les mouvements citoyens étrangers et congolais la semaine dernière, ont trouvé en Washington un responsable à ce[...]

RDC : trente éléphants tués en quinze jours par des braconniers dans le parc de la Garamba

Trente éléphants ont été abattus en deux semaines dans le Parc national de la Garamba, dans le nord-est de la RDC. Les responsables du parc accusent un groupe de braconniers soudanais d'avoir commis[...]

RDC : remous dans la majorité au sujet de la loi électorale

Sept partis de la majorité congolaise (RDC) ont exprimé leurs inquiétudes sur la révision de la Constitution. Après une réunion agitée, ils ont fini par rentrer dans le rang. [...]

RDC : face aux rebelles rwandais, l'armée progresse sans vrai combat

"Une guerre sans combattants?" L'armée congolaise progresse au Sud-Kivu face à des rebelles rwandais des FDLR qui préfèrent fuir, faisant craindre que les problèmes causés par[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2698p037.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2698p037.xml0 from 172.16.0.100